Voyage au Kolbistan (2/5)
Écrit par Jo Wilfried Mulao   
 
le 13-11-2007 21:43
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Après notre présentation du Tadjikistan, notre voyage en Kolbistan se poursuit un peu plus vers l’Est. Nous voici donc au Kirghizistan, qu’on appelle aussi parfois Kirghiztan ou Kirghizie. Ceci dit, soyons honnêtes, on l’appelle assez rarement en fin de compte. Mais c’est justement pour cette raison que KOLB se doit d’en parler. Parce que dans ce pays aussi, il se trouve que l’on pratique et que l’on aime le football romantique et défaitiste.


  Et comme nous allons le découvrir, ils ont plutôt intérêt à aimer la défaite, nos amis kirghizes, parce qu’ils sont servis généreusement de ce côté-là. Mais ce pays et son football, réservent aussi un sacré lot de surprises attachantes. Parce qu’on parle quand même d’un pays, où le punk vit en bon ménage avec les derniers vestiges du soviétisme, où les femmes sans abri lisent Kant dans le texte. Rien que ça. En route donc, pour notre deuxième épisode du Kolbistan tour.

  Le Kirghizistan est donc un pays d’Asie Centrale, extrêmement montagneux et enclavé entre la Chine, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le déjà présenté Tadjikistan. D’une superficie totale de 198 500 km2, le pays est traversé en tout son long par la puissante rivière Naryn, irriguant la vallée de Fergana. Contrairement au Tadjikistan, même s’il n’a pas d’accès à la mer, le Kirghizistan peut profiter de l’immense lac Yssik Koul l’Est du pays, le deuxième plus grand lac de montagne du monde. Profond de 702 mètres d’altitude, il permet donc à la mafia locale de se séparer sans peine des hommes de mains chinois. En bref, c’est un pays de vrais montagnards, avec à l’Ouest la chaîne du Pamir Alay étant le principal massif, avec le Pic Lénine culminant à 7134 mètres d’altitude. A l’Est, on trouve la chaîne du Tien Shan, et son Pic Pobedy montagneculminant à 7439 mètres d’altitude. Autant dire, que ce pays pourrait bien faire chier ses adversaires lors des éliminatoires de Coupe du Monde, s’il n’avait eu la curieuse idée de situer sa capitale à Bichkek, à seulement 800 mètres d’altitude. Autant dire que le kirghize est sans doute trop honnête pour faire un grand pays de football.

  Historiquement, les premières traces de l’existence du Kirghizistan, remontent au XVe siècle. Les Kirghizes étaient alors un peuple nomade, formés de tribus venues tout au long des siècles, à la fois de Turquie, Mongolie et du Sud de la Sibérie. Au XIIIe siècle, ces tribus se sédentarisent et adoptent majoritairement l’Islam comme religion, les Kirghizes étant des musulmans sunnites. Comme de bien entendu, dès le XIXe, les Russes vont s’intéresser à ce pays, et ils incorporent le Kirghizistan à leur empire en 1876. Une incorporation, suivie de révoltes et de mouvements migratoires vers l’Afghanistan et la Chine. En 1918, un soviet est fondé dans la région et en 1926, la République socialiste soviétique autonome de Kirghizie est établie. Dix ans plus tard, le Kirghizistan est intégré comme membre à part entière de l’URSS. Comme ils en avaient alors l’habitude, les rouges débaptisèrent les villes à tout va, la capitale Bichkek devenant Frounze.

Avec les troubles politiques de la fin des années 80, les premières élections libres furent organisées en 1990, avec la victoire d’Askar Akaiev. Les événements se précipitent alors, et le pays retrouve son indépendance dès le 31 août 1991. Soit exactement, six ans jour pour jour, avant la mort de Lady Di, ce qui prouve bien qu’il ne s’agissait certainement pas d’un accident. Bichkek redevient Bichkek, et tout rentre dans l’ordre. Le nouveau président Askar Akaiev, va alors pouvoir exercer son pouvoir autoritaire jusqu’en 2005, où il est contraint de prendre la fuite suit aux manifestations et aux émeutes violentes, faisant suite à des élections législatives frauduleuses. Akaiev est contraint de fuir hors du pays, c’est l’événement final, de ce qu’on appelle la Révolution des Tulipes. Le pays est actuellement dirigé par le président Kourmanbek Bakiev et le premier ministre Almaz Atambaiev.

Économiquement, le Kirghizistan reste un pays assez pauvre, qui ne s’est toujours pas remis de l’effondrement de l’URSS. Ses activités sont essentiellement agricoles, l’élevage du bétail principalement, ainsi que différentes cultures. Cette activité concerne jusqu’à 35% de la population. Le joyau économique du pays, se tient dans la mine d’or de Kumtor, qui représente 10 % du PIB, mais ces enfoirés de Canadiens en ratissent une bonne partie, tout ça pour produire des disques de chanteuses à la con. Avec leur monnaie, le som, les Kirghizes ont donc bien de la peine à joindre les deux bouts, les deux tiers de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Le tiers restant lui, n’est pas à plaindre et peut décorer sa yourte avec des photos de bébés chats et passer ses journées devant MTV Kirghizistan. La vie de rêve, quoi.

Évidemment, vu l’aspect montagneux du pays, la densité démographique est très faible, la capitale Bichkek comptant tout de même près de 600 000 habitants. Au niveau culturel, comme nous l’avons déjà dit, les Kirghizes sont majoritairement musulmans, mais la pratique religieuse est aussi fortement marquée par les influences ancestrales du chamanisme et du soufisme. La langue kirghize appartient au groupe des langues turques, depuis 1941 l’alphabet cyrillique est officiellement adopté.

Alors bien sûr, dès qu’ils ont en l’occasion, les Kirghizes jouent au foot. Lekirg Kirghizistan est actuellement classé 133e au classement Fifa, entre le Malawi et les Bermudes. La fédération a été créée en 1992 et est affiliée à la Fifa depuis 1994. L’équipe nationale qui joue d’ordinaire en blanc ou en rouge, a disputé son premier match le 26 Septembre 1992 contre le Kazakhstan, pour un match nul 1-1. A noter que le match se disputait à Bichkek, dans le stade du Dynamo qui peut contenir jusqu’à 10 000 spectateurs enthousiastes. Les kirghizes n’ont jamais l’occasion de rencontrer d’autres adversaires, que leurs proches voisins ou leurs concurrents de la zone asiatique. Difficile dans cet état des choses, de trouver trace de matches mémorables. Une victoire 6-0 contre les Maldives en juin 1997, suivie d’une défaite contre l’Iran 0-7 quelques jours plus tard, constituent sans doute le meilleur exemple de la faculté kirghize à trop se reposer sur ses lauriers. C’est sans doute pourquoi, le Kirghizistan n’a jamais réussi à sortir des poules de qualification que ce soit pour le Championnat d’Asie, ou bien sûr pour la Coupe du Monde. Le record de sélections appartient à Vladimir Salo ( ça ne s’invente pas ), avec 30 capes. Le record de buts est partagé par quatre joueurs, avec…trois réalisations. Nul doute, que les énormes difficultés financières de la Fédération sont aussi pour beaucoup dans cette médiocrité. Ainsi, au mois de Septembre, la Fédération lançait un appel pour trouver un sponsor maillot et tenter de financer les coûteux déplacements asiatiques.

L’avenir passe peut être alors par le futsal, où la sélection nationale a obtenu une brillante médaille de bronze, lors des Championnats d’Asie en 2005. Malheureusement, en 2007, ils ne purent renouveler la performance, se contentant de la quatrième place, en supportant en plus la honte d’ être battus par les Ouzbeks. Le futsal est impitoyable.

roseLes Kirghizes se distinguent aussi de leurs voisins, en développant le football féminin avec une attention qui les honore. D’abord chez les jeunes, en prenant garde d’adopter leurs tenues à la mode tecktonik qui déferle sur Bichkek. Ensuite, en n’ayant pas peur de les opposer à des équipes masculines pour les faire progresser. Ainsi cet été, lors du Mondial des sans abri, le Kirghizistan s’est distingué en envoyant une sélection exclusivement féminine. Évidement, elles se sont pris branlée sur branlée, mais en même temps si le PSG veut monter une équipe féminine digne de ce nom, il sait où recruter.

 

La première chose qui frappe quand on s’intéresse au championnat kirghize, autrement nommé la Vysshaja Liga, c’est le lien évident avec la musique anglo-saxonne. Et ça, bien sûr, ce n’est pas fait pour nous déplaire, à KOLB. Ainsi, si l’on énumère le équipes de ce championnat, on obtient : Dordoy-Dinamo Naryn, Abdish-Ata Kant, Zhashtik-Ak-Altin Karasuu, Alay Osh, Lokomotiv Jalalabad, Neftchi Kochkorata, Sher Bichkek, Abdish-Ata-Fshm Kant, Kant-77. Qu’est-ce qui saute au yeux ? Déjà que la philosophie ça rapporte, parce que ce bon Emmanuel Kant s’est quand même payé trois clubs de football. Abramovitch peut aller à se rhabiller, il est largement distancé. Ensuite, l’influence punk est là, puisque le troisième club du philosophe allemand ( Kant-77 ) doit son nom à l’année symbolique de la musique préférée de Plastic Bertrand. D’ailleurs, ils poussent la philosophie No future jusqu’au bout, puisque ils ont déjà 30 points de retard sur le premier non reléguable. Quand on vous dit que les kirghizes en connaissent un rayon en rock…

Au palmarès du championnat, qui se dispute depuis 1992, deux clubs se partagent laballon tête avec trois titres. Le Dordoy-Dinamo Naryn, l’équipe phare du moment et déjà bien partie pour en obtenir un quatrième cette année et le Ska-Pvo Bichkek. Encore une fois, on trouve donc trace d’une analogie entre la musique et le foot kirghize. La Coupe du Kirghizistan a la particularité de s’être disputée sans discontinuer depuis 1939, donc y compris pendant la période soviétique. Le Torpedo Frunze ( ou Bichkek ) écrase le palmarès avec 15 titres. Là encore, certains noms fleurent bon la lecture assidue du NME. Du Instrumentalshchik Frunze au Elektrik Frunze, on pourrait facilement se croire en pleine cérémonie des révélations du festival des Inrocks. L’autre chose intéressante à noter au palmarès de la Coupe kirghize, est la fascinante série de six défaites consécutives en finale, performance réussie par le Zhashtik-Ak-Altin Karasuu. Un club comme ça, mériterait sans doute de recevoir les premiers tee-shirts KOLB.

Enfin, n’en déplaise aux fans le Liverpool, le lien ultime entre le foot kirghize et l’Angleterre, c’est l’existence d’un Manchester Pub à Bichkek. Nul doute que si Beckham avait eu le sens de l’Histoire, il aurait signé au Sher Bichkek plutôt que d’aller s’enterrer à Los Angeles.

Après une dernière pinte dans ce pub, nous quittons nos amis kirghizes pour se diriger vers le Turkménistan.

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