Je m’appelle Julien. Ou Nicolas. Ou Sébastien peut être. Je n’ sais plus et après tout on s’en tape. J’ai 21 ans, je suis étudiant en fac de socio. Je suis châtain clair, j’habite à Paris XIX. Rien d’étonnant quoi. Ah oui, juste un truc. J’aime le foot et les jeux vidéo. Un problème. Ouais, non, pas vraiment, en fait c’est les autres qui le disent.
Enfin, les autres, ceux qui acceptent encore ma compagnie. Tas d’cons tous tiens. Ah pour les critiques, y’a du monde. Et ouais, j’aime les jeux vidéo. Et alors, qu’est ce que ça peut leur foutre ? C’est mon problème. J’avais bien des potes au lycée, mais bon eux, leur seul délire, c’est la tournée des rades, à la recherche de la moindre pimbèche un peu éméchée qui finira dans leur pieu. Moi, ça me fait chier. Poirauter des heures à écluser des mousses en attendant que ça se passe pendant que je pourrais avancer dans ma partie….Merde quoi. Quand je rentre dans mon repaire sur les coups de 3 heures du mat, je m’en recale une petite. Un petit FIFA, le dernier en date. Me plait bien celui là.

En fait, j’en ai pas mal passé en revue depuis quelques années, des jeux. Ch’uis pas trop difficile, mais je suis un peu comme tout le monde. Je suis de ceux qui pensent que PES déchirait il y a quelques années, et puis Electronic Arts m’a bien refait plaisir, moi qui ait grandi avec eux. Les dernières moutures de FIFA envoient du bois. Je ne lâche plus le pad depuis quelques temps. Mon délire, aligner les parties solos, avec pour but ultime de tout glaner. Tout gagner. Là j’ai déjà tapé la Ligue 1 en un peu moins d’une semaine avec Lille, la Juplier League avec Lierse, et je m’attaque aux Pays Bas avec le Feyenoord. Que du championnat de nerds, ça m’éclate en fait. Et puis en parallèle, j’ai gagné d’autres compètes. Mais bon, on va pas tout énumérer, on y passerait la nuit. Bref FIFA, ça déchire. J’ai bien PES à côté, qui prend la poussière, celui que ma daronne m’a acheté pour mon anniversaire, mais j’ai pas encore trop accroché. On verra plus tard.
Elle au moins, elle est cool. Elle me fout la paix. Elle s’en tape. Son truc, depuis qu’elle a foutu mon père à la porte, c’est d’aller offrir son cul à des mecs qu’elle rencontre sur des chats à la con. Je ne la vois jamais. Sa vie est dehors, la mienne est à l'intérieur. On n’est pas toujours les enfants de ses parents. Mais je m’en branle, le frigo est plein, elle me fout une paix royale, et jusqu’au jour où elle me foutra dehors à coups de pieds au cul pour aller faire ma vie, j’en profite. Le panard. Je vais aller sur mon PC tiens. Entre deux reboots, je vais aller un peu m’astiquer les neurones à Football Manager.
Putain, quelle came ce truc. Chaque année, je cracke la nouvelle version du jeu, avec mise à jour et tutti quanti. Je m’en lasse pas. Je compte plus les heures passées, j’entasse, je progresse, je creuse, j’explore les moindres méandres de cette putain de bibliothèque qu’est la base de données. Je me gave. Un des mes anciens potes m’a monté une bête de course qui supporte les pires secousses de mémoire vive, je me tape des parties sacrément gourmandes. Une tripotée de championnats débloqués, je me lance avec une petite équipe de trous du cul de National ou de Série C, et c’est parti. Et le pire, c’est qu’une fois lancé, je suis un vrai taré. Rien ne m’échappe, je contrôle tout, en oligarque numérique. Entrainements, transferts, tactique, gestion des finances, je ne lâche rien. J’ai un putain de CV à afficher. Je ne compte plus les compétitions gagnées, les clubs de pouilleux emmenés sur le toit de l’Europe (Vannes champion d’Europe, un de mes meilleurs souvenirs), les transferts exorbitants de sous fifres qui j’ai réussi à emmener sous les feux des projecteurs, et j’en passe et des meilleurs. La BDD n’a plus aucun secret pour moi, je connais les meilleures affaires, les meilleures trouvailles, bref je suis incollable.

Alors bien sûr, je fais partager mon expérience de jeu à d’autres. Bon, j’ai pas encore trouvé le moindre blaireau dans mon entourage qui serait intéressé pour partager ça. Pas grave, y’a le web. Sur des tripotées de forums, des fans comme moi racontent leurs aventures managériales, avec un souci du détail digne d’un quotidien sportif. Alors je fais la même chose, ave mon style et mon écriture, qui, à mon grand plaisir, progresse. Une vraie fierté. Comme quoi je ne suis pas définitivement perdu. Contrairement à ce que m’envoyait mon ex dans la tête. «
Un moins que rien, une sous merde, un gars pas intéressant ». On n’est restés que quatre mois ensemble, mais ça a suffit pour qu’elle me les brise.
« Tu dois faire des concessions », « sors de tes putains de jeux », etc, bref, aucun respect pour ma passion. Un couple est basé sur la tolérance, le respect. Elle a rien compris cette conne. Comme si j’étais du genre à la limer et à penser en même temps à combien j’allais vendre Cavenaghi à l’Inter. Ouais, bon, d’accord, un peu quand même. Elle s’est barrée d’elle-même. Tant mieux, j’ai pas eu le sale boulot à faire. Ch’uis tranquille maintenant.
Tiens, je vais voir s’il y a un petit streaming intéressant cette nuit, un petite rediff d’un match de ce week end. J’ai raté pas mal de gros matchs car j’étais pris sur un « on line » à FIFA, j’ai pas vu le temps passer. Juste le temps de me commander une Napolitaine et quelques wings, de faire aérer ma piaule et d’aller prendre une douche. Va peut être falloir que je range un peu, c’est le bordel, et je retrouve plus mes feuilles. Bordel. Va falloir que je bouge mon gros cul pour aller me réapprovisionner. Plus de feuilles, plus d’herbe. Ca m’aide bien à tenir ces trucs là. Sur les coups de 3-4 heures, avec un œil sur la NBA et la NFL (ch’uis fan aussi, ça me cale mes nuits), mon championnat de Corée en ligne passe tout seul. L’alcool, c’est moins le délire, je dois aller pisser plus souvent, et puis, ça me fracasse plus vite. J’encaisse moins bien, et j’en profite pas. Donc je limite. 5-6 binouses dans la soirée, ou alors quelques verres de Carthagène (mon péché mignon), et on triture la croix, le rond, le carré et le triangle. Tiens y’a ma mère qui rentre. Ah, elle n’est pas seule. Je vais me caler le casque, vont faire du bruit ces deux là.
Bon, quelle heure il est ? 2 heures. Ouais, ben allez, encore une heure ou deux sur le PC, ça va reposer la téloch. Demain, enfin tout à l’heure, je dois me lever, pour un partiel à 9heures. Je sais plus trop de quoi, je verrai sur place. De toute façon, je m’en cogne, je lâche la fac d’ici peu, ça me gave. Ils me saoulent à me regarder comme si j’avais une tronche de zombie. Bon ok, j’ai pas forcément une mine très fraîche, j’ai les yeux un peu rougeauds, mais bon, ça c’est le froid. Et puis bon, je fais chier personne, je me cale dans un coin de l’amphi, je somnole pas mal, je fais semblant d’écouter, je regarde les petits culs qui passent dans le coin, et je pense à mes futures échéances qui m’attendent quand j’en aurais fini avec ce train-train de merde Université-Métro-10 minutes de marche. Même si ça fait une semaine que j’ai pas foutu les pieds à la fac, ça me gave déjà.
Putain, le pied ce soir. Je vais me caler tranquille, faire mes petites affaires, aller m’astiquer rapido sur le premier nichon que je trouverai sur la toile, faire une défragmentation du PC (il en a besoin), m’écouter les dernières saloperies de techno espagnole et de pop mielleuse que j’ai récupéré sur la Mule, bouffer mon navarrin d’agneau en conserve, car même si c’est dégueu, ça nourrit, et repartir dans mon repaire. Tranquille. A mes plaisirs. Sans comptes à rendre à personne.
Des fois, je me dis qu’il faudrait que j’arrête un peu, car j’ai l’impression de rater ma jeunesse. Parfois, je suis ferme et décidé. Mais bon, avant, je m’en refais une petite. Faut que je tape les Galaxy en demies de la Coupe des Etats-Unis, pour le reste, on verra après…