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"Bien arrivé. STOP. Voyage agréable. STOP. Temps pourri. STOP. Article en cours. Maman va bien. TERMINE. Si avec ça, ils ne comprennent pas où je suis à l’heure actuelle…
C’est encore enivré de Blue Label que je prends la route en direction
du North Lanakshire. Une région au nom absolument imprononçable, dont
je ne peux vous taire l’énonciation gaélique : Siorrachd Lannraig.
Malgré cette éthymologie un rien déboussolante, ma route s’arrête
temporairement dans une charmante cité au nom là-aussi des plus
exotiques, Motherwell. Me revient alors l’hilarité gagnant le plateau
de L'Equipe du Dimanche à chaque fois que ce nom a pu être
prononcé. Même notre cher Darren Tullet ne s’y ait jamais vraiment
fait… Passé ces pénibles réminiscences des ricannements post-pubères
d'Hervé Mathoux, je décide de me pencher sur ce qui fait l’essentiel de
mon voyage depuis un mois déjà : histoire de la cité, découverte des
enceintes sportives avant de vous dévoiler les us et coutumes du club
local, le AC/DCiesqueMotherwell Football Club.
Tout d’abord, faites sonner les cornemuses !
Je vous remets un petit coup de gaélique dans les oreilles, avec la désormais classique leçon d’étymologie. Beau comme un couplet de Denez Prigent, Tobar Na Màthar se dit Motherwill en Scot. Que Zidane se rassure, il ne s’agit pas ici de "de mots très durs, de mots plus durs que des gestes, des mots qui concernent la maman". Non, les gars de Motherwell sont très bien disposés à l’égard de toutes les mamans du monde, au point de donner à leur cité ce nom de "La mama va bene", devenu depuis "Maman ira"...
En attendant, cette maman a de sacrés arguments à faire valoir. Parce qu’ici, on est des laborieux, du genre Stéphanois des Highlands. Qui auraient préféré entre temps la Part-Dieu au carreau… Un sacré mélange des genres qui devrait en faire bondir plus d’un.
Pour faire simple, la cité prend son envol à la fin du 19ème siècle avec l’essor de la métallurgie. Motherwell devient la capitale écossaise de l’acier, se voyant attribuer le doux sobriquet de Steelopolis. Acier, tôles et autres matériaux sortent par tonnes des fonderie jusqu’à la fin des années 80. Comme un peu partout, on signe l’arrêt de mort de l’activité en 1992. Depuis, la cité est elle aussi frappée par un fort taux de chômage, propre à ces villes de mono-activité issue de la première révolution industrielle .
A la différence d’autres régions, la reconversion ne se fait pas trop attendre. En implantant de nombreuses start-up (centres d’appel, businnesses park, nouvelles technologies…), l’activité économique repart et quelques gratte-ciels (toutes proportions gardées) viennent fleurir le paysage. De l’étalement des usines à la verticalité du nouveau centre, Motherwell se prend décidément dans tous les sens.
Visiblement, on a décidé d’appliquer la recette aux enceintes sportives de la ville, avec pour sommet de dissymétrie, le Fir Park Stadium. Ici, on annonce la couleur : "The citadel of good football". On demande à voir. D’autant qu’ici on sent qu’on n’en est plus à une étrangeté près. Du coup, il semblerait que les architectes aient, en plus de réaliser les plans du stade, pondu un CV pour Guy Roux. Soit un stade qui a aux trois-quarts des allures d’Abbé Deschamps et un quart de Bollaert.
Sa construction remonte à 1895. A l’époque, jusqu'à 35 000 personnes pouvaient prendre place à Fir Park, comme en témoigne le record d’affluence datant de la saison 1935 avec 35 632 entrées, lors d’un match de Cup face aux Rangers. Suite à l’arrêt Taylor, la capacité du stade est revue à la baisse, passant à 13 742 sièges. Dont plus de la moitié sur une seule et même tribune ! Nouvelle bizarrerie, cette tribune géante de South Stand est surtout destinée à accueillir les fans adverses… En face, on trouve la petite Davie Coopper Stand, du nom d’un ancien joueur du club. Puis, en tribunes centrales, on ajoutera the Main Stand, la tribune principale, faisant face à The East Stand , où comme à Bollaert on trouve les fans les plus jeunes et les plus bruyants. Mais comme on se sent plus proche de l’hygiène de vie prônée par Father Guy que des petites entorses à répétition de Gervais Martel, on a pris soin d’inscrire en tête de tribune : "Please keep cigarettes away from the match".
"Alcohol and cigarettes", cela va pourtant de pair. Car à Motherwell, on sait aussi concevoir des breuvages de qualité. Pour preuve, c’est ici qu’est établie la William Grant & Sons. De quoi compléter le tableau d'une ville particulièrement soiffarde dont la principale manifestation culturelle reste le grand festival de la bière...
Tout est dans le titre... On n'y attend plus que les membres de KOLB...
Comme à Kilmarnock, le scotch est une histoire de famille. Né en 1839, le jeune Grant occupe un premier emploi à la distillerie Morlach et rêve de posséder sa propre enseigne. Après des années d’économies et de labeur, c’est entouré des ses neuf (!) fils qu’il pose la première pierre de sa Glenffidich Distellery en 1886. Un plus tard, en association avec la famille Robertson, l’aventure commence pour de bon. Le bon William utilise uniquement des alambics d’occasion, pour être certain de la qualité de distillation.
Ouverture de la distillerie Balvenie, lancement des blended scotch, devenus depuis les roi des assemblages, les Grant font rapidement recette Surtout, ils sont les premiers à exporter leurs single malts hors d’Ecosse. Aujourd’hui, la cinquième génération de distillateurs est toujours à la tête d’une entreprise occupant la troisième place du marché mondial des whiskies, derrière Diageo (J&B, Johnny Walker, Bells…) et Pernod Ricard (Clan Campbell, Chivas, Ballantine’s…). Collectionnant les médailles ces dernières années, l’entreprise s’est implantée à Motherwell – on y trouve quelques bureaux et un atelier d’assemblages. Une manière comme une autre de relancer une industrie régionale aux abois.
Et si le club de football calquait sa trajectoire sur celle des Grant ? Car après des années de calme, le moment est peut être venu pour le Motherwell FC de sortir de sa torpeur et retrouver à l’occasion son lustre d’antan. Car aujourd’hui, même si le club est un pilier de la SPL, l’encéphalogramme sportif se révèle plat comme la maman de Charlotte… "Renaître de ses cendres", tel pourrait être le leitmotiv des Steelmen. Avant de rajouter en haut de la tribune principale : "Ok, pour les cendres, mais sans laisser de mégot alors…"
1939. À l’heure où la paix commence à vaciller sur le Vieux Continent, une équipe de légende est en train de s’éteindre. Motherwell vient de vivre la période la plus glorieuse de sa jeune histoire. Omniprésent sur la scène nationale, le club garnit généreusement sa vitrine… A coups d’accessits ! Car si l’équipe a su brillamment se maintenir dans le peloton de tête pendant cette période, les occasions de lever les bras ont elles été plus rares.
Pour preuve, l’équipe coachée par le légendaire John Hunter (resté 35 ans en poste, de 1911 à 1946) décroche son unique titre de champion lors de la saison 1931-1932. La saison de tous les délires : 30 victoires sur 38 matchs, 119 buts et, surtout, un total ahurissant de 52 buts pour le seul Willie MacFayden. Un record inégalé et inégalable. Ce dernier détient également la palme du plus grand buteur de l’histoire du club, avec 251 pions.
En bons Poulidor à cornemuse, les Dossers finiront quatre fois deuxièmes (1927, 30, 33, 34) et échoueront trois fois en finale de Cup (1931, 33 et 39). Nul doute que le palmarès aurait pu avoir une autre allure. Trop charitables, ces petits gars du Lanarkshire…
La charité, justement, est à l’origine de la naissance du Motherwell FC. Deux équipes amateurs de la ville, le Glencairn FC et le Alpha FC, sont invitées à faire une sélection commune afin d’affronter leurs homologues de Glasgow. Participant à divers tournois de charité, la nouvelle formation officialise sa création le 17 mai 1886, avec pour terrain de jeu la pelouse du Alpha FC. Mais le développement résidentiel les contraint à migrer vers un autre quartier de la ville, du coté des Airbles. Passé professionnel en 1893, c’est trois ans plus tard que l’équipe adopte définitivement son site de Fir Park, avant d’accèder à la SPL en 1903 et d’opter pour ses couleurs définitives en 1913 - jaune orangé et rouge sang, de quoi se faire voir…
Passée la grande période des années 30, il faut attendre les fifties pour voir les Dossers se réveiller à nouveau. Une Cup (1952) et une coupe de la League raflée et deux finales dans chaque compétition, Motherwell revit timidement. D’autant qu’une instabilité chronique et une incapacité à garder ses meilleurs éléments pénalisent une équipe qui ne peut éviter la descente à la fin de la saison 1968. Remontés illico, on la retrouve toujours calée depuis en milieu de classement. Seule une Cup glanée en 1991 vient égayer le tableau.
Pour le reste, le Motherwell FC est surtout pourvu d’une actualité chargée sur le plan extra-sportif et financier. Englués dans une spirale négative pendant une bonne dizaine de saisons, les Dossers ont en effet éprouvé les pires difficultés à remettre les comptes au vert.
Nous sommes en 1994. En place depuis 10 ans, le coach Tommy McLean s’engage avec les Hearts of Midlothian. L’effectif s’en trouve bouleversé et le club récupère une grosse indemnité sur au départ de O’Donnell pour le Celtic. Cet argent est réinvesti dans l’achat de pointures pendant que différents coachs se succèdent sur le banc. Changement en 97 : un dénommé John Boyle rachète le club et place Billie Davies comme manager. Ce dernier va alors se lancer dans une campagne de recrutement onéreuses, à la manière d’un Bob l’Eponge Dreyfus du côté de l’OM. Sans aucun résultat, bien sûr.
A la fin de son mandat, Davies laisse un club criblé de dettes – montant estimé à 3 millions d’euros. Eric Black, puis Terry Butcher prennent tour à tour la barre du bateau ivre et entament une campagne de dégraissage. A la fin de la saison 2003, petit miracle : derniers du championnat, Motherwell se voit repêché suite à la non promotion de Falkirk, en raison d’un stade non conforme.
Depuis, le club s’est transformé de loser marseillais en start-up lilloise. Misant essentiellement sur de jeunes joueurs, la stabilisation des finances (et des résultats) s’est opérée. De plus, la vente de quelques pointures comme Pearson ou McFadden a permis de toucher un joli pactole. Le nouveau président, Mark McGhee, tente de pérenniser le travail de Boyle, parti en Australie, installé dans son beau fauteuil du Sydney FC.
Peut-on alors estimer que Maman va super bien ? A vrai dire, on se contentera d’un "Pas trop mal", au vu du début de saison et d’une actuelle 6ème place. On constate qu’à la manière de nos Parisiens préférés, l’équipe semble plus à l’aise loin de ses bases : 3 victoires contre un seul succès enregistré à Fir Park. Si les Dossers n’ont pas grand-chose à craindre de cette saison côté comptable, on sait d’ores et déjà que le ventre mou sera son univers. Alors on comptera sur la Cup pour se refaire la cerise et éventuellement s’aventurer en Europe. Pour cela, on surveillera surtout les deux talents, Murphy et Murray, sortes de Mounier et Beynié éconssais, membres de la sélection espoirs écossaise, ainsi que Chris Porter, déjà auteur de 5 buts cette saison. Sans oublier le très cyrilroolesque Chris Paterson, le Monsieur biscotte de l’équipe (4 jaunes en 9 matchs !).
Pour l’anecdote, on s’amuse également chez les fans de Motherwell. Tous les ans, son plus célèbre club de supporters, le Motherwell FC supporters Trust, organise un tournoi de ballon à 5. Après des joutes acharnées, les Millerwell remportent le trophée. Rien de bien étonnant, si ce n’est leur casaque qui vous rappellera certainement quelque chose…
Paris est magique... en Ecosse !
Un message d’espoir envoyé à tous les supporters parisiens : on peut
porter le maillot du PSG et remporter un trophée en 2007 ! En Ecosse et
à sept joueurs de surcroît. So Crazy…
C’est sur cette note décalée que je quitte Motherwell. Cette étape n’aura rien d’inoubliable. Toutefois, pour faire un bon championnat sportif, de foot de surcroît, il faut de tous les genres : des clubs vedettes, des loosers, des romantiques et des working class heroes convertis aux nouvelles lois du marché. A l’instar de Strasbourg ou de Lille, Motherwell est de ceux là. Et s’il suffisait d’un simple électrochoc pour que l’ensemble décolle ?...Wait and see…
Bagages bouclés (et alourdies, les bouteilles de scotch, ça commence à peser…), je prends la route vers l’ouest, en direction de Glasgow. Avant, une halte à Saint Mirren s’impose.
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