Sid & The Family Gone
Écrit par Jo Wilfried Mulao   
 
le 28-03-2008 14:17
Sidney Govou est un génie incompris. Oui bien sûr, cette phrase peut surprendre, choquer, horrifier, faire rire. Et pourtant, malgré les sceptiques et les rieurs, malgré Aulas même, Sidney Govou est un génie incompris.

govou joieDepuis le début des années 2000, depuis le début du règne lyonnais sur le football français en somme, Govou trône sur son aile droite et aligne les titres comme d’autres alignent les fautes de syntaxe. Pourtant, en dehors de son club, il est au mieux ignoré, au pire décrié par beaucoup d’observateurs. Qu’est-ce qui peut expliquer un tel mépris ? Chaque été ou presque, on l’annonce dans la rubrique des transferts, le plus souvent en Espagne ou en Angleterre. Et chaque été, Sidney préfère le traditionnel stage de reprise à Tignes (le vélo, le raft, les blagues de potache de Joël Bats), à une nouvelle expérience à l’étranger. Certains voient dans cet immobilisme, la preuve que Govou n’est pas assez bon pour se mesurer aux championnats étrangers. Govou, c’est pourtant juste ça, un vrai joueur de club comme on en fait assez rarement, un type dont la courbe ascensionnelle suit celle de son équipe, un type qui ne voit pas l’intérêt d’exercer son métier ailleurs que chez soi, un type qui ne bafoue pas la fidélité. Évidemment son salaire lyonnais y est sans doute pour beaucoup, mais il serait faux d’y voir juste une question de pognon. Govou exprime seulement l’idée que gagner chez soi, c’est malgré les difficultés et l’époque qui va à contre-courant, une noble quête. Un truc qui ne brille pas, qui ne fait pas de bruit, mais qui mérite le respect, au sens le plus fort de cette expression.

Govou préfèrerait donc gagner sans bruit, amasser petit à petit, plutôt que de tout flamber sur un seul coup. Une attitude pas si évidente, si l’on regarde de près le personnage. Govou traîne depuis ses débuts, une image de dilettante, d’un type qui jouerait presque au football par hasard et qui évoluerait dans ce milieu sans y appartenir véritablement. On connaît les anecdotes, Govou séchant devant les questions des journalistes sur ses adversaires directs par exemple. Le football n’est pas sa passion, il est seulement son métier. Même France 98 ne l’a pas scotché devant son petit écran. Franchement, un type qui a dix-huit ans préfère draguer les filles plutôt que de regarder une finale de Coupe de Monde, c’est plutôt rassurant non ?  Le trait est forcément caricatural, mais il contient une part de vérité. Govou joue au football parce qu’il aime le jeu, le défi, le sport. Le reste, les chiffres et les records, le nom des adversaires et leurs statistiques, tout ça ne compte pas. Govou, c’est le football débarrassé de ses artifices. On ne demande pas à un musicien d’être une encyclopédie de la musique, les rock critiques frustrés sont là pour ça. Il devrait en être de même pour les footballeurs.


Govou serait aussi un joueur difficile à cerner en chiffres, un type dont le bilan en buts et en passes ne dit qu’une infime partie de son apport au collectif. Govou, c’est l’anti-Cristiano Ronaldo, lui qui ne vit que par les chiffres et les signes extérieurs du talent. Govou ne s’abaisse pas à démontrer, il prouve. Par ses courses défensives, ses appels incessants, son implication sans faille, son professionalisme intact. Govou, c’est l’inverse du football bling-bling, c’est la victoire discrète, logique, implacable. Un type qui a eu surtout un sens assez génial de l’adaptation, lui l’ancien jeune dilettante se transformant en employé sérieux. Et puis un mec qui fait le lien entre Coupet et Dhorassoo, ça démontre quand même son ouverture d’esprit.

govou vert Et à tous ceux qui reprochent à Govou son irrégularité, sa maladresse devant le but, sa propension à ne pas conclure des occasions jugées faciles, il faut leur opposer ceci. Tout ça est vrai, mais pour la simple et bonne raison que Sidney ne marque que des beaux buts. Dès ses débuts, face au Red Star en Coupe de France en 2000, puis son fameux doublé face au Bayern d’Oliver Kahn. Mais aussi avec les Bleus et un doublé magique face à l'Italie en septembre 2006. Les buts pleine lucarne, les reprises de volée, les ciseaux. Les buts décisifs aussi, comme face à Auxerre dans la course au titre en 2003. Malgré son image de garçon tranquille, de joueur de devoir, Govou est aussi amateur de fulgurances, de coups de folie. Les buts du tibia c’est bien, mais d’autres sont là pour ça. Ses statistiques ? Elles sont collectives, six ou sept titres de champion de France, le reste n’est qu’accessoire.

 

Bien sûr, il y a un mais. Car tout ce que soulignent ses détracteurs pourrait se résumer en une phrase. Govou, c’est finalement une promesse qui ne sera jamais tenue, une réussite qui ne sera jamais totalement aboutie. Car à trop traîner du côté sombre de l’Aulassie, on finit forcément par se perdre. A trop feindre l’indifférence, Govou a fini par sembler proche de la transparence. Lui qui aurait eu tant de choses à dire et à défendre, sur sa façon de vivre son métier avec recul, n’oppose rien au discours de premier de la classe d’un Grégory Coupet. Govou se contente de sourires en coin, quand c’est un souffle nouveau qu’il aurait pu lancer sur OL Land. Oui, avec un Govou prenant le pouvoir face aux trop sages et trop cons Coupet et Juninho, l’OL aurait presque pu devenir supportable. Avec un Govou leader, c’est Aulas qui perdait de sa mainmise, jusqu’à pourquoi pas tenter le coup de l’autogestion à la manière des rugbymen du Stade Français en l’an 2000. Oui, Govou a raté sa carrière de footballeur révolutionnaire et avec lui, l’OL a sans doute raté le virage de la popularité. Quand on transpire d’une telle assurance, d’un tel potentiel libertaire, c’est si triste de se contenter de l’anonymat tranquille des cafés fumants de Tola Vologe. Govou en employé modèle de l’OL Company, c’est comme si Jimi Hendrix s’était contenté d’assurer des parties de flûte à bec dans l’orchestre de l’US Army. Il manque un sacré chapitre à l’histoire, un chapitre qu’il aurait pu aussi écrire en quittant le navire rhodanien.


slyCar en plus de se couper de sa personnalité profonde, de couper les ailes de ses envies d’ailleurs, qui sait si Govou n’a pas atrophié aussi ses capacités de footballeur ? En tout cas, il laisse dans l’air un sacré parfum de regrets et c’est dans ce sens qu’il est certainement un génie incompris. Il aurait fallu peu de choses, pour qu’il soit à la tête d’un football United Colors of Utopia, un football rythmé par la musique de Sly & The Family Stone. De la fulgurance, des performances de folie, du sexe, de la révolte, un métissage absolu et un chef d’œuvre : There’s a riot’ goin’ on. En guise de révolte, il n’y a eu que les négociations de prime dans le bureau d’Aulas. Le gâchis, c’est sans doute la définition la plus amère du temps qui passe, mais c’est aussi celle qui colle parfois aux crampons de Sidney Govou. Que valent ses titres face aux rêves enfouis ? Car au lieu d’être le Sly Stone footballeur, le Sly des années de gloire qui mettait le feu à Woodstock, Govou n’aura été finalement que le Sly du come back des années 2000. Vieux avant l’âge, ramolli et adouci, ne répondant en tout cas pas à l’immense effet d’annonce l’entourant et ne jouant plus que pour le fric. Et pourtant, il doit bien encore y avoir des underdogs à défendre. Même dans le football. 

    

Publié dans : Foot Culture, - Hommages
Tags : Sid, Govou, OL, Aulas, Perrin, Toulalan, génie, Haute-Loire, Sly, Bats

Commentaires utilisateurs (2) Fil RSS des commentaires
Posté le Bernard Metro, le 28-03-2008 15:57,
Il existe des détracteurs du Sid', mais ce sont bien souvent ceux qui se moquent de Diomède ! Govou aura gagné 6-7-8-9 .... titres, il aura brillé, mais pas scintillé.
 

Posté le joninho, le 03-04-2008 11:30,
Enfin un décryptage de la comète Govou! 
Merci d'avoir su mettre en lumière la part d'ombre de ce joueur maison, combattif et besogneux. 
Peut être qu'une ligne ou deux sur le capitanat qui lui fut confiée auraient encore mieux mis en valeur ce joueur atypique!
 

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