Suite de notre voyage spatio-temporel du coté de Glasgow, avec le récit de l'histoire des Rangers, tout en diapositives noires et blanches. Un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaitre...
A legend is born
Nous sommes à Flesher Haugh’s, en compagnie de quatre jeunes locaux, s’arrêtant au gré de leur promenade. Devant eux se dispute une partie de ballon rond, éveillant leur curiosité, et suscitant leur enthousiasme. Qu’à cela ne tienne, les frangins Peter et Moses McNeil, et leurs acolytes Peter Campbell et William McBreath, décident à leur tour de rentrer dans la danse, en montant leur propre équipe.
Sans plus attendre, c’est sur ce même terrain de jeu que la toute nouvelle formation dispute son premier match, face au FC Callander, au mois de mai 1872. Chose surprenante, la partie fut ouverte à n’importe quel intéressé. Premiers arrivés, premiers servis. Habillés en civil, les nouveaux venus viennent taquiner la balle avec les instigateurs du projet, pour le coup vêtus en bleu. Au final, un score nul et vierge, mais évidemment anecdotique.
Fin lecteur, Moses McNeil se plonge dans un ouvrage portant sur une discipline elle aussi toute jeune, le rugby, né chez les voisins anglais. Au hasard des lignes lui survient alors un nom des plus agréables, dénomination d’une de ces équipes d’Ovalie : Rangers. Suggérant l’idée à ses compères, le nouveau né est baptisé : ce sera le Rangers FC !
Pour le second et dernier match de leur année de naissance, les Gers atomiseront le club de Clyde, par onze buts à rien…L’histoire peut commencer.
Peu à peu, le club se structure : réunions, élection de dirigeants, entraînements hebdomadaires…Toutefois, chacun des membres fondateurs recrute dans son entourage et les Rangers deviennent alors un belle histoire de famille. Mais cela n’est pas suffisant pour intégrer la Scottish Football Association, suite à un retard dans la demande d’inscription pour la Cup, seule compétition en vigueur à l’époque. Mais la première reconnaissance viendra avec la sélection en équipe nationale de Moses McNeil, membre de l’équipe écossaise victorieuse 4-0 des gallois en 1876. Les années suivantes verront les affrontements à couteaux tirés avec Vale of Leven.
1877, les Rangers échouent en finale de la Cup, au terme du troisième match ! Après deux scores nuls, la partie est rejouée une troisième fois. Une ultime joute perdue par les bleus, alors loin d’imaginer que le même scénario se produirait deux ans plus tard, en deux manches cette fois… Passent les années, et se cumulent les échecs. Il faudra attendre vingt ans, et la création de la Scottish Premier League, pour voir le club glaswegian décrocher son premier titre. Ce championnat 1891 s’avère extrêmement disputé, si bien qu’il faut recourir à un match d’appui pour en déterminer le vainqueur. Mais au terme d’un ultime match nul face à Dumbarton, les deux belligérants sont proclamés ex-æquo. Cela reste à ce jour un fait unique dans l’histoire de la compétition…
Placés en championnat, enfin vainqueur en Cup (en 1894 face au Celtic), la saga victorieuse des Rangers peut enfin commencer…
1899, année bulldozer. Avec un bilan comptable qui reste inégalé à ce jour, les Glasgow Rangers écrasent le championnat national : 18 matchs et autant de victoires. Chaque match tourne à la démonstration : Celtic, Clyde, Dundee…tous sont broyés par l’implacable machine emmenée par coach William Wilton et le talentueux Robert Hamilton. Seuls les Hibernians semblent en mesure de suivre le rythme. Après un match aller perdu d’extrême justesse 4-3 à domicile, les joueurs d’Edimbourg se rendent revanchards à Glasgow à la veille de noël. Mais c’est avec dix buts dans les valises que les verts et blancs repartent fêter la Sainte Nuit…Mais curieusement, les ‘Gers laissent échapper la Cup aux dépends du Celtic. Il leur faudra 29 ans pour à nouveau goûter aux frissons du doublé…Mais jusqu’en 1902, leur domination sur le championnat sera totale, ne perdant que six rencontres sur soixante quatorze.
Sous l’égide de William Wilton, le club remportera dix championnats, mais seulement une Cup. Mais au terme d’une saison époustouflante en 1920, avec un mano à mano infernal avec le Celtic, le club vivra un changement d’entraîneur des plus inattendus. La mort attendait en effet Wilton lors d’une virée nautique le lendemain du sacre.
C’est alors qu’entre en scène son adjoint, un dénommé Bill Struth. Sans le savoir, le club va alors rentrer dans ce que l’on appelle « The Struth Years ».
The Struth Years
Qui est Bill Struth ? Cet homme de l’ombre brusquement envoyé sur le devant de la scène. Natif d’Edimbourg, c’est avec une première expérience en tant que coach de Clyde et des Hearts qu’il débarque à Glasgow. Pressenti dans un premier temps pour prendre les rênes de l’équipe première, c’est d’un geste chevaleresque qu’il décline l’offre, préférant seconder son idole, William Wilton. Et apprendre…Et en ce mois d’août 1920, voici Struth entraîneur en chef malgré lui. D’aucuns n’imaginent alors qu’il conservera sa place pendant 34 ans…
Son bilan comptable est tout simplement sensationnel. De sa prise de fonction jusqu’à la Guerre, les Rangers ne rateront que quatre titres de champions ! En 1922, 26, 32 et 36. Phagocytaires en championnat, les Blues éprouvent plus de mal en Cup avec seulement six trophées. Outre un bilan comptable des plus éloquents, c’est surtout la griffe Struth que l’on retient de cette glorieuse période. De savoureuses anecdotes en morceaux de légendes, la plus belle période de l’histoire des Rangers regorgent de secrets…
Les deux premières années de l’ère Struth seront mitigées. Entachées par des échecs en Cup. Et à chaque fois après de vains combats, ponctuées par les hold-up consécutifs de Patrick Thistle et de Morton. De vrais coups durs, quand on connaît l’attachement des Britanniques à leurs coupes nationales. Mais renoncer n’est pas dans les habitudes de Struth. Vaincre le signe indien s’abattant sur son équipe va devenir son obsession. Et son obstination va être récompensée en 1928. Après 25 ans de désillusions.
Après des tours de chauffe bien négociés face à des formations de seconde zone, ce sont les Hibernians qui viennent défier les ‘Gers. Tynecastle, l’antre des Hearts, fera office de morne plaine pour les locaux, emportés 3-0 par la vague bleue venue de l’Ouest. Et quoi de plus excitant qu’un derby face au Celtic en guise d’ultime marche vers la gloire ? Mais de suspense, il n’y aura point. C’est avec les valises pleines de buts que les Verts et Blancs quittent Hampden Park. McStay, Meiklejohn, McPhail et Archibald feront parler la poudre, et permettront enfin aux Rangers de décrocher le trophée tant espéré. En pleine euphorie, ces derniers atomiseront Kilmarnock cinq jours plus tard pour s’offrir le doublé. Et la moisson n’est pas terminée. Un cru légendaire, à la hauteur des plus grands flacons de pur malt…
Poursuivant leur cadence infernale, les joueurs de Struth enfileront trois nouveaux titres, synonyme de quintuplé. Mais coach Bill en veut plus. Les chiffres l’ensorcellent. Notamment le six ; comme sextuplé. 1932 sera la saison du record, c’est dit. Surtout que la petite perle Sam English enfile les buts, permettant aux siens de démarrer la saison sur les chapeaux de roues. Mais Motherwell est là, bien calé dans la roue, porté par une attaque virevoltante et un Willie McFadden supersonique (52 pions…). Et les ‘Gers piochent, avec notamment une invraisemblable série de quatre défaites. « Maman va bien » sprinte et ne sera jamais rejoint. Le titre est manqué, provoquant une première cassure dans l’ère Bill Struth, malgré la victoire en Cup…
Tel un duel Merckx-Ocana, les deux protagonistes reprennent du service l’année suivante, dans un mano à mano endiablé ponctué cette fois par la victoire de l’ogre Glaswegian. Qui par là même se ressert quatre titres supplémentaires. Une gloutonnerie gargantuesque. Ainsi va la vie du foot écossais, jusqu’en 1939, et l’entrée dans la nuit…
LA SPL met ses ébats en veilleuse, quelques compétitions sont disputées ça et là, jusqu’en 1945. Naît pendant cette période une polémique avec les rivaux du Celtic, concernant la reconnaissance des trophées obtenus lors de ces six années. Les Rangers prennent le parti de ne pas officialiser leur palmarès, provoquant des situations rocambolesques. Comme lors de ce derby de 1943, où les verts et blancs sont balayés 8 à 1 à Ibrox ; n’est reconnu que le maigre but des visiteurs dans les archives du Celtic.
Scotch VS Vodka, un coktail détonant
Au sortir de la guerre, Moscou envoie son Dynamo faire le tour de la Grande Bretagne pour y disputer quelques matchs. Sévèrement défaits 10-1 à Cardiff, l’escapade londonienne s’avère plus réussie s’inclinant de justesse à Arsenal et arrachant le nul à Chelsea. Et le 28 novembre 1945, le Dynamo se présente à Ibrox pour le dernier match de sa tournée. Pour un affrontement haut en couleur. Plutôt hautains, les dirigeants russes font pression pour les Rangers ne puissent aligner leur toute nouvelle recrue, Jimmy Caskie, en provenance d’Everton. Souhaitant boycotter le match, les Russes s’attirent les foudres de la population de Glasgow. Peine perdue, la partie devra se disputer, Caskie ne pouvant toutefois pas être aligné. Le jour du match, les russes embraquent en direction du stade, sur un bateau descendant la Clyde. Ceux-ci découvrent une inscription, marquée à la peinture blanche : « Who’s Afraid Caskie ? ». Ambiance...
Dans un stade en furie, Russes et Ecossais se quittent dos à dos, deux partout. Décidément bien roublard, le Dynamo fit jouer l’espace d’un instant douze joueurs. Tricherie n’ayant pas échapper à Torry, invectivant l’arbitre sur son laxisme. Tout rentra dans l’ordre. C’est de cette façon plutôt mouvementée que les Rangers remirent ainsi le pied à l’étrier.
La saison 1948-1949 voit les Rangers décrocher le premier triplé de l’histoire du foot écossais, grâce à l’apparition de la Coupe de la League. Le club décrochera quatre titres jusqu’en 1954, date à laquelle l’ère Bill Struth prend fin, après 34 années de bons et loyaux services. Autre statistique portant sur la longévité, le gardien Bobby Brown n’aura manqué aucun match de septembre 1946 à avril 1952. Cela laisse rêveur.
Scott Symon succède à Struth (qui décèdera en 1956, malade depuis plus de quatre ans). En provenance de Preston, en Angleterre, l’ancien joueur du club (vainqueur du titre en 1939) va continuer à surfer sur la vague du succès. Au palmarès, un 6-5-4 flatteur, respectivement en championnat, Cup et League Cup, sur une période de 13 ans, jusqu’en 1967. Pour la petite histoire, Symon est un des rares écossais à avoir été sélectionné dans deux équipes nationales différentes : en football, bien sûr, mais aussi en cricket ! Une performance que rééditera un certain Andy Gorham au début des nineties…
Les années 50 sont aussi les années pionnières de la Coupe d’Europe. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les Rangers ne vont pas mettre longtemps avant de se mettre en évidence sur le continent. La toute première joute européenne des Rangers aura pour cadre la Coupe des Clubs Champions 1956-1957, lors d’une confrontation face à Nice. Après la victoire à domicile de chacun des protagonistes, 2-1, c’est pour un match d’appui que les bélligérants se retrouvent à Paris. Nice l’emporte, mais Glasgow commence là une belle aventure en Coupe d’Europe. Direction 1961…