Je n’ai jamais aimé Zinedine Zidane. Bien sûr cette sentence peut paraître persifleuse et peut faire penser à tous ces types qui se gonflent d’importance pour vous dire : Moi j’aime pas les Beatles, parce que tu comprends, patati patata… Tout ça pour vous dire ensuite qu’ils aiment les Rolling Stones. Prétendre détester ce que tout le monde aime, peut donc facilement passer pour du snobisme. Mais il n’en est rien, j’aime le chocolat, Noël, Amélie Poulain, l’esprit rugby, je suis donc un vrai mouton quand il le faut. Mais je n’aime pas Zinedine Zidane.
Capillairement déraisonnable
Non vraiment, je ne m’y ferais jamais, malgré les succès de 1998 et
2000, malgré la légende du gamin de la Castellane, malgré Mogwai,
malgré son cœur sur la main, malgré tout cela, Zidane ne m’évoque qu’un
ennui poli. Tentative d’explication de ce crime de lèse majesté. D’abord, il y a ce physique qui m’évoque plus le charisme d’une huître
que celui d’un héros de mondovision. Bien sûr, ce n’est pas très joli
de faire du délit de sale gueule un argument, mais quand même un type qui perd ses cheveux…Comment un mec avec la coupe d’Alain Juppé pourrait-il raisonnablement me faire rêver ? Cette tonsure, ce dos voûté, ce regard vide, cette façon de baisser la tête quand on s’adresse à lui, tout ça est bien fade. Bien sûr, tout ça ne devrait pas compter, ce sont des détails, sauf que comme toujours avec les super héros, ses hagiographes ont transformé ses défauts en dons du ciel. Et je me souviens avec incrédulité, de ces journalistes décrivant cette fameuse tonsure en des termes hallucinants, la transformant presque en un stigmate christique. Le problème se tient donc là, dans le décalage entre ce que je vois et les choses qu’on voudrait me faire voir. Zinedine Zidane ressemble bien trop à un type ordinaire pour que j’arrive à croire en sa réalité. Même les faits, les exploits, ne peuvent rien face à ce ressenti.
La belle au bois marquant
La légende de Zidane se veut aussi comme l’illustration parfaite du conte de fées moderne, celui du fils de famille modeste qui accède soudain à la gloire et à l’argent, par la grâce de son talent et du travail. Là encore, j’ai bien du mal à verser ma petite larme. Quitte à ce qu’on me raconte un conte de fées caricatural, je l’aurais préféré volontiers plus spectaculaire. Finalement, Zidane c’est juste un gamin ayant vécu en HLM et qui jouait au foot après l’école. On est quand même loin du Oliver Twist de Dickens, non ? Et puis bon, en forçant un peu le trait de la provocation, on peut aussi affirmer qu’il est beaucoup plus difficile à un fils de bourgeois du XVIe qu’à un gamin de banlieue de devenir joueur professionnel. Les statistiques sont là pour le prouver. Encore une fois, j’ai donc l’impression qu’on essaie de me survendre quelque chose, une histoire qui colle bien à l’époque, une histoire d’ascension sociale par le mérite, par le travail. Une histoire tellement réelle que je n’arrive pas à y croire.
Il est fou
Zidane était doué, voilà un fait indubitable. Il a donc éclos à Cannes, éclaté à Bordeaux, pour une suite de carrière que tout le monde connaît par cœur. Le souci, c’est que quand je regarde ce parcours sportif, je ne vois que des mauvais choix. Des choix faits de sérieux, de bon sens, de réflexion, des choix gagnants et qui ne m’évoquent pourtant que des mauvaises ondes. Déjà, il n’y a que des villes de droite. Du Cannes de Mouillot au Bordeaux de Juppé, de la Juve au capitalisme paternaliste au Real ultralibéral et hanté par ses fantômes franquistes. Bien sûr, Zidane n’a pas pensé à ces aspects un seul instant, bien sûr il n’avait même pas à le faire, mais moi en tant que simple observateur, je ne peux pas m’empêcher de le voir. Et au moment de vibrer pour lui, ça me revient sévèrement en mémoire. Parce que tout de même, avec le Bordeaux de l’insupportable Afflelou (rien que pour les pubs télé, je ne peux pas), avec la Juve créatinée de Alberto je marque à la dernière minute d’un pointu Conte , il en a accumulé chez moi de la rancœur de supporter, le Zizou…Et il a fallu qu’il enfonce définitivement le clou, un soir de mai 2002 en finale de la Ligue des Champions. Là où tout le monde a vu une magnifique volée, moi je n’ai vu que Zinedine Zidane en monstre froid, tuant les derniers espoirs de la joyeuse bande de derniers romantiques du Bayer Leverkusen. Des types qui finirent donc par tout perdre et dont KOLB reparlera certainement un jour.
Au fond, c’est peut-être bien dans ce que ses admirateurs badent le plus, que je frémis le moins à l’idée de Zinedine Zidane. Sa technique, sa fabuleuse, fameuse, fantasbuleuse, fantasmatique technique. Là encore, les faits sont incontestables, il serait ridicule de tenter de les nier. Zizou était donc un maestro, fluide et aérien. Finalement, c’est dans sa trop grande fluidité que je ne me reconnais pas. Il manque des accrocs, des aspérités, des contrôles ratés rattrapés à l’arrache, des coups de billard, des coups de bourrin. De tous les beaux gestes de Zidane, passés et repassés en mondovision, il ne m’en reste que très peu en mémoire : la volée funeste de Glasgow, un but de soliste avec le Real contre la Corogne et puis c’est presque tout. Tout le reste est brouillé, flou.
L'ami des hommes
Le flou autour de Zizou, ça peut être aussi une explication pour l’indifférence qu’il m’inspire. Parce que la version officielle veut faire de Zidane, un type modeste, généreux, soucieux du collectif. Des qualités que je ne me permettrais pas de remettre en cause. Mais pour moi, Zizou c’est aussi l’ami des vedettes aussi irritantes que Pascal Obispo ( et sa bouse de chanson Zinedine ), le type qui s’affiche sans vergogne avec des politiques comme Chirac, c’est aussi le mec qui s’assoit sagement sur le canapé de Drucker entre Jean-Pierre Coffe et la chienne empaillée. Zidane, c’est aussi cette multitude de publicités, toutes plus débiles les unes que les autres. Ce n’est même pas une question de morale, juste une question de goût. Je n’irais pas cependant dans le sens de ceux qui lui reprochent sa mollesse politique, son manque d’engagement dans sa vie de citoyen, même si de le voir récupérer par le régime de Bouteflika avait vraiment quelque chose de malaisé. Et puis, je me méfie toujours de ces taiseux, de ces timides qu’on qualifie trop facilement de gentils.
Car il faut bien revenir sur ce coup de tête du 09 juillet 2006. La folie médiatique qui s’est alors abattue sur la France, m’a définitivement éloigné de toute chance d’aimer Zidane. De tous ces articles, de tous ces commentaires, de toutes ces parodies, de tous ces livres même, que reste-t-il ? Rien, tout naviguait entre l’inutile, le ridicule et le navrant. Même des bons auteurs comme Jean-Philippe Toussaint se sont plantés dans cette histoire. Alors que dans le fond il n’y avait presque rien à en dire. On peut juste noter que Zizou le muet, a ruiné sa fin de carrière à cause de deux ou trois mots, et que paradoxe de plus, ce sont ceux qui mettent les mots au centre de leur vie ( journalistes et écrivains ) qui n’ont pas réussi à comprendre cela. On peut aussi dire que finalement Zidane a juste eu un comportement instinctivement égoïste, touché de voir sa sœur insultée. Et de me souvenir de la fameuse phrase de Le Pen : Je préfère ma sœur à ma voisine, ma voisine à une étrangère. Zidane a juste préféré sa sœur à ses équipiers.
Finalement, ce n’est pas si vrai que ça. Je n’aime pas Zinedine Zidane certes, mais j’aurais tellement aimé que ce soit le cas, que ça doit bien compter quand même. Et puis, même si je m’en cache parfois, j’ai moi aussi gueulé comme un footix un certain 12 juillet. Comme quoi, le poète Francis Lalanne avait bien raison et comme il chantait pour Karembeu, on pourrait chantait pour Zizou : Merci d'avoir été de France un certain 12 Juillet.
C'est curieux mais je me suis presque "reconnu" à travers ton article Mulao. Pourtant, j'aime bien Zizou (même si il ne fait pas parti de mes idoles footballistiques).
Le plus saoulant en fait, et tu en as parlé, c'était ce putain d'abatage médiatique (toutes ces pubs), le côté people (bordel, la chanson d'Obispo, je l'avais oublié... Tant mieux), cette personnalité trop "propre", etc
Posté le shura, le 08-05-2008 13:14,
Tu n'aimes pas Zidane... Tu nous ponds un article pour nous dire ça... Tu n'as pas besoin de te justifier, tu n'aimes pas Zidane!! Et encore, je me demande si ce que tu n'aimes pas ce n'est pas plutôt tout le cirque médiatique qu'il y a autour de lui, c'est différent. Dis alors que tu n'aimes pas le Zidane médiatique, car qui sais, peut-etre dans le privé, tu t'endendrais parfaitement avec lui. J'avoue que j'ai du mal à te suivre sur cet article, bon, il y a toujours une bonne dose de mauvaise foi, mais là, j'ai vraiment du mal à accrocher, ce que tu dis, ça n'as aucun sens, tu essaie d'expliquer un ressentit personnel. Je pense que cet article n'est qu'un pretexte pour pouvoir sortir des mots tel que "hagiographe", "tonsure", ou encore "persifleuse", comme on dit, la culture, c'est comme la confiture...
- Brouillon de Culture
On peut avoir décidé de ne plus lire les livres de footballeurs depuis que
David Ginola a réglé la question une bonne fois pour toutes en revisitant
l’alphabet dans son chef-d'oeuvre à ce jour inégalé, Moi, David Ginola de A à Z. Cela n’empêchera pas
pour autant KOLB de sélectionner avec le même souci de transparence que Raymond Domenech quelques livres, films
et événements culturels qui osent s’aventurer autour des terrains.
- 11 Titres
Tout est prétexte à faire jouer ensemble son club de cœur et
ses groupes de rock préférés. A coups d’analogies le plus souvent hasardeuses
et complètement discutables, KOLB propose avec ses 11 titres de remuer "en
chanté" - comme disait le grand Demy nantais - l’histoire et l’âme d’un club, d’un
championnat. Avec, au milieu de ce terrain de jeu, toute la mauvaise foi du monde que le supporter de
club et le fan de musique partagent comme personne.
- Opinions Impopulaires
Pour ne pas céder à la foire aux bons sentiments, KOLB
descend ici les icônes intouchables, supporte les clubs insupportables et
continuera à défendre l’indéfendable. Maître Collard n'a qu'à bien se tenir !
- Les Pronos
Le vice du jeu, c'est un truc pour les hommes, les vrais. Pronostiquez
sur la Ligue 1 et la D2 roumaine, deux championnats pas très beaux à
voir mais très très serrés.
- Belles & Buts
Il fallait bien réserver une place de choix pour le foot au féminin. En attendant de rejoindre un jour côté vestiaires Gaétane Thiney et ses copines, KOLB découvre ici son propre Hole Of Fame. La preuve s’il en est qu’on peut aimer autre chose que la bière et les footballeurs. Leurs femmes, par exemple.
- Le Bar des Sports Stade 2, mais avec des bières et des curlys. Fidèle à l’amateurisme qui la
caractérise, l’équipe de KOLB s’autorise quelques sorties loin de ses cages
pour parler NBA, rugby ou cyclisme.
- Le Guide du Rouelleur
Grâce au Guide du
Rouelleur, tout plaquer et partir à la découverte de nouvelles destinations
devient enfin réalité. Une référence pour connaître les devises à utiliser à Boulogne-sur-Mer, les vaccinations avant d'aller à Martigues, les moyens de transport à votre disposition pour espérer atteindre
un jour le Stade Dominique Duvauchelle de Créteil et, last but not least, les adresses
où boire des bières à chacune de vos étapes.
- KOLB TV
La chaîne qui manque à tous les bouquets satellites. Grâce à ses équipes techniques, KOLB propose des résumés très approximatifs des
dernières journées de D2 roumaine, des archives inédites dédiées aux grandes
heures du foot moche, des Top 5 consacrés à ces gestes techniques qu’on voudrait oublier
trop vite. En attendant de découvrir l'arrivée d'invités surprises et les derniers
choix de la rédaction en direct presque live.
- La Petite Lucarne
Après un match bien horrible, rien de tel qu’une émission
de Trash TV pour terminer la soirée. Parce qu’ils savent tout de la dernière
mission de Pascal le grand frère, parce qu’ils sont depuis des années des
consultants reconnus dans le domaine de la tentation, parce qu’ils ont vécu au
plus près les tourments des familles de Confessions Intimes, KOLB a rassemblé
quelques-uns des meilleurs spécialistes pour décrypter et analyser les
dernières images d’après 22 h 50.