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C’est bien, je ne suis pas trop dépaysé. Je passe de la maman au saint. C'est au tour de la paisible ville de Paisley de me dévoiler les dessous de la soutane. Enfin, plutôt du kilt. Même s'il va falloir penser à rajouter quelques couches de textile sous le mien, de kilt - l’automne écossais rappellant combien ce pays ne fait pas semblant question météo. D’ailleurs, quelque soit le registre, l’Ecosse triche-t-elle ? Ce n’est sans doute pas la ville de Paisley qui risque de me mentir. Car après Kilmarnock et Motherwell, je suis content de retrouver des monuments chargés d’histoire, de beaux ouvrages et un London de poche écossais à Paisley, nouvelle étape figurant dans mon Petit Footé scottish. A St Mirren FC et son Park du même nom de me livrer leurs petites et grandes histoires.
"The Saints are coming. Here I am, welcome to Saint Mirren"
Ici, à Paisley, c’est la quiétude. Point de criminels en vue, ni de sombre Vologne capable de faire ressurgir à la surface des histoires de petit Grégory… Paisley, ça va de soi. D’autant que vu d’ici, le Doubs paraît bien loin.
Maître Capello dans l’âme, je ne peux vous épargner mon traditionnel cours d’étymologie. Paisley vient du gaélique Paislig – il semblerait qu’on soit à ce sujet encore dans le domaine de l’incertain. Il faut se pencher sur les racines britanniques ou gaéliques du nom pour tenter une analyse. Pour découvrir que de bien jolis mots se disputent l’origine nominale de la cité : Pasgill pour pâturage, Passeleg pour basilique ou encore Paessa pour clairière. Deux textes religieux datés de seulement 32 ans d’écart donnent Pasilege pour le premier et Passie pour le second. On peut donc dire que le mystère reste entier. Les plus grands perceurs de mystères, de Pierre Bellemare à Christophe Hondelate, ont abandonné devant l’incertitude entourant l’affaire.
Pour le reste, on peut affirmer qu’ici la religion est omniprésente, depuis le Moyen Age. Essentiellement grâce à un homme, Mirrin de Bangor. Ce moine irlandais fut le fondateur de l’abbaye de Paisley. Ce sanctuaire aurait été édifié à la fin du 6ème siècle près d’une cascade. C’est au XIIème siècle que les moines vinrent s’établir ici et se vouer au culte de… Saint Mirrin. Cette abbaye va devenir l’élément moteur de la vie de la cité au fil du temps, les dynasties Bruce (bien puissante) et Stuart (haut gradée) contribuant à le renforcer.
Forte de cet adoubement venu des plus nobles familles, Paisley devient un centre important de la vie culturelle et économique écossaise : une grand école y est crée en 1577, des cercles littéraires voient le jour et la cité s’enrichit grâce au tissage.
Paisley reste une riche cité au rayonnement régional, jusqu’à la fin du 20ème siècle, lorsque s’amorce le déclin des industries issues de la première révolution industrielle. Entre autres activités victimes de la fin de cet âge d’or, les chantiers navals qui doivent fermer dans les années 1980.
De nos jours, la ville se tourne surtout vers le tourisme… et le whisky – ce qui n’est pas incompatible, loin de là. A Paisley, on travaille pour Chivas Regal, nectar local qui porte bien son nom.
Malgré les apparences, Paisley n’est pas la patrie du Chivas Regal. Pour retrouver son lieu de naissance, il faut remonter plus au Nord, dans le Speyside, à Strathisla. C’est là qu’en 1801, les frères Chivas lancent leur distillerie. Tenant une échoppe de produits de luxe à Aberdeen (épices, cafés, rhums), John et James décident de faire leurs crâneurs en produisant leur propre blended scotch, qui d’emblée se démarque par la recherche d’une certaine qualité, à la différences de la plupart des breuvages de l’époque. Une personne plutôt bien placée va contribuer à l’essor de l’enseigne. C’est la reine Victoria. Tombée amoureuse du nectar des deux frangins, elle s’empresse de leur attribuer le Royal Warrant, reconnaissance accordée aux entreprises contribuant à la grandeur du Royaume. Fort de cette publicité, Chivas peut alors prendre son essor.
Notamment de l’autre côté de l’Atlantique. Avec les expatriés européens, la marque débarque en Amérique et rencontre un succès immédiat. Les plus grandes stars en sont en gagas, comme Sinatra, Dean Martin ou encore Sammy Davies JR – belle brochette de types connus pour leur sobriété. De nos jours, la marque se distingue surtout pour son mordant dans la business jungle du whisky. Avec son slogan "This is the Chivas Life", Chivas se lance surtout dans sponsoring bling bling, entre compétitions de golf, Coupe de l’America ou tournées de pop stars bien nazes (Black Eyed Peas, Christina Aguilera, Robbie Williams). L’enseigne est aujourd’hui propriété du groupe Pernod Ricard . "Ce qui n’était qu’une affaire familiale il y a plus d’un siècle est aujourd’hui un des leaders mondiaux du marché du whisky !" comme le disent si bien les voix-off de Capital.
En attendant, cette stratégie a au moins permis à de nombreux salariés de bosser pour une entreprise qui reste en pleine santé. Après toutes les fermetures qu’a connues Paisley, ces 800 emplois n’ont rien de négligeable. La ville bénéficie en outre de la proximité de Glasgow et de son aéroport pour continuer à jouer l’ouverture sur l’international.
Le whisky, ce n’est pas seulement fait pour être vendu et créer de la croissance, comme le prescrit la Commission Attali. C’est aussi parfait pour jouer la rock’n’roll attitude. Demandez plutôt à Jim Morrisson. Son Love Street des plus ensorceleurs est aussi l’adresse de l’arène du club de footabll de Paisley, le Saint Mirren FC.
Ici, pas de clinquant et pas encore d’Arena rendant hommage à quelque oléo-monarchie. A Paisley, on a affaire à un stade dans la plus pure tradition british, ne comptant aujourd’hui que 10 800 places. Parce qu’il y a un temps où le club pouvait recevoir le Celtic pour des derbies enflammés devant 47 400 spectateurs survoltés.
Si son inauguration remonte à 1895, c’est bien le futur du Saint Mirren Park qui mérite qu’on s’y intéresse. En effet, le club a prévu de déménager vers GreenHill Road, après la signature d’un deal avec la chaîne de supermarchés Tesco. Ce contrat permettra à l’enseigne de s’établir sur le site du Saint Mirren Park, une fois le travail des bulldozers effectué.D’ici là, les supporters peuvent encore profiter amoureusement des derniers moments passés à Love Street.
Il en faudra sans doute plus pour booster les résultats du club. Car pour l’instant, Saint Mirren semble promis à la deuxième division. Gretna, Falkirk et Inverness sont déjà les compagnons de galère de fond de cale en SPL. Rompus à l’exercice, les Bunddies ont vécu un dernier championnat compliqué, luttant férocement avec Dumferline. Et cette année, rebelote. Tous espèrent que le Saint Mirrin puisse être d’un quelconque secours au club.
Apparemment, le saint n’est pas complètement avare en miracles. L’équipe est rarement descendue en 20 ans et a même réussi l’exploit d’accrocher une victoire en Cup, en 1987. Ce titre est à ce jour le dernier décroché par l’équipe de Paisley, au terme d’un parcours sans faute - Inverness, Greenock, Raith Rovers, les Hearts et Dundee explosent sous les coups de butoir de Ian Ferguson, l’ancienne légende des Rangers. Un digne anniversaire pour les 110 ans du club.
So Funky Saints...
77, année du punk ? Pas vraiment, puisqu’on est un siècle avant l’avènement des Pistols et autres Clash. On baigne alors dans une ambiance nettement plus feutrée, entre gentlemen du coin. Cricket, rugby, football… De toute évidence, ces braves gens du Renfrewshire s’occupent dignement. Les membres du Craigielea Rugby Club (un lien avec la Roumanie ?) décident alors de se joindre au mouvement. Cette dernière fusion donne officiellement naissance au Saint Mirren Football Club. Pour le choix du patronyme, ce n’est plus la peine de vous expliquer le pourquoi du comment.
Le 6 octobre de la même année, la toute nouvelle entité dispute sa première rencontre, qu’elle perd 1-0 face aux Johnstone Britannia. Dès 1883, le club remporte sa première Renfrewshire Cup, compétition locale gagnée 50 fois. Plus significatif, les Saints font partie du tout premier championnat écossais, en 1890. Pour l’anecdote, ils disputeront également un des tous premiers matchs nocturnes de l’histoire, éclairé à l’aide de lampes à huile…
Par la suite, l’histoire sera plutôt chaotique. Jamais l’équipe de Paisley ne décrochera le moindre titre de champion. Seuls trois titres de 2ème division sont à mettre à son crédit - en 77, 2000, et 2006. En Cup, la réussite sera au rendez vous en 1926 (2-0 face au Celtic), en 1956 (3-1 face à Aberdeen) et donc en 1987. Pour le reste, hormis quelques compétitions de plagistes, le palmarès en reste là. Une jolie perf’ toutefois coté statistique, avec les 45 buts de Dunny Walker lors de la saison 1922.
Sur le continent, les Bundies auront ferraillé face à 6 adversaires au total, dont une confrontation face aux Verts en 1981 en C2 et un résultat cumulé plutôt serré (2-0).
Beaucoup plus intéressants sont les débuts d’entraîneur de Sir Alex Ferguson à Saint Mirren. La plupart des spécialistes s’arrêtent au passage par Aberdeen quand il faut retracer la carrière du mancunien. C’est oublier que Fergie a d’abord usé son fond de kilt sur le banc de Saint Mirren Park. Avec plus ou moins de bonheur…
1974, l’ancien canonnier de Dumferline, arrive du banc du club de East Stirlingshire. Il lui faudra moins de trois ans pour faire remonter le club en SPL. Comme Alex veut aller plus vite que la musique, il s’autoproclame styliste-maison et décide de revoir la panoplie de ses boys en troquant les rayures blanches et noires contre une nouvelle panoplie plus fun. Fureur des dirigeants qui se servent de ce prétexte pour mettre le jeune coach à la porte l’année suivante. En réalité, le très digne Sir Fergusson se serait surtout distingué pour un "comportement outrageant" envers une employée du club, vraisemblablement sous emprise de l’alcool. La légende raconte aussi que Ferguson était déjà en pourparlers avec Aberdeen avant son licenciement, le seul à ce jour de sa carrière d’entraîneur.
Faute de Ferguson, les Saints peuvent compter aujourd’hui sur Gus Mc Pherson, en poste depuis 2003. Si l’effectif dont il dispose peut paraître léger, cela devrait suffire pour assurer le maintien. Un effectif avec une omniprésence d’Ecossais ; seuls deux Irlandais, un Trinidéen et un Argentin présentent un visa sans kilt.
Après des débuts laborieux, les Saints ont réalisé un premier coup de maître, en s’imposant à Edimbourg, face aux Hibernians, révélation du début de saison. Un but de Billy Mehmet à la 13ème minute, et le tour est joué.
De plus, l’équipe de coach Mc Pherson est à ce jour celle qui le moins commis de fautes en SPL : 123 en 11 matchs… Pas mal pour s’attribuer le challenge du fair play cher à nos pontes de la L1.
Prochaine étape, le déplacement chez "Maman va bien". Un bon résultat sera le bienvenu pour voir venir et savourer de nouvelles parties de ballon à travers les Highlands.
Pour ma part, après avoir bien profité de la campagne (et du Chivas), je m’apprête enfin à regagner une grande cité. Et pas la moindre. Glasgow se trouve seulement à quelques encablures. Les Rangers et le Celtic, ces deux légendes laissent deviner leur ombre. Mais avant de côtoyer les géants, je vous promet une petite surprise à l’heure du thé. Une surprise royale.
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