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Week-end de Toussaint, victoires pour les deux équipes de Glasgow. 2-1 pour le Celtic à Kilmarnock, 2-0 pour les Rangers face à Inverness à Ibrox. C’est sur ces deux résultats positifs pour les clubs de Glasgow que je débarque dans la plus grande ville d’Ecosse. Après des semaines à arpenter les vertes campagnes écossaises, replonger dans l’atmosphère unique d’une métropole me dépayse quelque peu. Mais qu’importe, je ne suis ici que pour quelques temps. Car Glasgow vaut bien un détour. Il m’est de devoir de vous faire oublier vos préjugés. Ceux d’une ville austère et sur le déclin. Glasgow mérite de se dévoiler. Avant de disserter sur les deux poids lourds footballistiques de la ville, je tiens à vous faire découvrir un petit bijou. Car derrière le Celtic et les Rangers se cache une légende, quasiment inconnue chez nous. Aujourd’hui enfoui dans les bas fonds du football écossais, le Queen’s Park Football Club remonte à la surface le temps d’une apologie...
Comme souvent depuis le début de nos aventures, histoire et football se mêlent joyeusement pour saisir toutes les subtilités du jeu à l’écossaise. Et ici, c’est encore une fois la révolution industrielle qui va nous d’accélérateur de cette histoire. Ce qui ne nous empêche pas de prendre plaisir à conjuguer notre récit au passé (encore) antérieur.
 VIème siècle. Ca commence à grouiller du côté du Lanarkshire. Avec pour rôle principal, Saint Kentirgen, plus connu sous le pseudonyme de Saint Murgo, fondateur d’un monastère convertissant les habitants du coin au christianisme. Bien que les sources soient assez diffuses, l’acte fondateur de la ville de Glasgow se situe à cette période. En 1175, Guillaume Cœur de Lion établit une charte pour la ville. Au milieu des années 1400, la première université (la deuxième en Écosse) est fondée sur le site de l'ancien monastère. En 1492, Glasgow est déjà la plus peuplée d'Écosse.
Au début des années 1700, elle apparaît comme un des grands ports britanniques. En 1770, la Clyde est draguée et des quais sont construits sur ses berges, permettant à de grands bateaux d'accoster au centre ville. Dans les années 1830, en plein développement industriel, Glasgow se transforme en un centre commercial pour le verre, le papier, le textile, le coton et les produits chimiques.
De 1860 au tournant du siècle, Glasgow est même le centre mondial de la construction navale. Grâce à son site d’une part - la Clyde étant un chantier naval naturel -, à l'accroissement de sa population d’autre part, due essentiellement à la vague d’immigration en provenance d'Irlande. Pendant le dernier siècle, plusieurs bateaux de renommée mondiale, comme le Queen Mary, le Queen Elizabeth I et II, sont construits sur les bords de la Clyde.
En outre, un programme de constructions de 1870 à 1920 permet le développement de nombreux musées, galeries et bibliothèques. Le développement des infrastructures fait de Glasgow la première ville d'Europe équipée du téléphone, de l'eau courante et du gaz. De grandes expositions internationales se tiennent à Kelvingrove Park en 1888 et 1901, permettant à la ville d’apparaître comme une vitrine des des progrès de la technique et de l’industrie.
Meurtrie par les bombardements durant la Seconde Guerre mondiale, la ville mit quelques années pour panser ses plaies. Avant que les vingt dernières années n’obligent Glasgow a changer de visage. En effet, de 1970 à nos jours, le cœur de l’activité économique de la ville est passé de l'industrie lourde (construction navale réduite à sa plus simple expression) à l'industrie de services comme le tourisme ou les technologies de l'information.
Alors que dans les décades précédentes Glasgow partageait avec Liverpool la sale réputation des villes marquées par les tensions et la violence la nuit tombée, une série de transformations radicales en ont fait une des villes les plus sûres de Grande-Bretagne. Le développement en cours des rues commerçantes ainsi que l'arrivée d'une culture pub aux heures d’ouverture plus tardives en ont fait une cité agréable à vivre, surtout pour ceux qui aiment travailler plus, consommer et se distraire autour d’une bonne pinte. Comme ses habitants ont également la réputation d'être les plus amicaux et les plus serviables de toutes les villes du pays, il paraît difficile de se priver d’un séjour prolongé.
Parmi les hauts lieux de la cité écossaise, il est impératif d’évoquer l’une des plus belles arènes du monde. Le Hampden Park. Un stade de haute volée qui eu le don d’inspirer notre Merengue de Zizou, auteur d’un geste somptueux face aux romantiques de Leverkusen en 2002. 52500 places, une architecture de rêve, une ambiance unique au monde, ce stade fait partie de la légende du football mondial. La FIFA l’a d’ailleurs classé au sein des stades «cinq étoiles», aux cotés de 25 autres arènes de légende. Mais Hampden Park n’a pas toujours été le temple que vous pouvez admirer de nos jours…
1873, le tout jeune Queen’s Park FC dispute ses premières joutes au premier Hampden Park, avant de migrer vers un deuxième, puis un troisième site. Tout cela dans un périmètre très restreint toutefois. Le premier site appartient aujourd’hui au Hampden Bowling Club, le deuxième fut la propriété du Third Lanark FC, club de football disparu en 1967. C’est donc sur ce troisième et dernier lieu que va s’écrire la légende…
En 1900, le club de Queen’s Park soumet son projet de construction de stade au propriétaire des lieux, Mr Gordon. Adjugé vendu, son terrain tombe dans l’escarcelle des footeux. La construction peut commencer. L’architecte n’est autre que Archibald Leitch, doté d’un CV impressionnant - Ibrox, Old Trafford, Highbury, Stamford Bridge entre autres. Et c’est le 31 octobre 1903 qu’on y inaugure les premiers débats footballistiques lors d’un derby entre le Queen’s Park et le Celtic.
De l’avis unanime, Hampden Park est le plus beau stade du monde. Par ailleurs sa capacité ne cessera de s’accroître. De 44 530 en 1903, on arrivera jusqu'à 193 000 personnes en 1937. Seul le Maracana mettra un terme à cette hégémonie. Jusqu’aux eighties, les grands matchs se disputent devant des affluences record, autour de 140 000 personnes. Par ailleurs, l’enceinte aura été le théâtre de nombreuses innovations : tribune de presse en 1906, sonorisation en 1920, billetterie en 1937…
Passée la Seconde Guerre mondiale qui affecte sérieusement l’enceinte, Hampden Park devient un des hauts lieux du football européen. Des finales de C1 y sont disputées, comme le fameux Bayern- Saint Etienne en 1976. L’an passé, le duel hispanique entre le FC Séville et l’Espanyol Barcelone vit la victoire des premiers au terme d’un match somptueux. Auparavant, le stade subit une profonde transformation suite aux catastrophes des années 80. Totalement couvert et doté uniquement de places assises, sa capacité fut portée à 52 500 places. Il n’en reste pas moins impressionnant et c’est aujourd’hui un véritable défi d’aller s’imposer dans ce temple. Coach Ray et ses boys se firent rentrer dans les plumes, en attendant le tour des ragazzi de Donadoni…
Pour l’heure, le quotidien d’Hampden est des plus calmes. En effet, aussi légendaire soit-il, le Queen’s Park FC y dispute ses rencontres de 3ème division devant des assemblées plutôt maigrelettes. Dans l’espoir d’un retour au sommet pour ce club de légende.
Le quotidien des Hoops...
1867, soit 140 ans avant la rédaction de cet article, le foot n’est rien en Ecosse. Jusqu'au 9 juillet. Nous sommes au N°3, à Eglinton Terrace, au sud de Glasgow. La décision est prise de fonder un club de football, le premier de l’histoire du pays. A huit heures et demie de soir naît le Queen’s Park FC. Cette équipe avait déjà quelques matchs au compteur, disputés dans différentes écoles de la ville.
Le football en étant à ses prémices, les règles et le style étaient alors quelque peu confus. Le tout nouveau Queen’s Park imposa son style, assez proche du jeu que nous connaissons aujourd’hui : passes, contrôles, tactique… Mais ce qui forge l’identité du nouveau club, c’est son refus du professionnalisme. " Ludere causa Ludendi", ce qui donne en scottish " To play for the sake of playing". Cette maxime est toujours d'actualité, bien présente sur l'écusson du club. Qui tient à son statut amateur, refusant d’intégrer des joueurs issus de clubs pros et ne prenant pas part à la première édition de la SPL en 1890. Peu importe, car à cette date, les Queen’s Park ont déjà un sacré palmarès.
Neuf Scottish Cup ! De la première victoire, en 74 à celle de 1890, les Spiders (en référence à leur tenue blanche rayée noir) ont la main mise sur l’épreuve. La meilleure équipe d’Ecosse, assurément, car le championnat n’existe pas encore. Mais au-delà d’un palmarès, le Queen’s Park FC, c’est bien plus que cela…
La Fédération écossaise prit ses quartiers au siège du club de Glasgow, qui contribua grandement à l’organisation du premier Ecosse-Angleterre de l’histoire. Le 30 novembre 1872, devant 4000 personnes, la partie se terminera sur un score nul et vierge. D'autres sources parlent d’une victoire 5-4 des Anglais. La légende reste en suspens... L’Angleterre justement fut un des terrains de jeu préférés des Spiders. Ils participèrent durant plusieurs années à la Coupe d’Angleterre, échouant à deux reprises en finale, en 1884 et 85, à chaque fois face aux Blackburn Rovers.
Bien des années avant Manchester ou le Real, Queen’s Park organisa des tournées à l’étranger pour y livrer des matches d’exhibition. Lors de l’année 1879, ils prirent le chemin de l’Irlande pour y défier les Caledonians à Ballymeigh. Pour les locaux, ce fut la révélation : peu de temps après naquirent le premier club, Cliftonville et la Irish Football Association. Parallèlement à cette tournée, les Ecossais affinent un peu plus les règles du ballon rond, en accord avec les instances de l’époque – cages (avec les poteaux et la transversale), coup-franc et mi-temps… So visionary…
En 1890 naît la Ligue Ecossaise. Droits dans leurs bottes, les Hoops refusent d’intégrer le tout nouveau championnat, au nom de l’amateurisme. La situation durera dix ans. Lors de la première année du XXème siècle, Queen’s Park entre malgré tout dans la danse pro. Pour mieux amorcer son déclin. Une 8ème place et une finale de Coupe perdue face au Celtic seront affichés au bilan de cette année 1900. Le palmarès va rester figé quant aux trophées majeurs décrochés.
En championnat, le meilleur résultat sera une 7ème place sur 18 participants en 1918. On trouve par ailleurs deux titres de 2ème division en 1923 et 1981, deux de 3ème division en 56 et 2000, plus quelques Glasgow Cup et autres Charity Cup.
En tant qu’ardent défenseur de l’amateurisme, le club déposera plainte contre un des ses rivaux, Clyde, lors de la saison 1910. Ce dernier a tenté une approche sur un des joueurs majeurs des Queen’s, Willie McAndrew. Les Spiders obtiennent gain de cause et la Ligue impose alors une date butoir (le 30 avril de chaque année) pour les transferts. Une règle aujourd’hui mondialement connue sous le nom de mercato…
Les années passant, l’écart entre amateurs et pros se fait cruellement ressentir. La saison 1922 va être fatale aux pionniers de Glasgow qui connaissent leur première relégation. Déception vite gommée par une remontée illico. Avant qu’en pleine Seconde Guerre mondiale, les moyens humains et matériels soient sérieusement entamés. La Scottish League se met en veilleuse. Les Hoops intègrent la Scottish Southern League. Cette équipe composée de novices prend de la bouteille et au fil des matchs joués, un groupe intéressant prend forme. Avec notamment un certain Tommy Gallacher, père du cannonier des Blackburn Rovers, Kevin Gallacher…
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la Scottish League reprend ses droits en Ecosse. Les Queen’s sont alignés en deuxième division et réintègreront l’élite en 1955. Pour mieux replonger trois ans plus tard…Jusqu’au milieu des années 70, le club vivote au deuxième échelon, voyant passer quelques têtes aujourd’hui reconnues comme Alex Ferguson, mécano à la ville, goleador dans le champ. Trop fort pour les Spiders, il partira monnayer ses talents à Saint Johnstonne. On recense également Ronnie Simpson, portier du Celtic titré sur le continent en 67, Bobby Brown et Andy Roxburgh, anciens managers de la Tartan Army.
L’équipe continuera de faire l’ascenseur entre première et deuxième division, avec de rares montées - en 1981 et 1988. Toujours amateurs, les Queen’s ferraillent aujourd’hui en troisième division en compagnie de Ross County, Raith Rovers ou encore Ayr United. L’année passée, troisième de la saison régulière de la Scottish Third Division (le 4ème niveau), c’est au terme d’un beau parcours en play-offs et une finale remportée face à East Life que les Spiders obtiennent leur accessit.
Lève ton verre aux Spiders...
C’est devant une affluence tournant autour de 800 personnes que le club légendaire se bat aujourd’hui pour le maintien dans son antre d’Hampden Park. Une situation qui doit être assez dépaysante pour tous les visiteurs. Le week-end dernier, Aidrie United n’a pas fait de détail en s’imposant 1-0 dans le temple de Glasgow, enfonçant les Queen’s à la 8ème place. Toutefois, les deux goleadors, Steve Canning et Alan Trouten, déjà auteurs de 11 buts à eux deux, devraient permettre aux noirs et blancs de se maintenir.
Coté fans, la légende fait toujours recette. A chaque déplacement, c’est un contingent impressionnant qui accompagne l’équipe, notamment les QPSA, Queen’s Park Supporters Association. Non sectaires, contrairement aux deux poids lourds de la ville, amicaux et privilégiant l’espritbon enfant, cette escouade (complétée par les minots du « QPSA Youth Spider ») trimballe sa bonne humeur aux quatre coins de l’Ecosse et même jusqu'en Allemagne. En effet, suite à un match amical contre le FC Wattenscheid l’année dernière, un jumelage est né avec l’équipe allemande et ses fans.
Le Queen’s Park Football Club reste une club authentique, dont le rôle a été déterminant dans l’histoire de notre sport favori. Assurément, on ne pourra que garder une pensée émue à l’évocation des Spiders…
Passée cette belle histoire, je remonte au sommet du football écossais pour vous présenter un monument qui m’est cher. Le Celtic.
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