Alors voilà, ce soir TF1 délaissait à nouveau le jacquard préféré des hordes de jeunesCrêtogel pour le très seyant marine et rose qui, en plus d'occasionner des ruptures de stock rue Sainte Catherine, fait le bonheur des soirées mousse d'un Macumba encore orphelin de Jean-Claude Darcheville... Du coup, le footeux pour qui la Gironde se résumait jusqu'ici à un crapahutage estival sur la dune du Pyla, devait lui aussi se mettre en mode "supporter de Bordeaux".
Bon... Je ne vais pas vous raconter des salades, j'ai pas eu non plus à me forcer pour revêtir le costume... Bref. Toujours est-il qu'il y avait de quoi craindre le grand n'importe quoi ce soir sur "la Une" voire, il faut bien le dire, du sexuellement explicite même pas crypté...
Aller au Charbon Delmas...
20h45. C'est le début des premières contractions. Pas l'temps d'aller en salle de travail que déjà l'atrabilaire entend Kiki et Jean-Mimi lui expliquer que ce soir
"pas de doutes, ça va donner" (ben oui, Kiki a chopé une interview de Jurietti dans
l'Equipe du jour...). Je vous rappelle l'enjeu du match qui est double ce soir... D'une part avoir (encore) le droit de rêver sur les coups de 22h45 et, et accessoirement, envoyer Larqué tâter de la colonne trajanne dans deux semaines, si toutefois le poney cathodique daigne faire des infidélités au bar de l'hôtel...

Le match donc. Fort heureusement, j'ai eu la bonne idée d'enfiler le survêt' avant
Plus Belle la Vie, précaution qui m'assure un certain confort lors du premier quart d'heure complètement stressant où les Bordelais font bloc face à la supériorité tant technique que physique (du Deschamps dans le texte) des Anglais. Evidemment on se dit très vite qu'à ce petit jeu là, c'est dans les filets de Valverde que "ç
a va donner"...
Mais, ô miracle, les
Gigis (ouais, le supporter bordelais est très affectueux avec son équipe) répondent présents et non contents d'empêcher les
Blues de s'approcher des 16, commencent à planter quelques petites banderilles dans l'arrière-train adverse.
Comme de coutume, c'est de Gourcuff que viendront les premiers éclairs de génie. Au four et au moulin, le meneur de jeu girondin fait plaisir à voir. Contrairement à ce que TF1 risque de nous survendre dans les prochaines semaines, Yohann avec deux "-n" n'est pas le joueur zidanesque que certains croient déceler en lui, mais un milieu de terrain au geste étonnamment juste et à qui il est quasiment impossible d'arracher la balle des pieds sans commettre de faute...Comment ne pas mentionner ce moment où il enrhume quatre joueurs de Chelsea sur un enchaînement amorti-jonglage-petit pont qui lui offre un boulevard plein axe mais se refermera dare-dare par la grâce de John Terry via un joli combo façon Tekken 3 (chuis jamais allé plus loin que cet opus) charge dans le dos-double écrasement talon d'Achille/main droite-marchage au sol dit "à la tongienne"... En plus on croit rêver, car le Breton bien élevé est même à deux doigts de coller un taquet à l'affreux roquet rosbeef.
Ca c'était juste avant que le même Gourcuff s'emmène le ballon sur une énième récupération de Chamakh et s'ouvre le chemin du but avec une fantastique roulette en pivot conclue par une frappe limpide du gauche contraignant Cech à une belle parade, la deuxième de la soirée après la frappe malheureusement pas assez déviée de Chalmé sur une action d'école du 11 aquitain.
Comme tout n'est pas rose, Wendel chie magistralement deux coups-francs pourtant placés "comme il faut" et Chelsea de rentrer inviolée au vestiaire pour les 15 minutes syndicales moins les 10 perdues le temps des deux allers-retours dans le couloir de "Lescure" (et ouais, le supporter bordelais, en plus de porter de très belles chemises, est très petit bourgeois conservateur)...
Chez moi, on finit les 45 premières minutes jambes croisées à bouffer des dattes pour se détendre. Comme le mauvais goût n'a aucune limite, on en oublie même de se décapsuler une petite binouze pendant la pause citron ! Et le pékin de voir la plus longue page de pub de l'histoire de la télé, lui qui lors du match aller à la même heure regardait des Chinois rigolos plaisanter sur le placement de Placente... Vraiment n'importe quoi cette soirée qu'on vous disait...
C'est toujours meilleur quand on attend
En deuxième mi-temps, on repart sur des bases nettement moins funky, à savoir une domination stérile des
Blues et des Marines incapables d'aligner deux passes. On croit assister à une rencontre de Coupe de France tant la différence de statut éclate à la lueur des projecteurs d'un stade classé monument historique, ce qui, dit entre nous, n'oblige pas non plus la municipalité de Bordeaux à nous infliger les pires pissotières de L1... Sans compter que c'est quand même malheureux qu'avec le nombre de Portugais en survêt' (le style Scolari) qu'abrite la Communauté Urbaine, on ait trouvé personne pour rafraîchir un peu la boutique...
Mais revenons au match. Wendel et Gouffran en sont réduits à défendre sur leurs ailes, Yoyo belle gueule éprouvant une certaine lassitude physique à force de changer de direction sur la pelouse du Parc Chaban, et la partie de perdre franchement en intensité (bah ouais, le supporter bordelais manie merveilleusement bien l'euphémisme, surtout quand il est question d'étron). C'est ce moment que choisit Franck Jurietti pour s'essayer à la passe décisive, histoire de
"montrer qui est le patron à Bordeaux"... et Anelka, sevré de ballons jusqu'ici, de filer à son train vers le Virage Sud... Un port de tête altier qui explique certainement la façon dont Valverde s'est aplati devant lui.
Là, forcément, le supporter bordelais devant sa télé ne feint même pas la surprise, résigné qu'il est après 12 années de matchs européens insipides et/ou malheureux de la part de son club. L'espace d'un instant, il se demande même s'il ne va pas devoir se finir sur un
vieux Confession Intime, à l'épreuve dite du "camescope"...

Blanc se décide à remplacer la paire Gouffran/Wendel par Cavenaghi/Obertan sans qu'on imagine une issue heureuse à cette sale affaire. Ceci jusqu'à un corner parfait de Gourcuff repris de la tête par Diarra au premier poteau... Un Gourcuff dont le seul fait d'arme depuis l'ouverture du score anglaise avait été un serrage de bouton d'acné plutôt sanglant sur sa mâchoire, l'occasion pour Kiki Jeanpierre de confondre cette partie d'anatomie avec le cuir chevelu...
Et le supporter bordelais de rêver à un final de folie.
Chelsea se fait chahuter, alors Chelsea joue dur et Lampard quitte ses partenaires pour le confort douillet des entrailles de Lescure-Delmas. Et la partie de prendre une tournure tout à fait sympathique l'espace de... trois minutes... Le temps pour Larqué d'envoyer du
"allez les gars" à tout va et pour Planus de faire de même avec le ballon du match plutôt que de lancer sur sa droite Chalmé et Obertan pourtant excellemment démarqués...
Obertan, parlons-en... Celui qui semble condamné à être l'ex-futur grand espoir du club a fait une rentrée intéressante, donnant le tournis à l'entrejeu londonien par ses prises de balles et sa vitesse toute en os. D'ailleurs au vu de l'apport plus que discret de Gouffran depuis le début de la saison, et malgré un replacement défensif indigent, ne serait-il pas souhaitable pour le panache de titulariser le jeune Gaby sur l'aile droite dans deux semaines ?
Au final, on aura assisté à un bon match de coupe d'Europe, rarement transcendant, la faute à des Girondins encore traumatisés par la joyeuse partouze du match aller et à des
Blues compacts et au petit trot sur certaines phases de jeu.
Et le supporter bordelais d'espérer que cette saison ne rime pas avec déception, lui qui ressasse toujours la première confrontation avec les Romains où les Girondins avaient développé un jeu exceptionnel l'espace d'une mi-temps et demie malgré le double coup du sort de la 36ème (sorties de Jûssié sur blessure et de Henrique sur une erreur de jugement de l'arbitre bien aidée par la bêtise du découpeur brasioul). Alors rêvons, et ce même si la Roma a repris du poil de la louve depuis. Rêvons, car c'est par l'Europe que se contruisent les belles histoires et non pas par une énième finale de coupe Moustache qui semble promise à un Jean-Louis Triaud toujours aussi imbuvable, et ce même pour le plus indulgent d'entre nous...