Equipe de France - Qu’est-ce qu’il a ce nouveau maillot ?
Écrit par Michel von Sparwasser
le 02-11-2009 18:30
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Bien sûr, la France ne tient pas encore sa qualification pour l’Afrique du Sud. Ce qui n’a pas empêché son équipementier historique de procéder à la confection d’un nouveau maillot pour les Bleus en vue de la prochaine Coupe du Monde. Comme ceux qui l’ont précédé, ce nouveau maillot révèle déjà de précieuses informations, à la fois sur les chances de l’Equipe de France pour 2010 et sur ce lien étrange qui relie les Bleus à l’histoire politique du pays.
De l’or (ou presque) en barres
C’est encore avec une barre ou presque sur son maillot que l’Equipe de France réussit le mieux. Le maillot de l'Euro 84 à domicile est repris pour le Mondial 98 : la victoire est en nous. La barre rouge est toujours de mise en 2000, le résultat est là.
La barre rouge est ensuite (2002) transférée à la Turquie pour la différencier de la Chine qui joue aussi en rouge et blanc : la Turquie est dauphine du Brésil. Suite à un tremblement de terre balkanique fin 2003, la Turquie est éliminée de l'Euro 2004 par la Lettonie, la barre rouge se délave dans la Mer Egée et devient bleue : la Grèce est championne d'Europe malgré le retour de la barre rouge sur le maillot français.
En 2006 le maillot extérieur de la France, le blanc, reprend le rouge turcisé à droite et le bleu grec à gauche dans une barre dégradée. La France par sa barre est encore la meilleure équipe Adidas du tournoi et joue la finale.
En 2008, la France n'a plus la barre. Elle bande mou ; le fil rouge horizontal droit se met à pendouiller, comme un signe de la dérive tektonik de la génération Benzema-Nasri. La France prend une taule.
Le maillot blanc barré est parti pour l’Allemagne après 2006 et c'est l'Allemagne qui la porte, noire, à l’Euro 2008. Finale perdue à la Ballack, comme un Real-Leverkusen de 2002, un Brésil-Allemagne de 2002, un Manchester United-Chelsea de 2008... Rendez-vous est pris dans six ans.
Quand la politique se fait le maillot (1984-2006)
Le maillot à la barre rouge apparait en 1984 à l’occasion de l’Euro qu’organise la France de Mitterrand. Cette ceinture du poitrail vient rappeler sur un maillot habituellement bleu uni que la République, a fortiori présidée par un homme de gauche, est issue du contrat social entre bourgeoisie bleue et classe ouvrière rouge.
Fort des victoires de Reagan aux Etats-Unis et de Thatcher au Royaume-Uni, le leader de la droite aux législatives de 1986, Jacques Chirac, se débarrasse dès son élection de cette trace mitterrandienne sur le torse des Bleus. Favorite du Mundial 86, l’équipe de Platini ne parvient donc pas à faire mieux que ses deux précédents résultats internationaux – une demi-finale de Mundial 82 perdue aux tirs aux buts contre l’Allemagne de l’Ouest et un Euro maîtrisé de bout en bout.
Alors que l’OM domine l’Europe en ce début d’été 1993, les Bleus vivent une des pires humiliations de leur histoire contre la Bulgarie de Stoichkov et Kostadinov. Entre temps, le dernier premier ministre socialiste de François Mitterrand se suicide. A défaut de rêve américain, la France de Balladur se console avec l’obtention de l’organisation de la Coupe du Monde 98.
Il s’agit maintenant de mettre toutes les chances du côté de l’équipe de France. Reprendre le travail à la base avec une solide assise défensive sera la tâche d’Aimé Jacquet, colmater la fracture sociale celle du Président Chirac. Solide, la jeune équipe de Jacquet se qualifie pour l’Euro anglais et y fait bonne figure malgré une inefficacité offensive évidente. Le gouvernement d’Alain Juppé rêve lui aussi d’Angleterre, mais dans sa politique économique. Et cela n’est que peu compatible avec la lutte contre la fracture sociale promise par Jacques Chirac.
Le recours au génie du peuple se fait donc sentir. Il faut des attaquants pour l’équipe de France et une consultation populaire pour répondre aux mouvements sociaux de 95-96. Chirac dissout l’Assemblée puis nomme Jospin premier ministre. Finies les luttes intestines entre gauche et droite sur fond de Parc des Princes. La France tient enfin une cohabitation voulue et provoquée par la capacité d’écoute du chef de l’Etat. Les deux jeunes pousses de l’AS Monaco, Trezeguet et Henry vont pouvoir aiguiser leurs crocs en Ligue des Champions histoire d’obtenir leur billet pour la Coupe du Monde. Le conservatisme défensif n’est plus opposé au progrès vers l’avant.
Faute d’avoir pu le battre lors d’une élection présidentielle, Chirac veut égaler Mitterrand. Il y eut la Beaujoire en 84 il y aura le Stade de France en 98. Il y aura aussi et surtout le même maillot en 1998 qu’en 1984. Un maillot dont la barre rouge, synonyme d’unité à tous les niveaux, sera reconduite au Championnat d’Europe 2000. Mais les bonnes choses ayant une fin, la gauche caviar se laissera bercer par une conjoncture économique favorable et ne verra pas monter à sa droite les préoccupations sécuritaires et à sa gauche les candidatures multiples. L’équipementier se laissera bercer par les beaux résultats et n’aura plus pour obsession que d’accrocher une deuxième étoile à la tête du coq. Il oubliera la bande rouge, Le Pen remplacera Jospin, les Bleus sombreront par orgueil.
La France d’en-bas des Raffarin-Santini aura beau raviver la flamme rouge, rien n’y fera. Il faudra une nouvelle consultation populaire sur l’Europe en 2005 pour que Chirac accepte d’être désavoué et change de Premier Ministre. Légitimée par le suffrage universel, la République emballe de nouveau : Zidane, Thuram et Makelele sont de retour. Le sens de l’honneur est plus fort que la soif de victoire mal acquise, Zidane réprimande Materazzi et à défaut de sortir par la Grande Porte, emprunte la Vraie Porte.
Et toi Yoyo, qu’est-ce qu’il y a sous ton nouveau maillot ? (2010)
La barre rouge, à force de se tordre (maillot de l’Euro 2008), a fini par se rompre (rupture chère à Sarkozy, maillot 2010) après s’être fracturée (fracture sociale de Chirac réélu en 2002). Fidèle à la droitisation de la France depuis 2002, le maillot pour la World Cup 2010 est donc bleu marine, la couleur des uniformes de la Police majorité Alliance, et sa partie rouge s'est brisée du fait de la division de la gauche. D'un côté les adeptes de l'ouverture (Kouchner, Besson, Fadela Amara, Pascal Sevrant, Navarro, Patrick Bruel...) et autres « démocrates parlementaires », de l’autre l'hystérie gauchiste non aggiornamentée (Parti de Gauche, NPA, gauche alter’…).
La nomination d’Escalettes et de Domenech en 2004 correspond aux victoires de la gauche aux régionales et aux européennes de cette année-là. Le désamour vivace à l’encontre du sélectionneur traduit une haine de l’intellectuel et du bureaucrate de gauche. La question est de savoir si désormais les haines internes peuvent être tues dans l’intérêt de l’équipe de France. Les procès de Chirac et Pasqua annoncent l’éclatement prochain de quelque chose. Le maillot de l’équipe de France, lui, est déjà fendu : une Gaule, de Gaulle, trois goals. L’histoire de France attend maintenant « a goal 4 France ! »
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