Dans une semaine 44 ultra chargée footbalistiquement, la Ligue 2 pourrait passer inaperçue. Seuls les amateurs, les spécialistes et les courageux suivront avec attention cette 13ème journée. Avec une rencontre à marquer au stabilo. Un match qui tient déjà tout le Languedoc en haleine : le derby Montpellier-Nîmes. L’une des oppositions régionales les plus marquées de l’Hexagone. Quand les Crocodiles migrent vers le Sud pour y affronter la Bande à Nicollin. Pour ce qui est certainement le derby le plus chaud du Sud, KOLB vous invite en Occitanie quelque part après le péage de Montélimar…
50 kilomètres et déjà 14 points
Avant de s’attarder sur les raisons qui font de cette affiche de Ligue 2 un match sans pareil, jetons un œil sur les situations sportives des deux équipes. Qui soufflent le chaud et le froid selon de quel côté du Vidourle on se place. Pour les Héraultais, tout va bien, merci. Actuels cinquièmes du championnat, Montpellier a repris des couleurs, après plusieurs années plutôt moroses à végéter dans le ventre mou de la deuxième division. Cinquièmes au soir de la 12ème journée à seulement cinq points du trio de tête, l’équipe de notre Louis Nicollin national peut à nouveau rêver. Astucieux amalgame de vieux grognards (Carotti, Dzodic, Compan, Ouaddah) et de jeunes pousses extrêmement prometteuses (Bocaly, Costa, Sabo), la mayonnaise prend du côté de la Mosson. Avec pour artificier principal, Victor Montano, dont le passeport colombien doit furieusement inspirer le coach des montpelliérains. Entre gens de bonne compagnie, Roland Courbis, le plus célèbre truand du football français savoure ces instants incertains en compagnie de son escouade. Sa récente condamnation dans le cadre des transferts de l’OM inscrit son avenir en pointillés. Ajoutez-y les coups de gueules du président envers Courbis et le directeur sportif Michel Mézy, et vous obtenez une des ambiances les plus savoureuses et les plus électriques de la Ligue 2. Ca tombe bien, on adore ça.

Coté gardois, ça rigole moins. Débarqués en zone Moustache bourrés d’ambition, forts d’une montée acquise au forceps face aux Lavallois, les Nîmois étaient bien décidés à croquer la Ligue 2 à pleines dents. Bilan, seulement six petits points dans la besace, une seule victoire du côté de Troyes, et de nombreux contrastes quant à leurs productions. Tour à tour brillants, inconstants, volontaires, amorphes, mais quoiqu’il en soit jamais récompensés de leur efforts, les Crocos voient le wagon maintien s’en aller à grande vitesse. Avec la désagréable sensation qu’il ne manque à chaque fois pas grand chose pour grappiller quelques points. Des matchs méritants face à Lens, foirés face à Tours, cataclysmiques face à Strasbourg, et on en passe. Les Crocos font aujourd’hui figure de petits lézards bien fragiles. Pourtant, les ambitions nîmoises devaient leur garantir une saison tout confort : un élan populaire sans faille, de chouettes recrues (Aliou Cissé, Johan Cavalli, Boubacar Kébé, Elie Kroupi, Mallaury Martin), un vrai projet sportif. Pourtant, à l’instar du FC Sète d’il y a deux saisons, rien ne marche. Un mix de guigne, de carences dans le jeu et de bras cassés. Même Robert Malm semble avoir perdu la recette du maraboutage de défenses. Le Croco a la tête dans le sac. Dernier épisode en date avec la réception de Boulogne. Un nombre incalculable d’occasions, un poteau, un pénalty manqué, et les concitoyens de Ribéry qui repartent avec la victoire. Olé ! Une banderille de plus.
Forcément, dans un tel contexte, le derby prend toute sa saveur. Car les enjeux sportifs sont clairs. Dans les deux cas, il s’agit d’accrocher les wagons : la montée pour Montpellier, le maintien pour les Nîmois. Dans cette configuration, le
Cote et Match de Basilou Boli ne réserve pas de grande surprise. Dans leur éléphant blanc de La Mosson, qui, cette fois-ci devrait faire le plein, les joueurs de Courbis sont largement favoris. Bien entendu, il n’en a pas toujours été ainsi…
Intervilles, sans Tex ni Robert Wurz
D’où vient cette rivalité entre Nîmes et Montpellier ? Ou Montpellier et Nîmes, pour ne pas faire de jaloux. Difficile à déterminer, si ce n’est quelques batifolages historiques au sujet du contrôle du Vidourle, cours d’eau limitrophe entre les deux départements... Au delà de ces enfantillages territoriaux, il existe un bon nombre de raisons qui semblent amener cette division. En premier lieu, l’Histoire : quand
Nemausa était alors une flamboyante cité romaine alors que Montpellier n’était…rien ! Il faut remonter au Moyen Age pour trouver une trace de ce qui deviendra plus tard la Place de la Comédie et autre Corum. Mais la rivalité atteint son summum depuis quelques dizaines d’années, chacun prêchant pour sa paroisse avec véhémence. A mon nord, Nîmes. Avec ses monuments, sa brandade, ses Férias et les centain

es de litres de bonheur qui vont avec, ses corridas, ses AOC diverses, son Jean Denim, ses toros… A mon Sud, Montpellier. Avec son centre-ville hyper animé et commerçant, sa vie étudiante, culturelle et nocturne, son IKEA (ça compte ça…), ses frères Pourcel, son dynamisme. Bref, il y a et il y aura toujours de quoi déblatérer contre ces « conos » de 30 et ces « cabours » de 34. Notamment au volant, avec le langage ordurier qui va avec. C’est Loulou Nicollin qui approuvera, lui, l’adepte du français fleuri et raffiné.
Cette rivalité exacerbée transpire jusque dans le royaume des pardessus, avec Georges Frêche, président du Conseil Général du Languedoc et Jean-Paul Fournier, maire de Nîmes. Mots doux, amabilités, luttes d’influences, tout l’arsenal y passe. Quitte à se tirer dans les pattes. La Septimanie s’amuse, s’allume, s’envoie des fleurs. Le tout à l’heure du jaune et des Lucques. Un art de vivre, propre à toutes les régions au Sud de la Loire.
Pour en revenir au football, les temps de la rivalité ne sont finalement pas si anciens. Nîmes, place forte du football français des années 50 s’impose depuis des décennies comme l’un des clubs historiques. En découle une popularité jamais démentie. Car derrière l’OM, le NO occupe une place de choix dans le cœur des Sudistes. Cela malgré les situations sportives loin des sunlights. Un bien bel exemple de popularité quand le rival Montpellier se cherche encore et toujours un public fidèle. Car malgré une période convaincante dans les années 90, la cité héraultaise n’a pas réussi à créer un élan derrière elle, chose que réussissent à merveille le rugby ou encore le hand. Il n’y a qu’à voir les tristes affluences du stade de la Mosson, dépassant péniblement la barre des 10 000 spectateurs, dans cette enceinte de 35 000 places. Un manque de ferveur très certainement préjudiciable, qui s’emballe toutefois lors de ces fameux derbies du Languedoc.

Entre Nîmes l’historique et Montpellier la petite nouvelle, il aura fallu quelques années afin d’équilibrer les débats. Hormis quelques rencontres de coupes âprement disputées dans les antres de Jean Bouin et de l’ancienne Mosson, les héraultais vivent dans l’ombre du voisin nîmois, ainsi que des Sétois, autre figure historique du foot languedocien d’antan. Le nivellement des valeurs durant les années 80, avec des oppositions annuelles, renforcées par la présence de Béziers, Alès ou encore Sète. La question de suprématie régionale décuple les ardeurs, et certaines rencontres atteignent des sommets d’intensité. Comme ce quatre partout de 1986 à la Mosson, qui voit un improbable retour de ses favoris, menés 3-0 après seulement 20 minutes de jeu. Preuve de l’extraordinaire vitalité du Languedoc, cette même année, Alès, Sète, Montpellier, Nîmes et Béziers finissent dans les huit premiers du groupe A de seconde division. Les héraultais, alors en pleine croissance, iront tutoyer les sommets, avec une Coupe de France remportée en 1990, suivi d’un beau parcours européen : le PSV Eindhoven et le Steaua Bucarest sombrent à la Mosson. Seul Manchester United parvient à arrêter les joueurs de Kasperzack. Dans le même temps, Nîmes patine, malgré des ambitions élevées. A l’issue d’une saison 1993 catastrophique, les Crocos foulent une dernière fois les pelouses de première division. Le NO devient alors le petit poucet face au cador montpelliérain. Notamment en 1996, en demi-finale de Coupe de France.
Il est rentré à Montpellier à cheval...
Si nombre de joueurs
ont été marqué à vie par ce match rentré dans la légende de la Coupe, que dire de Nicollin, au visage décomposé à la fin de la rencontre, après une semaine de déclarations tapageuses ? Prévenant ses joueurs
« si vous perdez, vous rentrerez à pied ! », les joueurs de Barlaguet, déjà tombeurs de Strasbourg au tour précédent, rentrent dans le lard de Montpelliérains totalement déboussolés. Avec pour héros, Able Ramdane, auteur du seul but du match après 9 minutes de jeu, effaçant Serge Blanc avant de tromper Bruno Martini d’une frappe rasante. Après 81 minutes d’extrême tension, le stade des Costières, rempli jusqu’à la gueule, explose. Du jamais vu, une équipe de niveau 3 parvient en finale de la Coupe de France. En écartant l’éternel rival. De l’avis unanime, cette victoire reste à ce jour comme la plus retentissante dans l’histoire des derbies de la Septimanie. Et Louis Nicollin rentra à cheval…Selon la légende. Une victoire qui a inspiré le chanteur à texte Ricoune et quelques festayres nimoises dans un tube à en faire palir Patrick Sébastien
Nimes 1 - Montpellier 0
Douze ans plus tard et suite à des trajectoires quelque peu chaotiques, les deux frères ennemis vont à nouveau recroiser le fer. Au-delà du simple enjeu sportif, c’est surtout le caractère particulier de ce match qui vaudra qu’on s’y intéresse. Nous vous conseillons de réserver votre vendredi soir devant Ma Chaine Sport. Ou votre transistor. Si vous préférez mater Thalassa, pas de bol. L’émission du soir parle du littoral méditerranéen. Comme si quelque part, nous ne pouviez pas échapper à ce derby du Languedoc…