Belles d'un Jour : l'Amstel Gold Race
Écrit par Steph Hantastic   
 
le 08-04-2008 20:57
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De toutes les belles d'un jour, celle qui va vous être présentée est sûrement celle qui vous parle le moins. Jeune, fraîche, de plus en plus courtisée, elle ne pouvait pas nous échapper, ne serait-ce que pour son appellation. Un nom propre à ravir les Kolbiens amateurs de houblon  que nous sommes : l'Amstel Gold Race. Petite balade à travers les vallons du Limbourg hollandais, à la découverte d'une classique ne manquant pas de caractère.


Il est un sourire à jamais lié à l'histoire de la course. Un sourire qui aura irradié les pelotons jusqu'à la saison dernière, quand celui-ci mit fin à sa carrière. Le sourire d'un homme au firmament, en 1999, date à laquelle il remporta son seul et unique succès sur l'Amstel. Un sourire en forme de rictus, donnant pleinement la mesure de l'effort accompli par ce coureur généreux. Mordant la course de sa vie à pleines dents. Michael Boogerd aura grandement contribué à la renommée de l'épreuve. Une fidélité à toute épreuve, une régularité sans faille (en attestent ses nombreuses places d'honneurs), le Batave s'inscrit comme l'un des monuments de l'Amstel. En digne successeur d'un autre hollandais volant, au CV nettement plus fourni. L'un des plus grands chasseurs de classiques des années 80, le dénommé Jan Raas.

Orange pressée

Pourtant, que dégager de ce physique et surtout de cette bouille quelconque ? Raas n'avait rien d'intimidant. Mais sous ces airs placides et intello, accentués par le port de larges lunettes de vue, se cachait le tempérament d'un tueur, mettant à sa botte le peloton des classiques des années 80. Au delà d'un palmarès hors normes, où il remporta la plupart des grandes classiques ainsi qu'une dizaine de succès sur le Tour, c'est surtout son rayonnement sur l'Amstel qui assit définitivement Raas dans le gotha des chasseurs de "belles d'un jour". Avec cinq succès, dont quatre consécutifs (77, 78, 79,80 et 82), le bon Jan aura permis à l'épreuve (joliment rebaptisée " Amstel Gold Raas ") de connaître son envol après quelques années de tâtonnements...

Car l'Amstel n'égale aucune de ses consoeurs en termes d'histoire et de notoriété. Quand Paris Roubaix et Liège Bastogne Liège (entre autres) présentent déjà un palmarès des plus fourni et une aura incroyable, l'épreuve néerlandaise met bien plus de temps à trouver ses marques. Agée de moins de 50 ans, d'autres affichent une santé resplendissante plus d'un siècle après leur création.

Le tourniquet hollandais voit le jour en 1961, sous la férule d'un brasseur dont la réputation n'est plus à faire. Dans un pays où la bicyclette fait partie de la vie courante, il ne manque alors qu'une course de renommée internationale pour ravir tout un peuple dingue de vélo. Les Hollandais ont l'enthousiasme dès qu'il s'agit de Petite Reine : il suffit de côtoyer l'impressionnante colonie orange de supporters dans tous les massifs français au mois de juillet pour en être convaincu.

Seulement, faire un tracé au pays des moulins s'avère un peu plus corsé que prévu. Dans un pays plat comme la main, trouver des reliefs s’avère assez peu aisé. Mais dans la région du Limbourg, au sud du pays, les routes s’escarpent un peu plus. Aux frontières allemandes et belges, l’Amstel tournicote dans un périmètre restreint, à l’est de Maastricht, la ville départ. Trente et une côtes composent le parcours : sans affoler l’altimètre, celles-ci provoquent une usure qui affaiblit les organismes les kilomètres défilant. Dans cet imbroglio de routes qui se nouent et se dénouent, les coureurs ont l’impression de tourner sans fin.

Mais ce tracé possède un énorme avantage : celui de s’apparenter à un vélodrome géant, où la fièvre orange transporte les acteurs. Notamment sur la fin du parcours, là où l’Amstel joue son dénouement : le Kruisberg, le Eyserbos, le Keutenberg et enfin le Cauberg. Ce dernier est un haut lieu du cyclisme hollandais et donc mondial. Outre les nombreux championnats du monde et autres arrivées du Tour (comme en 2006), cette côte est la Mecque oranje. Une foule absolument ahurissante transporte le peloton d’où doit se dégager un vainqueur. Théâtre de l’arrivée depuis 2003, le Cauberg voit son palmarès s’enrichir chaque année un peu plus de noms prestigieux : Vinokourov, Rebellin, Di Luca, Schleck, Schumacher. Des vainqueurs plus héroïques les uns que les autres. Après des années voyant le final se jouer dans les arènes de Maastricht, l’épouvantail Cauberg a apporté un nouveau souffle à une course de plus en plus courtisée…


La Hollande, l'autre pays du courage

Car l’Amstel monte en force dans la hiérarchie des grandes épreuves. Décidément, dans tous les bons coups quand il s’agit d’apposer son nom dans la légende des classiques, c’est le regretté nordiste Jean Stablinski qui vient ouvrir le palmarès en 1966. Pour ce qui constitue sa dernière grande victoire, il parvint à se défaire d’un peloton de qualité, venu en Hollande grâce aux importants cachets mis en jeu par les brasseries Amstel. La suite, c’est le bon Stab qui la raconte :
"Toutes les vedettes étaient là : Anquetil, Poulidor, Post, Janssen, Van Looy…Une vraie émulation s’était créée autour de la course."

Mais l’organisation batave montra quelques approximations quant au programme : trois cent deux kilomètres au lieu des deux cents soixante annoncés ! Près de huit heures de selle !

"J’aimais attaquer de loin. C’était une belle échappée d’une dizaine de coureurs, avec Peter Post. Je ne comprenais pas les panneaux. Sur l’un d’entre eux, j’ai lu : 10 km. Je suis parti, j’ai roulé pendant trois quarts d’heures. J’ai pensé : "Ce n’est pas possible, où est l’arrivée ?". Il y avait des fêtes populaires et le parcours avait été modifié au dernier moment. A l’arrivée, mon compagnon d’échappée Hugens voulait gagner parce qu’il était chez lui, mais il a trifouillé son dérailleur et sa chaîne a sauté. Même sans ce problème, j’aurais quand même gagné."

"En tant qu’ancien vainqueur, je suis toujours invité à assister à la course. De ma victoire en 1966, j’ai gardé comme souvenir une grosse bague en or surmontée d’un tonneau de bière et d’un petit diamant. Chaque année, les organisateurs me demandent de l’emmener avec moi. Maintenant que l’Amstel est devenue une vraie classique, je suis fier d’en avoir ouvert le palmarès."

Stablinski nous a offert un joli cocorico aux Pays Bas. Mais depuis, seul Bernard Hinault a eu l’occasion de faire de même. Et encore, il s‘en fallut de peu pour que le Blaireau ne soit pas au départ de l’édition 1981. En ce premier avril, celui qui préparait Paris Roubaix avec le paletot arc en ciel sur les épaules dut subir le règlement de l’UCI, et déserter le Tour du Tarn pour l’Amstel. Seulement entouré de trois équipiers, les jambes pas rasées, Hinault prit le départ sans grandes convictions, dans le seul but de filer un coup de main à Duclos Lassalle. Mais projeté à l’avant de la course, le Blaireau retrouva rapidement ses instincts de tueur. Démarrant à 500 mètres de la ligne, il coiffa Raas sur le fil, mettant à mal l’hégémonie du hollandais. Une semaine plus tard, Hinault tenait le haut du pavé à travers le Nord…


Un Raas qui remit le couvert en 1982, disposant des deux géants irlandais, Kelly et Roche. Pour son dernier succès, celui-ci inaugura une série de victoires hollandaises impressionnante : Hannegraaf, Knetemann, Rooks, Zoetemelk Njidam, Van der Poel, Massen. Seuls l’Australien Anderson et le Belge Van Lacker vinrent troubler l’hégémonie. A cette même période, l’Amstel parvint enfin à trouver sa place au calendrier international. Elle était à l’origine placée entre le Tour des Flandres et l’Enfer du Nord. Mais au milieu de cette mer de pavés, la jeune classique éprouvait alors les pires difficultés à trouver sa place. Désormais intégrée dans le triptyque des "Ardennaises", avec la Flèche Wallonne et Liège Bastogne Liège, c’est une nouvelle catégorie de coureurs qui vient courtiser la belle. Autre détail, visant à rassembler la ferveur populaire, la course est depuis peu programmée le dimanche, au lieu du samedi.


Traite de Maastricht

Si les Hollandais se déplacent en masse au bord des routes, les Orange éprouvent beaucoup plus de mal ces dernières années à reconquérir leurs terres…

Suisses, Italiens, Allemands, Kazaks… Nombreux sont les protagonistes de talent à accrocher l’Amstel.
En 1993, l’Helvète Rolf Jaermann remporte un superbe succès au nez et à la barbe du champion du monde Bugno. Le Suisse avouera après l’arrivée : "J’avais remarqué sa nervosité. Il était dans une situation peu confortable. Champion du Monde, il était presque obligé de gagner…" Fait incroyable, l’Italien ne lança le sprint qu’à 50 mètres de l’arrivée ; beaucoup trop tard… Jaermann se trouva tout surpris de gagner. Jamais à court de bon mots, Mario Cippollini osa : "Je vais ouvrir une école de cyclisme, dans laquelle le sprint sera la seule discipline obligatoire. J’ai déjà deux inscrits : Bugno et Ballerini !". Allusion faite au sprint perdant de l’autre Italien, face à Duclos Lassalle du côté de Roubaix… Jaermann, quant à lui, récidiva dans le Limbourg en 1998, sous des couleurs françaises, celles de l’équipe Casino.

Un autre Suisse dompta la bête en 1995. Vainqueur à Liège, Gianetti réussit un fabuleux doublé en devançant d’une roue Cassani. Preuve de la qualité du palmarès, le championnat du monde 1996 vit la victoire de Museeuw, triomphant en 94, devant… Gianetti.

Les années passant, le palmarès vit de nombreux cracks y poser leur griffe : Zabel, Dekker, Bartoli, Rebellin (auteur du hat trick dans les Ardennaises), Di Luca, Schumacher. Pas de places pour les faibles. Seuls les grands triomphent.

D’ailleurs, qui seront les grands cette année : Contador, en forme étincelante ? Valverde ? Evans, qui apprend enfin à gagner ? Gesink, révélation hollandaise à seulement 21 ans ? Chavanel, enfin libéré ? La liste est nombreuse et belle.


Une chose est sûre, Kickofflabiere sera prêt. Comment peut-il en être autrement ? Une classique qui demande du talent et un cœur gros comme ça, avec le nom d’une bière, on ne peut décidément pas passer à côté. C’est donc sur le grand braquet et les bidons bien remplis de mousse que nous partirons pour le Limbourg…

Tags : Amstel gold Race, Hollande, Limbourg, Jaermann, Stablinski, Hinault, Boogerd, Raas, Maastricht,

Commentaires utilisateurs (3) Fil RSS des commentaires
Posté le Siete de eneiro, le 10-04-2008 09:49,
oui encore et toujours ce bon vieux francis 
 
Mais l'époque révolue des grands champions à ceci de bien plus glorieux et d'attachant que nos superstars tout aussi chargé d'aujourd'hui. 
 
Sont-ce les récits épiques illustrés d'images en noir et blanc qui me font tenir ce discours.? 
 
Je ne saurais le dire mais il y avait quelquechose de l'épopée que l'on ne retrouve guère aujourd'hui sauf avec ces baroudeurs qui s'échinent à l'avant quand les coéquipiers des leaders et leur directeur sportif, calcule froidement. 
 
Où est donc l'époque révolue où les grnads leadeurs, bien que quand même aidé par de bon petits soldats, faisait eux-même l'effort pour aller chercher leur victoire. 
 
Bon article Steph'
 

Posté le Jean-Mabrouk Grondin, le 10-04-2008 14:40,
Et bien si avec ça on n'a pas envie de faire du vélo, j'sais pas ce qu'il nous faut.
 

Posté le #7, le 11-04-2008 07:45,
J'ai trouvé... il nous faut alors un vélo !
 

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