Voyage au Kolbistan ( 5/5 )
Écrit par Jo Wilfried Mulao   
 
le 14-02-2008 18:08

Après de longs mois d’absence, le Kolbistan est de retour. Pour la fin du voyage, il fallait bien attendre un peu, car ce cinquième épisode méritait assurément la V2. En effet, nous prenons la direction du Kazakhstan, sans doute le plus célèbre de ces pays d’Asie Centrale.                                                                              

Célèbre certes, mais méconnu, du fait de la tordante caricature qu’en a fait Borat. Le Kazakhstan mérite autre chose que des charrettes de foin, des moustachus à veste côtelée et des mœurs moyenâgeuses. Et puis, comme de coutume au Kolbistan, on n’est jamais à l’abri d’une surprise. Ainsi, de Rika Zarai au football total de Johan Cruyff, il n’y a qu’un pas. Un pas que seul KOLB pouvait franchir, en bouclant ce voyage au Kolbistan.

Le Kazakhstan est donc le plus grand pays de ces Républiques d’Asie Centrale, c’est aussi le pays du Kolbistan situé le plus à l’Ouest du Kolbistan. La majeure partie de son immense territoire se situe toutefois en Asie, le pays partageant ses frontières avec la Chine, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan et la Russie. Le Kazakhstan est essentiellement constitué de vastes steppes et fut donc originellement conquis par des populations nomades. Le territoire du Kazakhstan fut au cœur de la construction et de l’effondrement des empires des steppes: confédération scythe (VIIIe-IIIe siècle avant notre ère) et empire des Huns hephthalites (Ier-VIe siècle de notre ère).

Le pays fut d'abord sillonné par les peuples nomades, les Scythes, les Huns, les Mongols, puis les Turcs; tous y ont laissé, au fil de leurs pérégrinations, des traces de leurs différentes civilisations. Le pays est ensuite devenu l'un des axes de cette fameusemontagne «Route de la soie» qui a longtemps relié, par l'intérieur du continent eurasien, l'Extrême-Orient au Proche-Orient et à l'Europe. Au premier millénaire avant notre ère, les tribus kazakh se différencièrent en fonction de leurs occupations: les nomades guerriers s'étendirent sur une grande partie du Kazakhstan actuel, alors que les nomades sédentarisés se concentrèrent dans le Sud.

Après une longue période de domination turque, suite aux différentes invasions et à l’expansion musulmane, le Kazakhstan fut ensuite l’objet d’une lutte d’intérêts avec les Mongols de Gengis Khan, ce dernier finissant par l’emporter après la destruction de la ville d’Otar en 1218. Le peuple kazakh actuel est donc né du métissage entre Turcs et Mongols, le kebab au lait de chèvre étant la trace ultime de cet assemblage de civilisations. Le mot kazakh apparaît au XIIIe siècle et signifie selon les différentes traductions acceptées, quelque chose entre l’homme libre et le vagabond. Quelque part entre Ma liberté de George Moustaki et I’m wandering de Stevie Wonder, toute la complexité du Kazakhstan résumée. Durant de longs siècles, les Kazakhs allaient pourtant s’entredéchirer en des luttes intestines, la plus célèbre d’entre elles ayant lieu au cours du XVIe siècle. Cette lutte de domination entre trois hordes est plus connue sous le nom de la guerre des yourtes.

Le Kazakhstan, ainsi déchiré, n’était donc pas en mesure de se protéger seul contre la menace chinoise et dut faire appel à la Russie pour assurer sa défense. Évidemment, cet appel à la Russie signifiait à terme la fin de l’indépendance des Kazakhs. En plusieurs phases, entre 1730 et 1873, les différentes parties du Kazakhstan furent rattachées à l’Empire des Tsars. Suite aux dernières annexions, plus d’un million de paysans slaves émigrèrent vers les steppes kazakhs entre 1889 et 1914. Ce qui ne fut pas sans créer des tensions avec les populations nomades et musulmanes, des tentatives de soulèvement, dont la principale fut réprimée en 1916 par l’expulsion de 300 000 Kazakhs vers l’actuelle province chinoise du Xinjiang.

Emmenés par Ali Khan Boukei, les Kazakhs essayèrent d’échapper à la domination soviétique, mais durent rapidement se résigner. En 1925, le Kazakhstan est donc intégré à l’Empire soviétique avant de devenir officiellement République socialiste soviétique en 1936. Dès lors, le Kazakhstan va devenir un véritable territoire stratégique pour le pouvoir central. Les terres vierges des steppes kazakhs furent ainsi l’objet d’un défrichement massif avec l’arrivée en nombre de populations paysannes venues du reste de l’URSS. Par ailleurs, le Kazakhstan servit aussi de centre névralgique de la politique nucléaire et militaire de l’URSS, notamment avec les essais nucléaires effectués dans la région de Sémei.

eglise kazakheÀ la suite de l'entente des dirigeants des trois républiques slaves pour dissoudre l'URSS, le Kazakhstan proclame son indépendance en décembre 1991. Les dures années suivantes voient une émigration importante, notamment de nombreux citoyens kazakhs n'appartenant pas à l'ethnie kazakh qui se sentent écartés des situations à responsabilités ; mais progressivement la situation économique se stabilise ces dernières années, avec une croissance sensible, et un solde migratoire tendant à redevenir positif. Le chef d'état en exercice depuis 1990, Noursoultan Nabaiev, est toujours président du pays, réélu pour 7 ans en 2005.
 

En 1997, la capitale du Kazakhstan est déplacée d'Almaty (ancienne Alma-Ata), au sud-ouest du pays, à Akmola, rebaptisée Astana ("capitale" en kazakh) à cette occasion, une ville se situant dans les steppes du nord du pays (plus près de son centre géographique), développée comme centre urbain principal pour la campagne de terres vierges.

Le Kazakhstan est donc aujourd’hui un pays de 2 717 300 km2, possédant l’accès à deux mers intérieures, la Mer Caspienne et la Mer d’Aral. Avec d’immenses steppes et de vastes zones montagneuses vers l’Est, le Kazakhstan possède une des densités de population les plus faibles du monde, avec seulement quinze millions d’habitants.

L’essentiel des ressources économiques du pays provient du pétrole et de l’uranium, le reste de la population passant son temps à glander dans les champs en attendant de voir passer Vinokourov sur son vélo. Et le football dans tout ça, me direz-vous ? Ben oui, parce que la fiche d’histoire géo sur le Kazakhstan, tout le monde s’en fout un peu, à l’exception de notre quota de lecteurs octogénaires qui prend des notes pour leur prochain tournoi de Questions pour un Champion. 

 

Le football a donc fait son apparition au Kazakhstan en 1913, lorsque ce sport a connu un essor incroyable dans la ville de Semipalatinsk. Le commerçant russe Nikolaj Kupriyanov avait amené des ballons depuisfédé kazakhe Moscou et les jeunes de la ville se sont rapidement mis à ce sport. Ça ressemble fort à une légende, quelque part entre une nouvelle de Gogol et un épisode de Captain Tsusaba, mais c’est pourtant bien la réalité. Le football restait méconnu dans tout le reste du pays, mais à l’intérieur de la ville, c’était une véritable explosion footballistique. Près de quinze équipes furent ainsi crées, parmi lesquelles le FC Yarish, qui fut la première équipe à disputer une rencontre internationale contre une équipe de prisonniers au cours de la Première Guerre Mondiale. Dans la foulée, le football s’étendit au reste du pays et la première équipe nationale fut montée en 1928, à l’occasion des Jeux Spartakiada, compétition réunissant les différentes nations et régions de l’URSS. En 1959, la fédération kazakhe voit le jour et adhère dans la foulée à l’UEFA. Le Kazakhstan fournit alors de nombreux joueurs aux différentes sélections nationales de l’URSS. A l’indépendance, la fédération kazakhe se retrouve affiliée à la zone Asie pour les compétitions internationales. Les Kazakhs n’arrivèrent cependant pas à se qualifier pour la Coupe d’Asie des Nations en 1996, ni pour la Coupe du Monde 1998, malgré une éclatante victoire 7-0 contre l’armada pakistanaise. Ces échecs cuisants se répétèrent lors des éliminatoires des Coupes d’Asie et du Monde suivantes, en 2000 et 2002. Mais là, où ces couillons de Moldaves ou de Macédoniens se contentent d’accumuler les humiliations sans rien dire, les Kazakhs ne se laissèrent pas faire. Conscients de leurs limites dans la très facile zone Asie, ils demandèrent à accéder à la plus difficile zone Europe. Et le plus fort, c’est que ça marcha et que depuis le 25 Avril 2002, le Kazakhstan est membre de l’UEFA. Au Kazakhstan, on ne change pas une formule qui perd, et ce passage en Europe fut l’occasion de quelques branlées mémorables comme un 0-6 infligé par la Turquie, en juin 2005. Mais tout vient à point à qui sait attendre et le 24 Mars 2007, le Kazakhstan obtint sa première victoire officielle en UEFA, en battant la Serbie par 2 Buts à 1, avant de récidiver en Arménie au mois de novembre. Cette campagne de qualification pour l’Euro fut d’ailleurs tout à fait honorable, puisque les Kazakhs réussirent par ailleurs à contraindre par deux fois les Belges au match nul. Ce qui en dit long aussi, sur la déliquescence du football belge. Cette sélection kazakhe, composée de joueurs évoluant pour la plupart dans le championnat local, est menée par le néerlandais Arno Pijpers. Cet ancien formateur de la fédération hollandaise, adepte des méthodes de Cruyff bien que passé par le Feyenoord, est arrivé au Kazakhstan par le biais d’un passage par le club d’Astana, après avoir travaillé en Estonie. Fort de ses premiers résultats positifs, il a récemment prolongé son contrat de deux années supplémentaires. Nul doute donc, que le Kazakhstan sera l’équipe à suivre lors de la Coupe du Monde 2010.

tobolLe championnat kazakh, appelé depuis peu Superleague kazakhe, existe depuis 1992. C’est le FC Irtysh Pavlodar qui domine le palmarès avec cinq titres, suivi par le FC Zhenis Astana avec trois titres. Contrairement à certains autres championnat du Kolbistan, voire de la Ligue 1 Orange, le championnat kazakhe est assez ouvert avec la rivalité de plusieurs clubs de la ville d’Astana mais aussi des autres villes du pays. La Coupe du Kazakhstan offre par contre un intérêt assez limité, comparable à une après midi de tour préliminaire de Coupe de la Ligue sur France 3 Régions, ce qui explique sans doute pourquoi Daniel Lauclair tanne depuis des années ses collègues, pour couvrir les finales kazakhes. A vrai dire, on aurait tort de se foutre de la gueule de l’ancien turfiste. Parce que la Coupe du Kazakhstan, c’est quand même de sacrées affiches, déjà chantées à l’époque par Rika Zarai, les fameux kazakhs chocs. En effet, en 1998, le FC Irtysh Pavlodar dut se coltiner le Kaysar Hurricane Kzyl-Orda. Un nom à faire pâlir d’envie Neil Young. Et en 2000, les Kazakhs purent voir le légendaire club Access Goldengrain Petropavlovsk se hisser jusqu’en finale. Un nom de casino pour baptiser un club, encore une idée que l’aulassie viendra piquer un jour ou l’autre.

En 2007, puisque les championnats se jouent sur les années civiles, le championnat a vu la victoire du FK Aktobe Lento avec huit points d’avance sur son dauphin le Tobol Kostanai. Les quatorze autres clubs classés furent dans l’ordre, le Shakhtyor IK, le Irtysh Pavlodar, Zhetsiu Taldyqorghan, FK Almaty, Vostok, FK Astana, Ordabasy, Kaysar Hurricane Kzyl-Orda, Yesil Bogatyr, Ekibastuzets Ekibastuz, Kairat Almaty, FK Atyrau, Oqjetpes, FK Taraz. Les deux derniers cités, sans faire une saison à la messine, ont quand même été relégués en deuxième division. Par ailleurs, le joueur de l’année fut le défenseur central Samat Smakov, qui avait déjà été élu en 2004. Pour la saison à venir, huit clubs sur seize ont changé d’entraîneur, avec l’arrivée d’un autre néerlandais dans la foulée de Arno Pijpers, à savoir Marco Bragonje au FK Alamty. Sur le plan des compétitions internationales, l’exploit fut pour le Tobol Kostanai qui a remporté la Coupe Intertoto, après avoir successivement tapé les Maltais du FC Zestaponi, les tchèques du Slovan Liberec et les Grecs du OFI Crête. L’histoire ne nous dit pas par contre, si comme son alter ego marseillais, le président du Tobol fit un tour d’honneur.
 

Par ailleurs, 2007 a vu le football kazakh endeuillé par la disparition de sa légende Sergei Kvochkin, un des plus grands joueurs de l’histoire, qui avait marqué près de 60 buts en 230 matches dans l’ancien championnat de l’URSS. Kvochkin est mort à 69 ans, des suites de complications cardiaques. M’est avis qu’avec Carlos et Salvador qui viennent de le rejoindre, il aurait sans doute préféré partir avec les tympans crevés

Publié dans : Les Dossiers, - Voyage au Kolbistan

Commentaires utilisateurs (1) Fil RSS des commentaires
Posté le steph 32, le 25-02-2008 21:40,
Personne n'a encore mis un commentaire sur la fin du road trip au Kolbistan ? Que cette injustice soit immédiatement réparée... 
Bravo Mumule pour cet ultime voyage, une nouvelle fois instructif et surtout très drôle (avec une dernière phrase d'anthologie...) 
C'est où le prochain voyage ? Non, c'est juste pour savoir ce qu'il faut mettre dans les valises...
 

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