Scotch, bagpipes, kilt and football - Episode 4
Écrit par steph 32   
 
le 14-10-2007 11:43

Samedi 13 octobre, on a joué à quinze. Et les voisins anglais ont encore jubilé. Au contraire des Ecossais. Car, pour eux, le ballon a arrêté de voltiger dimanche dernier, en terre française. Mais il s’agissait d’un ballon ovale, objet peu conciliant que le peuple des Highlands a appris à maîtriser, mais aussi à aimer… Pourquoi ce parallèle avec le rugby ? Tout simplement pour illustrer une bien curieuse découverte lors de mon arrivée dans la ville principale du East Ayrshire. Le Rugby Park se dresse devant moi. Naturellement, je m’attends à découvrir une ligne des vingt-deux, des poteaux destinés à être pénétrés par une forme ovoïde et ainsi de suite... Que nenni ! Ici, il est histoire de football. Décidément, ces Ecossais ne sont pas à une fantaisie près. Après Gretna la pittoresque, me voilà dans une cité transpirant le "britannisme", avec un nom à faire bondir de plaisir le capitaine Haddock : une charmante bourgade surnommée "Killie", où officie le pittoresque Kilmarnock FC.

"Et ce Rugby Park, franchement, il déchire !" comme on dit dans les coulisses de Popstar 2007. Il n’est certes pas immense, mais c’est beau, réussi, harmonieux, et surtout chaleureux. Le genre d’endroit pourvu d’un goût de "reviens-y". Le Kilmarnock peut au moins s’enorgueillir de bien recevoir ses fans et ses invités. Un petit joyau qui mérite qu’on s’y intéresse de plus près.

Rien que le nom mérite une explication. A quelques encablures de l’emplacement actuel, les rugbymen et les aficionados du cricket s’adonnaient jadis à leurs sports favoris sur un vaste terrain de jeu. A ces disciplines vint se greffer le football. Un stade fut construit, et c’est tout naturellement que l’arène devint le Rugby Park. L’inauguration eu lieu le 1er août 1899. Curieux hasard arithmétique, la date du 1/8/99 se mêle étrangement avec l’année 1899… Heureux présage ?

En attendant, au Rugby Park, on voit toutes sortes d’athlètes : footballeurs, rugbymen, ainsi que coureurs de cendrée. Et oui, chose curieuse, on trouve une piste d’athlétisme dans un stade écossais, ce qui est assez rare dans la région. Mais au milieu du 20ème siècle, les clameurs laissèrent place aux bruits plus métalliques des temps troublés. La guerre de 39-45 voit le Rugby Park transformé en base de lancement de missiles. L’endroit est alors rendu impraticable.

Après le conflit, la reconstruction est entamée. Des prisonniers italiens sont tenus de participer au chantier. Les premières modifications sont apportées au stade, avant que d’autres travaux en 1995 ne modifient complètement le stade que l’on peut admirer aujourd’hui. De petites retouches en grands projets, le Rugby Park bénéficie de tout le conforts des antres modernes, avec son chauffage de la pelouse ou son hôtel attenant à l’arène. Si l’envie vous en prend, vous pourrez donc assister à un match de SPL à Kilmarnock avec 18 127 convives. Moffat Stand, Chadwick Stand et East Stand vous accueilleront avec grand plaisir…               

 

 

 

Auparavant, vous débarquerez à Kilmarnock. Et en tant que lecteur régulier de KOLB, vous cultiver est un sacerdoce. Donc vous connaissez par cœur l’histoire de la cité. De son origine patronymique, association du gaélique  Kirk  et Saint Marnoch, en passant par ses douze Church of Scotland, lieux de célébration du protestantisme écossais (presbytérianisme).En revanche, pour les histoires de chevalerie des Higlands qui faisaient rêver les écoliers, on repassera. On notera le coté industrieux de la cité, des tapis BMK à la Andrew Barclay’s Son  et ses locomotives, en passant par les vannes Glenfield et Kennedy. Mais comme tout bon Kolbien qui se respecte, on ne peut passer à coté de la Johnny Walker’s Factory…

 Et oui, l’une des enseignes-phares du whisky est enracinée dans la capitale du East Airshyre. Originellement, on dégustait du scotch Walker’s Kilmarnock Whisky, négocié à l’époque dans l’épicerie de ce bon vieux Jeannot le Marcheur. Ayant passé l’arme à gauche en 1857, ce sont les rejetons qui vont contribuer à l’essor de la marque. Notamment grâce à une amélioration de procédé : auparavant interdit, le mixage du malt et du grain permet d’obtenir le fameux Blended Scotch, prohibé jusqu’en 1860. Les ventes décollent, atteignant jusqu’à 95 % de l’ensemble des ventes de l’échoppe.
La dénomination définitive est adoptée en 1908 et depuis, la distillerie continue de régaler le monde entier avec ses whiskies racés, du bas de gamme, le Red Label, au nectar ultime, le Blue Label, dépassant les 25 ans d’age, avec numéro de série, coffret et certificat d’authenticité accompagnant chaque flacon. Devant un tel talent, l’emblématique Striding Man  a encore de beaux jours devant lui…

Forte de cette belle identité, Kilmarnock a donc tout pour séduire un Kolbien qui se respecte. Servez vous une goutte de breuvage, je vais à présent vous conter l’histoire du Kilmarnock FC.

Tout d’abord, on doit convenir du plus grand respect envers cette équipe car on a affaire ici au doyen des clubs professionnels écossais -1869, soit138 ans. De quoi forger un mythe… Pour trouver les premiers atermoiements du club, il faut en revenir à ces parties communes entre joueurs de cricket et rugbymen. Ces derniers évoluant dans une discipline quelque peu bancale, oscillant entre ovalie et foot, préfèrent opter définitivement pour le ballon rond, voyant le succès grandissant du football du côté de Glasgow.

Au chapitre des premières, le KFC (strictement rien à voir avec le fast-food égorgeur de gallinacés) a eu le prime de disputer le premier match de l’histoire de la Scottish Cup. Malheureusement, l’équipe doit s’incliner 2-0 face au Renton FC. Depuis leur intégration à la SPL, les Gunrunners font partie des cadres de la compétition, malgré un palmarès somme toute peu fourni : un titre de champion en 1965, trois coupes nationales, dont la dernière remonte à 1997. D’ailleurs, lors de la C2 disputée la saison suivante, les Ecossais eurent l’occasion de jouer sur l’air d’ "un petit tour et puis s’en vont" du coté de la Promenade des Anglais, à Nice.  



 Au niveau européen, Killie n’a jamais franchement réussi à emballer les foules. Lors de son unique participation à la Coupe d’Europe des Clubs Champions, l’équipe tombe sur un Real de Madrid survolté qui estoquera nos pauvres Ecossais d’un humiliant 7 à 3 (bilan des deux rencontres). Avides de revanche, l’équipe se sentira nettement plus à leur aise l’année suivante en Coupe de l’UEFA. Tour à tour, ce sont les Belges d’Anvers (terrible 7-2 à Rugby Park), ceux de Genk, puis le Lokomotive Leipzig qui explosent devant la machine à distiller les buts. Seul Leeds parviendra à stopper la tornade, au prix d’un match aller rondement mené à Elland Road.

Mais dans le cœur des Gunrunners, une date bat plus fort que toutes les autres. Le 24 avril 1965. En cette période de Beatles mania, John Lennon chantait "There are places I remember all my life" Pour Davie Sneddon, il y a fort à parier que Tynecastle Park fasse partie de ces endroits inoubliables. Plantons le décor.

Dernière journée de championnat : les Hearts mènent la danse, devant Kilmarnock. De deux points. Et le dernier match de la saison oppose ces deux équipes. La donne est simple. Si Killie l’emporte par deux buts d’écart, le titre tombera dans leur escarcelle. Mister Sneddon himself nous fait revivre les instants capitaux de la rencontre :
"La balle est récupérée par McLean sur l’aile. Celui-ci m’adresse un centre parfait, venant à la rencontrede  mon crâne. Et pour être honnête, jamais je ne pensais marquer car je n’avais jamais scoré de la tête…Malgré un ultime effort du portier Cruickshank, le ballon finit sa course au fond des filets…"

Dans la foulée, c’est l’autre avant-centre de Killie, Brian McIlroy qui portera la marque à 2-0. Au terme d’un final absolument insoutenable, en dépit des très nombreuses occasions des Hearts, le Kimarnock de Willie Waldell va décrocher ce qui reste à ce jour son unique titre de champion.            

 

Une des particularités du club est de rester un formidable éleveur de champions. C'est de son centre de formation que sont sortis quelques-unes des plus belles pointures d’Ecosse : Gordon Smith, Paul Wright, Ally McCoist, Ian Durrant, et tout récemment les deux perles des Rangers, Kris Boyd et Steven Naysmith. Du coté de la feuille de match, le KFC aligne essentiellement des joueurs du cru et quelques expatriés, dont un ancien de la Ligue 1, Eric Skora, et un jeune gardien albigeois, Damien Rascle.

Pour l’instant, à Kilmarnock, on navigue à vue dans le ventre mou du classement. 7ème avec 12 points, on ne va pas s’attendre à des miracles du coté du Rugby Park en championnat.  On suivra tout de même l’éclosion de l’ancien pensionnaire des Hibs, Colin Nish, déjà auteur de trois pions cette saison. Prochaine étape pour les hommes de Jim Jefferies, Falkirk, histoire de laisser la ligne de relégation encore plus loin derrière…

Autant dire qu'on pense surtout à un bon parcours en Cup, dix ans après...


Trêve internationale oblige, un Blue Label m’attend. Je vais pouvoir tranquillement trinquer à la santé de ma Tartan Army préférée, vainqueur hier de pâles Ukrainiens par 3 buts à 1. L’Euro se rapproche doucement pour les Ecossais.

Avant de reprendre une nouvelle fois la route. Ca ne sera pas trop long cette fois. Je vais rejoindre la mère-nourricière. Vous savez, ce club au nom si exotique : Motherwell…
                       
            

Publié dans : Les Dossiers, - Scotch, bagpipes, kilt & football
Tags : écosse kilmarnock

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