Mine de rien, Guillaume Warmuz fait partie de ces joueurs qui ont accompagné la Ligue 1 et bourlingué dans le paysage du foot européen des quinze dernières années. Du RC Lens à la trilogie du Parrain, de la fille aux yeux couleur menthe à l'eau à la chaleur moite des rues de Louhans-Cuiseaux, "Gus'" fait partie des témoins privilégiés de ces récentes transformations qu'a connu le foot ces dernières années. Il revient sans fard sur sa drôle de carrière qui pourrait bien rebondir sous peu. Il faut dire qu'on n'en attendait pas moins de la part d'un type qui a joué à Dortmund. Parce que, si vous ne le saviez pas encore, il faut forcément être un mec bien pour jouer sous le maillot fluo du Borussia...
Votre première expérience au contact d’une équipe pro, vous l’avez connue à Marseille. Ça fait quoi d'être dans la team à Nanard quand on a 20 piges à peine ?
Ca fait une grosse impression ! J’avais beaucoup d’appréhension lors de mon premier entraînement parce que je passais du monde des rêves à la réalité. J’avais 18 ans, je descendais avec ma p’tite voiture, et je me retrouvais à Marseille avec des hommes qui faisaient la une en Europe à cette époque. J’en garde un souvenir très enrichissant, qui m’a servi tout au long de ma carrière, dans la préparation des entraînements, dans la rigueur d’avant-match. En bref, pour tout cet esprit de compétition qui pouvait entourer l’équipe de l’Olympique de Marseille à cette époque-là.
Après Marseille, il y a eu Louhans-Cuiseaux, premier contrat pro, à 20 ans toujours. C’est vraiment ce qu'on dit Louhans-Cuiseaux by night ?
C’était vraiment difficile. J’ai eu beaucoup de paradoxes dans ma carrière. Là, je suis passé du premier budget de France au dernier budget de deuxième division. Cela a été évidemment une épreuve difficile, mais dans ma tête c’était bien clair ; j’avais encore la possibilité d’être doublure à Marseille ou à Nantes, mais je me suis dit que je devais prendre l’opportunité de venir jouer dans cette p’tite ville de Louhans-Cuiseaux. J’avais envie de me lancer en D2 parce que je savais que derrière, il allait y avoir une grosse opportunité pour l’équipe de France Espoir - ce qui s’est effectivement produit ces deux années où j’ai joué à Louhans. Ce fut difficile dès le début. La première année, on s’est maintenus, on a sauvé le club limite. La deuxième saison reste la meilleure que Louhans n’a jamais connue. Elle le fut aussi d'un point de vue personnel, parce que c'est elle qui m'a permis d’exister.
Votre nom sera bien évidemment pour toujours associé à Lens. On va fêter les 10 ans de la victoire de l'Equipe de France en Coupe du Monde. On ferait bien de fêter aussi les 10 ans du titre lensois en championnat de France . Comment voyez-vous l’évolution du club lensois, de l’époque des Wallemme, Laigle, Sikora, Debeve et vous-même à celle d’aujourd’hui ? On a l'impression qu'il y a presque deux mondes entre ces époques...
Oui, c’est vrai, il y a deux mondes. Je pense que la raison est simple : avec cette équipe, on a eu une aventure commune. Le fait de Lens, aujourd’hui, c’est qu’il n’y a plus cette dimension-là, celle de l'aventure commune. Ce n’est plus la même génération, ce n’est plus le même football non plus, ni les mêmes idées qui sont véhiculées - en ce qui concerne en tout cas les dernières saisons du Racing. Malgré ça, Lens a quand même eu des résultats positifs. Mais on s’aperçoit aujourd’hui de la difficulté à retrouver cette cohérence que l’on a pu un p'tit peu avoir avec cette génération pendant une dizaine d’années (1992-2002), celle qui a obtenu les principaux titres du club. On a du mal à retrouver cette identité aujourd'hui. Nous avions des valeurs qui nous étaient propres : on pensait tous la même chose. Surtout, on avait le temps de pouvoir appliquer nos valeurs, alors que maintenant l’orientation est un peu différente.
Votre regard sur la situation actuelle de Lens ? Le retour de Druide, était-ce vraiment une bonne idée ?
Je pense qu’il a eu son effet quand il est revenu, mais la situation est difficile. Aujourd’hui, j’espère que les décisions qui ont été prises vont suffire, que le retour de Daniel va suffire pour sauver le club. Il n’y a pas de bonnes idées ou de mauvaises idées dans ce genre de situation. Le principal, l’essentiel même, c’est de sauver le club de la relégation. Que ce soit du côté des entraîneurs, des supporters et des joueurs surtout, tout faire ensemble pour sauver le club, c’est la seule chose qui compte. On fera le bilan après, mais j’espère vraiment que ce retour suffira...
Pourquoi vous, un joueur historique du club, vous n’avez pas intégré le staff lensois à l’instar d’Eric Sikora par exemple ? Ça vous intéresserait de revenir à Lens quand ils seront en Ligue 2 ?
Je ne vais pas dire autre chose que je n’ai déjà dit : Lens, c’est le club de mon cœur. J’ai toujours gardé des contacts avec les gens du club, que ce soit le président, les anciens avec lesquels je suis resté proche parce que nous avons eu une aventure commune. Une partie de mon cœur est à Lens. Si je n'y suis pas ? Disons que c’est comme ca... Le tout d’un projet, et je peux en parler d'autant plus facilement qu’avec Gueugnon ça s’est mal passé récemment, ce n'est pas d'avoir que le cœur et la passion. Si on a ça, c’est déjà bien, mais il faut savoir être aussi rationnel et cohérent. Donc, oui bien sûr, même si Lens descend - ce que je ne souhaite pas -, ça m’intéresse parce que c’est le club de mon cœur. Mais ça m’intéresse surtout dans des conditions bien précises, en prenant le temps d'une vraie réunion, une vraie discussion. Mon expérience récente me fait dire qu’il faut être pragmatique et bien définir les rôles au préalable. C’est très important.
Vous qui avez connu deux des meilleurs publics d’Europe, ceux de Lens et de Dortmund, quels points communs avez-vous repéré entre ces deux régions et leurs supporters respectifs?
Ce sont les mêmes publics. Ce sont des bassins miniers, des mondes ouvriers qui ont une forte identité. Dortmund, pour être très simple et très carré, c’est deux fois Lens : il y a deux fois plus de public, deux fois plus d’engouement qu’à Lens, mais la mentalité est la même.
Guillaume, vous êtes un joueur de l’ancienne école, de celle qui a l’amour du maillot, qui joue à la belote pendant les mises au vert et qui écoute du Eddy Mitchell dans le bus. Est-ce que vous vous sentez en phase avec la nouvelle génération mercato/playstation/tektonik ?
Ma génération n’est pas la meilleure ! Ceux qui étaient là avant nous ont vu arriver, nous aussi, avec d’autres idées, d'autres habitudes que les leurs. Il faut vivre avec son temps et respecter la jeunesse. En revanche, la chose qui me fait bondir un p’tit peu ces derniers temps, c’est le manque de respect à l'égard du club. Je crois qu'il y a un respect du football quand il y a un respect du club. Pour moi, il y a une hiérarchie qui veut qu'on ne peut pas se servir simplement du club quand on est joueur. Normalement, c’est une chance quand un club vous appelle. Or aujourd’hui, tout est mis à l’envers. Attention, ce n’est pas le seul fait du football ; c'est aussi le cas de la société dans son ensemble. Les jeunes pensent qu’il y a plein de choses qui leur sont dues. Et bien non ! Rien ne leur est dû ! C’est eux qui ont des devoirs. Oui, les footballeurs doivent des choses au club dans lequel ils sont en train de vivre et de travailler. Les jeunes, ils doivent plein de choses à leurs parents également. Ca, c’est un point que les jeunes oublient. Du coup, quand ils arrivent dans un club, ils pensent que tout leur est dû parce qu’on leur a dit qu'ils avaient un talent. Tant que ces valeurs là ne seront pas remises en avant, on continuera de marcher à l’envers !
Revenons sur l’épisode Gueugnon où vous avez occupé le poste de manager sportif, à peine l'espace d'un mois. De l’extérieur, on a l'image d’un club familial, formateur. Autrement dit, toute proportion gardée, Gueugnon a des allures d'un petit Lens de la L2. Pourquoi la greffe n’a-t-elle pas prise entre vous, l'ancien Lensois, et le club des Forgerons ?
Parce qu’on n’a pas été en phase avec le président Demaël. On a pu le penser à un moment donné, tous les deux, lui à sa façon et moi à la mienne. Sauf qu'on ne s’est jamais rejoints. Ce qui est vraiment dommage, c’est que on n’ait pas pu travailler ni pour le club, ni pour moi. Et donc, le club a fini par descendre. C’est un vrai regret. Cela n'a pas pris car je n’ai pas eu à un moment donnée la possibilité de faire ce que j’avais pu espérer.
C’est très rare de voir des gardiens devenir de grands entraîneurs ou managers. Une explication à ce sujet ?
Le caractère, peut-être... Entraîneur c’est une vocation également. Il n’y a pas beaucoup de grands entraîneurs à vrai dire. Il faut certes avoir pratiqué le haut niveau, mais pas uniquement. Il faut surtout être un homme. Si le joueur doit penser à son poste, l’entraîneur lui doit penser à l’équipe, à la psychologie des gars... C’est un rôle particulier. Après, pourquoi pas les gardiens réussissent moins bien à ce poste, c’est une question qui mériterait qu'on y revienne …
Je sais que vous aimez beaucoup Thierry Henry ? Vous qui avez joué dans la même équipe à l’époque à l’époque d’Arsenal, ces histoires de melonite aiguë, c’est du chiqué comme un plongeon de Cristiano Ronaldo ?
C’est sa vie privée, je n’ai rien à dire.
OK... Un truc qui me taraude depuis longtemps... Vous avez longtemps gardé une brosse d’un bel acabit. C’est en souvenir de Pierre Laigle et de Robbie Slater ?
Ce n’était pas trop brosse. C’était coupé court pour le coté pratique, tout simplement !
On m'a dit que vous étiez un fan hardcore de la Sicile, d’Al Pacino, de la trilogie des Parrains et surtout d’Eddy Mitchell. Alors d’où vient cette passion pour la mafia ? Des Mean Streets (rues chaudes) de Louhans-Cuiseaux ? Ou bien est-ce un ultime hommage à Gervais Martel ?
Ce que j’ai surtout aimé dans la trilogie, c'est l’esprit de cette famille unie. C'est ce qui est le plus beau dans ce film et qui, pour moi, est vraiment bien retranscrit.
Vous avez connu une grosse blessure au genou au milieu des 90's. Vous étiez alors sur une période énorme, aux portes de l'équipe de France comme on dit. Lesquelles se sont brutalement refermées à cause d'un vieil appui au moment d'aller chercher un lob au second poteau... Ce sont les croisés qui ont pris. Qu'avez-vous retenu de cette expérience?
C’est d'abord une expérience douloureuse. J’étais appelé en équipe de France A’ et je pensais alors que je pouvais aller plus haut. Bon, c’est comme ca... Voilà sans doute pourquoi je m’en souviens très bien. Ca a été un coup dur mais, c’est bizarre à dire, c'est un coup dur qui m’a fait plus de bien que de mal. Il m’a permis d’aller chercher plein de choses au fond de moi. Peut-être que sans ce genre d'épreuve, rien de ce qui s'est passé par la suite n’aurait pas pu être possible. Cette longue absence a pu transformé le sportif, mais elle a changé l’homme aussi. Et ça, c'est sans commune valeur en terme de richesse.
Pour un site comme le nôtre, je me dois de vous poser cette dernière question. Gus', vous avez pas mal bourlingué. Alors, la meilleure bibine, on la trouve où ? Lens, Londres, Dortmund ? Monaco ?
Félicitations pour les questions, et merci à Guillaume Warmuz qui a franchement joué le jeu. Pour une première, c'est la grande classe.
Posté le Pino Cossato, le 05-05-2008 10:43,
2. 2. Bémol
Le titre est naze par contre. Les jeux de mots avec les titres de chansons anglo-saxones, je n'en puis plus. M'étonnerait pas que ce soit un coup du sinistre censeur Mulao.
Posté le Grondin, le 05-05-2008 10:46,
3. Oui...
Eddy Mitchell quand même quoi... C'est pas rien.
Posté le Pino Cossato, le 05-05-2008 10:51,
4. 3. les relations entre générations
J'ai bien aimé la réponse de Warmuz à la question sur les différences entre générations. Franche et assumant ses valeurs sans être complètement passéiste pour autant.
Posté le Didier Sept, le 05-05-2008 11:03,
5. Classe les mecs...
Franchement bien, j'espère que vous avez le bras (de bébé) assez long pour nous dégoter d'autres bons joueurs made in D1-D2...
Alors, interview microphone dans un troquet, ou entretien téléphonique? Mais surtout est-ce la retaranscription littérale, mot pour mot, des propos du sieur Warmuz???
Posté le nico, le 05-05-2008 11:22,
6. Ca sent la biere
De Londres a Berlin, Ca sent la biere, Dieu, qu'on est biens !
Bravo Youln et merci MONSIEUR Warmuz
Posté le Grondin, le 05-05-2008 11:23,
7. Non
Nous ne dévoilons jamais nos secrets de fabrication... Et nous avons le bras qui s'allonge de plus en plus si bien qu'un jour nous aurons Gilles Verdez.
Posté le Sacha Témouillé, le 05-05-2008 21:11,
8. Gracias
Ouch ! Une interview toute fraîche détendue du gland qui fait plaisir à lire. Merci à vous et merci à Guillaume.
Posté le Rémi Abitbol, le 05-05-2008 22:38,
9. Looking through a glass onion...
Moi j'aime bien le titre mais comme le dit John, Paul is the Warmuz... bah ouais Paul Warmuz le mec de France Télévision...
Posté le Morrissey du Losc, le 07-05-2008 02:38,
10. Bel Article...
bien vu, MONSIEUR Youln...que de chemin parcouru depuis votre clip "ANPE.FR" avec chinchin et le truc des pièces jaunes, tout ça, et du gars qui rêve de (bruno) martinique rhoooo..... En revanche, c'est pas encore avec ça que vous pourrez gagner un bouquin tout pourri comme moi avec mon article sur Bashung (dont je vous conseille vivement la lecture)
Posté le Lenny, le 12-05-2008 23:52,
11. Yes
Bien vu Youln et merci Gus qui est toujours aussi disponible à ce que je vois.
Posté le Bernard Metro, le 22-05-2008 13:00,
12. Très Sympathique Meussieu Warmuz
D'ou lui vient ce surnom "GUS" ? Que j'attribuerais plus à Van Der Sar ! Sinon interview très sympa de Guz !
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propose d'aller fouiner dans les tribunes, et même derrière, quitte à
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