Les Boston Lakers de Madrid
Écrit par Jo Wilfried Mulao   
 
le 20-01-2008 11:32
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Depuis la création des Coupes d’Europe de football, il y a une cinquantaine d’années, nous avons régulièrement le droit à des débats passionnés pour déterminer , quel est le plus grand club européen. A KOLB, comme ailleurs, il est donc bien difficile de prétendre connaître le vainqueur incontestable de cette compétition.
  Ceci étant, si l’on s’en tient au palmarès de la Coupe d’Europe des Clubs champions, le Real Madrid se détache assez nettement. Mais le Real reste aussi un club à part, penchant sans cesse tout au long de son histoire, entre le spectacle et l’académisme, la tradition et la révolution, la domination écrasante et les périodes de crise. Aussi, c’est quasiment impossible de définir une analogie NBA adéquate, de trouver la franchise qui colle parfaitement à la maison blanche. Mais, en tenant donc compte de cette complexité madrilène, de son palmarès et des liens avec le pouvoir, des magiciens du jeu qui ont porté ce maillot et de la trace indélébile et encombrante que laisse ce club dans l’Histoire, il devient limpide de déceler une analogie avec deux franchises. Boston Celtics et Los Angeles Lakers. Où l’on retrouve donc, tantôt en des périodes distinctes et successives, parfois au même moment, tout ce qui fait le Real Madrid. Entre côte Est et côte Ouest, on se renvoie donc la balle madrilène, entre sagesse et folie, sérieux et show time.  magic-bird.jpg
L’histoire commune entre le Real et la NBA, commence logiquement dans les années 50, au moment où le club madrilène explose aux yeux de toute l’Europe. A ce moment là, c’est indéniable, le Real et les Celtics marchent main dans la main. C’étaient les années 50, années d’après guerre, où le rock s’imposait un peu partout. Où l’on ne se posait pas beaucoup de questions, pleine croissance et confiance absolue dans le pouvoir. En Espagne, c’est Franco qui régnait en maître absolu dans un pays complètement engoncé entre cette dictature et le joug catholique. Aux Etats-Unis, c’étaient les années Mac Carthy, la chasse aux sorcières communistes jusque dans l’usine à rêves d’Hollywood. Il suffit de lire les romans de James Ellroy pour se rendre compte de la folie que représentait cette époque. Dans cette période donc, deux clubs se détachent sportivement d’une part et d’autre de l’Atlantique. Le Real Madrid et les Boston Celtics. Les Celtics, sous la houlette de Red Auerbach dominent outrageusement la NBA et alignent les titres. La dynastie démarre avec l’arrivée du pivot Bill Russell, joueur révolutionnaire de par sa taille alliée à une technique déliée. Avec lui, les Celtics vont donc installer un jeu bâti sur un pivot dominateur, sans réel équivalent dans la Ligue, si ce n’est bien sûr Wilt Chamberlain. Mais ce dernier, malgré un talent et des statistiques individuelles hors normes, n’arriva jamais vraiment à trouver une équipe digne de son niveau de jeu. Russell et les Celtics allaient donc se régaler et marquer à jamais la NBA.

russelLe parallèle est alors évident avec le Real Madrid. Comme les Celtics s’appuient sur un grand coach bâtisseur, le Real est mené par un président visionnaire qui a compris que dans ces années d’après guerre, le football se doit d’être vu en grand et à l’échelle européenne. Il y a aussi l’arrivée déterminante d’un joueur, en l’occurrence Alfredo Di Stefano, puis une période de domination écrasante sur l’Europe du foot. Les six Coupes D’Europe des Clubs Champions gagnées consécutivement sont là pour en témoigner, le Real était la référence de l’époque. Ces maillots blancs, ces stars, ces scores fleuves, tout était là pour rentrer de plein pied dans la légende. Et le point commun entre le Real et Boston, au-delà de cette domination symétrique, tient aussi dans le lien particulier qu’entretenaient alors ces équipes avec le pouvoir. Inutile de revenir sur les liens du Real avec Franco, le club merengue était alors LE club officiel de l’Espagne. Du côté de la NBA, l’académisme du jeu des Celtics collait parfaitement à une Amérique sous influence Wasp, le basket restant encore alors un sport d’universitaires aisés. Jamais sans doute, deux clubs n’on autant collés à leurs époques. Et puis le parquet sombre du Garden de Boston avait certainement autant de solennité que l’architecture imposante du stade du Real. Les esprits chagrins feront sans doute remarquer que les Celtics jouaient en vert tandis que le Real évoluait en blanc. A ceci, il est facile de répondre que pour nous, à cinquante ans d’écart, toutes ces images se mélangent dans un noir et blanc romantique. Et que surtout, l’analogie entre ces deux équipes tient dans le fait que cette décennie de domination, a marqué à tout jamais leur sport et a permis à ces clubs de se bâtir une légende difficilement égalable. A jamais les premiers, comme disent certains.

Dans les années suivantes, le Real comme Boston allaient connaître une baisse de régime, phénomène assez normal après une telle période de domination. Et c’est ainsi, que l’on peut déceler le premier changement de propriétaire dans cette analogie. Car en 1972, les Lakers de Los Angeles réalisent une saison de rêve en remportant 70 victoires sur les 82 matches de saison régulière, avant bien entendu de remporter le titre de champion. Et que se passe t-il de coté madrilène ? On gagne aussi aisément la Liga espagnole. Le Real ne domine plus autant l’Europe, mais le jeu se fait plus libre comme pour mieux coller aux années soixante-dix californiennes.

Mais les années 80 sont certainement plus intéressantes d’un point de vuebernd analogique. Car durant ces années, on peut sans arrêt renvoyer le Real entre Boston et Los Angeles. La NBA des eighties se construit autour de deux axes principaux. Le phénomène naissant de Michael Jordan, mais qui n’est alors qu’un phénomène individuel, et la rivalité entre les Lakers et les Celtics. Ce duel est certainement l’un des plus beaux de l’histoire du basket, avec tous les éléments nécessaires à une parfaite dramaturgie : Opposition de villes, de styles, de caractères, de vedettes. Tout y est donc, entre le show time californien de Magic Johnson et Kareem Abdul Jabbar, épaulés par James Worthy d’un côté et le jeu terriblement efficace des Bird, Mac Hale, Johnson et Robert Parish. Les deux équipes se partagent donc les titres, la NBA et les télévisions se régalent de cette opposition qui favorise l’exagération médiatique. L’analogie avec le Real peut donc se lire dans cette période, par petites touches : la dégaine d’un Bird, rappelant celle d’un Bernd Schuster, les titres alignés comme ceux accumulés par la bande à Butragueno, la fameuse quinta del Buitre. Il y a du Magic Johnson dans la gestuelle de Hugo Sanchez, l’esthétique alliée à l’efficacité, la volonté de mettre l’adversaire n’empêche pas de le faire avec le sourire. Le Real balance donc entre Celtics et Lakers, comme une parabole de la dualité de ces années 80, hésitant entre le capitalisme triomphant et le doute romantique des premières années de crise.


 

 

KobeDans les années 90, les Real comme Boston et Los Angeles va être ballotté entre semblant de renouveau et de longues et tristes saisons. Au début des années 2000, le Real et les Lakers vont unir leur marche, empruntant la même politique d’additions de stars, faisant tous deux des effectifs de galactiques. On connaît ceux du Real, autour de Figo, Zidane, Ronaldo ou Beckham. Les Lakers eux s’appuyèrent avec un succès sur l’association des deux,méga All Stars, Kobe Bryant et Shaquille O’Neal. La comparaison entre Beckham et Kobe peut se défendre. Les deux sont occultés par leur image encombrante. De Beckham, on ne voit que le glamour, la femme et les coupes de cheveux. De Kobe, on ne voit que l’individualisme, le caractère difficile et les aventures dans les hôtels du Colorado. Des deux, on oublie trop souvent l’immense talent, de celui qui fait tout simplement que leurs jeux respectifs valent la peine d’exister. Trop beaux pour être vrais, trop bons pour une époque cynique, il n’est pas interdit que Kobe et David en reparlent un jour dans une de leurs villas de riches au bord de l’Océan Pacifique.

Mais l’analogie entre le Real et les Lakers tient aussi dans le basculement qu’ont connu presque simultanément les deux équipes. Quand le Real décide de se passer de Makelele, il fait dans le fond la même erreur stratégique que les Lakers quiraul laissent peu à peu les clés de l’équipe à Kobe plutôt qu’au gros Shaq. Sans Makelele, les Galactiques vont s’avérer bien décevants, avec un Shaq en deçà mentalement les Lakers ultra galactiques de 2004 vont exploser contre les Pistons en 2004. Une équipe de basket sans pivot à 100 %, ça a aussi peu de chances de marcher qu’une équipe de football sans milieux défensifs dominateurs. Les deux équipes ont donc logiquement plongé dans la lose, payant sans doute le fait d’avoir tourné le dos aux fondamentaux de leurs jeux.

Aujourd’hui, si l’on voulait encore filer cette analogie, le Real repartirait sans doute à l’Est. Il y a dans l’effectif talentueux et revanchard de Boston, les mêmes éléments que dans le club madrilène. Et comment ne pas lier les destins d’un Raul et d’un Paul Pierce ? Deux joueurs dédiant leurs carrières à leurs clubs, ayant connu toutes les vicissitudes de leurs équipes, deux joueurs souvent mésestimés à l’extérieur, mais véritables chouchous de leurs publics.

Le Real est donc autant à l’Ouest qu’à l’Est, autant sur le parquet du Boston Garden que dans les travées du Staples Center, autant dans la moustache de Larry Bird que dans le sourire de Magic, autant dans les coups de coude de Parish que dans le crane lisse de Jabbar.


 



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