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Mercredi 26 septembre, je boucle mes valises. Je quitte Edimbourgh. Fasciné de ce que je viens de vivre. N’allez pas chercher dans mon bonheur une cause féminine ou quelque chose douteux. Non, je viens simplement de découvrir une belle terre de foot. Généreuse, entière, séduisante. Allez, d’accord, comme une belle femme…
Après avoir mesuré la ferveur entourant les Hearts, le temps était venu de passer dans l’autre camp. Les rivaux des Hibernians m’attendaient, pour un baptême du feu. La réception du Celtic, maître incontesté du football écossais, à Easter Road s’annonçait grandiose. Et elle le fut. Bardez-vous de vert et blanc, voilà les Hibernians qui vous sont contés.
Il est un peu plus de 17 heures, en ce 23 septembre, quand un cri de soulagement s’envole des travées de Easter Road. 16 125 poitrines se libèrent. Monsieur Freeland, le bien nommé, renvoie les vingt deux acteurs aux vestiaires. Les Hibernians viennent de s’imposer par 3 buts à 2. Le Celtic a baissé pavillon cet après-midi, au terme d’un match à couper le souffle.
Engagement, volonté, don de soi, tout ce petit lexique, et bien plus encore, a prévalu en ce dimanche écossais, à quelques heures de la fin de l’été, laissant entrevoir un automne des plus radieux pour les Hibees. Dès le coup de feu, ces derniers ont été terriblement entreprenants. Et la récompense ne fut pas longue à venir.
Le Zorro du coin se nomme Steven Fletcher. Meilleur buteur du championnat d’Europe des moins de 19 ans l’an passé, il frappe au but, dans un geste quelque peu bancal. Mais c’est sans compter sur la fée Boruc ; le portier des visiteurs se troue, laissant échapper le ballon dans ses buts. Un signe du destin, sans aucun doute. Les Hibs ont une bonne carte à jouer cet après-midi, tant l’adversaire semble fébrile. Avant qu'une somptueuse course poursuite ne s'en suive.
A la 26ème minute, Mc Geady réduit le score au terme d’un beau mouvement collectif. Entre temps, les locaux ont déjà dû remplacer deux de leurs titulaires, blessés - le buteur Fletcher et Steveson, successivement remplacés par Shiels et le Portugais Morais. C’est là qu’un ancien pensionnaire de la si lointaine Ligue 1 fait son show. Le Franco-camerounais Thierry Gathuessi, à l’origine de l’action, se permet le luxe de crucifier Boruc et de redonner l’avantage à ses couleurs. Belle revanche pour l’arrivant, qui écumait les pelouses du sud de la France, de Montpellier à Sète en passant par Cannes. Du National à la gloire, il n’y a qu’un pas.
Les Vert et Blancs du Celtic décident alors de faire de la résistance. Jusqu’à la 66ème minute et cette tête rageuse du libéro Caldwell, un ancien de la maison, monté sur un corner. Qu’importe, à Edinburrie, on ne baisse pas les bras comme ça ! Et comme la chance sourit toujours aux audacieux, Zemmamma à la frappe, à l’angle de la surface, et Boruc facile, trop facile. Une vraie savonnette ce ballon. Relâché en pleine surface. Shiels aux aguets. Et ça fait 3-2. Rideau.
Glasgow, tu as failli !
Le tout en images par nos équipes de France 3 Bretagne :
Voilà comment les Hibernians s’emparent de la troisième place du classement, à trois longueurs seulement des Rangers. Cest tout un public qui se met à rêver à un rôle d’outsider, prêt à dégommer tout ce qui passe par Easter Road.
Quel beau stade, encore une fois ! Nous sommes ici à Leith, au nord de la capitale écossaise. L’arène sent le neuf. La rénovation du vieux stade, dont la construction date de la fin du 19ème siècle, remonte à 2001, suite au rapport Taylor, remettant en cause la dangerosité des stades britanniques, dans la foulée de la tragédie d’Hillsborough (1989).
The Leith San Siro voit sa capacité réduite à 17 500 places. On est tout de suite frappé par son incroyable consanguinité avec Bollaert. Leurs architectures respectives sont extraordinairement ressemblantes. En attendant un nouvel agrandissement, arguant sur 25 000 sièges, une fois que les autorisations et les finances passeront au vert (et blanc…). Le record d’affluence remonte à 1950, à l'occasion d'un derby face aux Hearts, avec près de 66 000 convives…
Une autre époque, celle de l’âge d’or.
Car l’histoire des Hibees a de curieuses ressemblances avec celles des Jambos. Comme si les deux équipes avaient quelque part décidé d’allier leur naissance, leurs périodes de gloire, histoire de ne jamais complètement se démarquer. Frères de sang, pas vraiment nourris à la même mamelle. Les Hibs penchent en effet du côté de la verte Erin.
Nous sommes en 1875, le vendredi 6 aout, à Cowgate, une rue du centre ville d’Edimbourg. La bien établie Saint Patrick Roman Catholic Church met au monde le Hibernians Football Club. Hibernians, pour les étymologistes, vient du latin Hibernian - l’Irlande.
La communauté irlandaise est présente en nombre dans la capitale écossaise : plus de 20 000 ressortissants y vivent en 1850. Le club effectue ses premières armes au Meadows, un parc situé au sud de la Old Town. Premier déménagement à Leith en 1880, au Hibernian Park, à Bothwell Street, avant de définitivement prendre ses quartiers à Easter Road en 1891.
Pourquoi Leith ? Certainement en raison de la grande présence d’Irlandais dans le quartier, travaillant principalement dans les docks. Histoire sans doute de jouer encore plus à domicile…
Côté identitaire, on peut dire que le club a joué un rôle de précurseur. D’autres petits voisins s’en sont inspirés, comme les Dundee Hibernians (aujourd’hui United) ou encore les Glasgow Hibernians - je vous laisse le soin de faire le rapprochement… Aujourd’hui, l’argument géographique a pris le pas sur l’aspect religieux, quant à l’aspect identitaire des fans.
Voilà pour l’acte de naissance… Je disais auparavant que les deux clubs rivaux, Jambos et Hibs, avaient eu des trajectoires parallèles, question palmarès notamment. Côté vert et blanc, la vitrine s’est bien garnie au début du 20ème siècle. Deux titres de 2ème division, un sacre national en 1903 et deux Cup en 1887 et 1902. Les Hibernians se mettront ensuite à hiberner jusqu’aux années 50, où ils remporteront trois titres de champions en 48, 51 et 52. C’est l’époque du Famous Five, cinq joueurs hors classe : Smith, Johnstone, Reilly, Turnbull et Ormond. Les deux équipes de la ville tiennent le haut du pavé en cette période, le règne des Hearts faisant suite à celui des voisins.
Le Famous Five
L’UEFA invite les Hibees à participer à la première Coupe d’Europe des clubs Champions de l’histoire. Arrivés en demi-finale, c’est un Stade de Reims au sommet de son art qui mettra un terme à l’aventure continentale. Mais depuis cette période, malgré quelques coupes de la Ligue, les verts et blancs ne gagnent plus.
Alors forcément, aller chercher les deux poids lourds de Glasgow paraît bien compliqué à l’entame de cette saison. Jouer un rôle de trouble-fête paraît plus dans leurs cordes et la qualification pour la Coupe UEFA un objectif réalisable. Le coach John Collins a dû même obtenir de plus amples garanties, au vu du début de saison de ses protégés.
Et oui, vous avez bien lu : l’ancien Monégasque John Collins est à la tête de tout ce petit monde. Le milieu offensif qui enchanta l’AS Monaco à la fin des années 90, dispose de solides arguments à faire valoir.
Mélange d’Ecossais et d’Anglais, l’effectif s’est aujourd'hui internationalisé avec deux Marocains, un Irlandais, un Belge, un Camerounais et deux Français - Beuzelin, formé au Havre, et Michael Antoine Curier, un joueur atypique, véritable Gravelaine à la sauce à la menthe. Le garçon en est ici à son onzième club à seulement 24 ans !
Nos deux Frenchies ont entre autres rôle de faire perdurer l’héritage laissé par Kaiser Franck Sauzée, venu ici terminer sa carrière. Le consultant Canal est d'ailleurs considéré par beaucoup comme une légende du club aux côtés de Jim Leighton, Gordon Durie, John Collins, Andy Gorham ou encore George Best, venu écumer quelques temps les rades de la capitale.
Un clin d’œil. On remarquera aussi la présence récurrente des Hibs dans le film Trainspotting. Ian Welsh, auteur du roman, né à Leith, a truffé de liens à son club de cœur son roman choc. Danny Boyle en a parfaitement retranscrit l'omniprésence dans son adaptation sur grand écran.
Hibernians ! Le genre de club que l’on aime supporter pour son authenticité bien présente, ses pintes qu'on enfile en attendant le match, cette gouaille railleuse des petits hommes verts. Et contrairement au voisin, je ne me fais pas de soucis pour son avenir. Hibs est parti pour durer ; sans faire de vagues, certes. Mais la stabilité n’est pas loin d'être devenue qualité première dans le football moderne, non ?
C’est des écharpes vertes plein les yeux et un verre à la main que je quitte Edimbourg. Cap au sud. Je vais frôler la frontière avec l’Angleterre, aller à la rencontre d’un lieu des plus improbables : Gretna la blonde m'attend…
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