| le 21-10-2008 23:03 |
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Bon, Manchester-Villareal, Bayern-Lyon, ou même Chelsea-Roma, c'est bien gentil. Mais à force de nous promettre du « grand choc » en veux-tu en voilà, on en viendrait presque à oublier ce qu'est un authentique mastodonte européen. A ma gauche, la Vieille Dame, de retour après un purgatoire de deux saisons. A ma droite, le Real, qui après avoir confirmé sa suprématie sur le plan national, rêve de renouer dès cette saison avec son glorieux passé dans la reine des compétitions de clubs. Une affiche qui n'a plus tellement « des allures de finale » comme ils disent sur Canal Pelu, le Big Four de la Premier League ayant plus que jamais les faveurs des pronostiqueurs. Mais qui, en nous rappelant de nombreux souvenirs, a au moins le mérite de nous mettre des étoiles plein les yeux. Enfin !
Autrefois, un Juve-Real, c'était un choc incontournable pour tout footeux qui se respecte. Mais c'était surtout l'affrontement de deux visions radicalement différentes du même sport : la plus grande des rigueurs entièrement tournée vers la recherche de l'efficacité la plus parfaite possible contre le panache mis uniquement au service du ravissement du spectateur. Autrement dit : la glace contre le feu. Aujourd'hui, les choses ont changé. Bosman et le G14 sont passés par-là, et les clubs ont quelque peu perdu de leur identité de jeu si marquée. Si la Juve a conservé cette image d'austérité clairement revendiquée, le Moggiopoli et la relégation qui s'en est suivie lui ont fait perdre de sa superbe. Toujours respectée de ses adversaires, elle n'est plus crainte, et d'ailleurs il n'y a pas grand monde pour croire en ses chances d'aller au bout.
Le Real, lui, n'a carrément plus grand chose à voir avec l'ancestral football champagne pratiqué du temps de Santiago Bernabeu ou même de Florentino Perez. L'arrivée de Calderon à la présidence du club l'a « italianisé » après le fiasco de l'ère des Galactiques. Si Capello et Emerson ont mis les voiles, Cannavaro est toujours là, et le football offensif et spectaculaire censé justifier la venue de Schuster n'a, lui, toujours pas montré le bout de son nez. C'est bien un Real « à la Turinoise » qui vient de remporter son deuxième championnat consécutif et qui réalise un début de saison plus que satisfaisant, l'emportant souvent 1-0 en fermant la baraque. Un paradoxe qui a de quoi faire peur à une Juventus « en crise » si l'on en croit les médias italiens. Privée de nombreux titulaires, tenue en échec par les Biélorusses de Borisov et restant même sur cinq matchs sans victoire, la Vieille a pourtant tout de la bête blessée. Qui soignerait bien son orgueil le temps d'une soirée en piétinant le prestige du plus beau palmarès européen, un club qui lui a d'ailleurs souvent réussi.
Del Piero, symbole d'une Juve éternelle
Les trois tifosi morts peu de temps avant le coup d'envoi ne vont évidemment pas atténuer cette soif de revanche. Déjà perceptible avant le coup d'envoi, lors de la minute d'applaudissements en guise d'hommage. La présence de Platini, Deschamps aux commentaires, toute une ambiance donnant comme un étrange pressentiment que le favori présumé aura fort à faire face à une Juventus plus déterminée que jamais à remettre les pendules à l'heure. Ainsi, les cinq premières minutes n'ont rien d'une surprise. La Vieille mord dans le match, monopolise le ballon et se projette vers l'avant à la vitesse de l'éclair. Tout en justesse. Cinq petites minutes suffiront à Del Piero, l'emblème du club bianconero, pour ouvrir le score d'un plat du pied majestueux. Casillas réduit au rang de simple spectateur ne peut que constater les dégats, et le Real tout entier avec lui commence alors à envisager concrètement l'ampleur de la tâche qui les attend ce soir. On ne dira pas que les Merengue sont amorphes, mais pas loin. Dans un 4-3-3 à la Lyonnaise des plus saugrenus, leur jeu souffre d'un cruel manque de liant. Les jumeaux de l'Ajax Van der Vaart et Sneijder tricotent, mais les attaquants ne voient pas le ballon. Comme un symbole, RVN se voit obligé de décrocher au milieu de terrain, complètement excentré, pour participer au jeu. De son côté, la Juve joue sur du velours. Menant rapidement au score face à un adversaire recroquevillé dans l'axe, elle se regroupe intelligemment avant de partir en feu d'artifice sur les ailes. Tout le registre du parfait footballeur y passe : une-deux, jeu en triangle, transversales millimétrées. Le retour de Sissoko fait, à l'évidence, un bien fou. Au four et au moulin, l'impact physique du Malien fait particulièrement mal au Real et à son schéma qui lui laisse le champ libre.
Arrivée la première demi-heure, le jeu s'équilibre quelque peu. Mais la maîtrise est clairement du côté turinois. Tactique d'abord, avec des joueurs qui savent ce qu'ils font, et qui jouent à leurs postes. Le Real se contente de quelques enchaînements et des banderilles que le seul Van der Vaart essaie de planter. Au-delà de ça, ses joueurs sont hésitants, ratent des gestes simples. Tandis que les Bianconeri marchent sur l'eau, emmenés par un Nedved des grands soirs. Alors que les dédoublements juventini sur les ailes causent de nombreux dégâts, Heinze et Ramos, deux axiaux de formation, sont les seuls à prendre les côtés. RVN court surtout après les défenseurs, Higuain a l'air complètement paumé et Raul n'a vraiment pas l'air de kiffer la vibes. Le seul à avoir compris ce qui se passait, c'est Fabio Cannavaro. De retour dans son Italie natale et dans son ancien club, conspué par le Stadio Olimpico, il se bat sur tous les ballons, maître des airs, solide dans les duels malgré un Del Piero des plus remuants et parfait à la relance. Car c'est surtout dans les têtes que la différence s'est faite lors de cette première période. La Juve a joué en équipe, déterminée à ne rien lâcher sur le moindre duel, râtissant inlassablement, en bloc et sur toute la largeur du terrain. Une Vieille Dame qui, au fur et à mesure que l'impuissance du Real leur sautait aux yeux, a fini par se retrouver.
Le Real pris à son propre piège
Au début de la seconde période, la Juve perd un deuxième joueur sur blessure et le Real repasse dans un 4-4-2 plus traditionnel. On s'attend donc à voir les Madrilènes prendre les choses en main. C'est évidemment le moment que choisit une Vieille enfin redevenue elle-même pour enfoncer son adversaire. Nedved, emmené par ses vieilles jambes de 36 printemps, quitte son poste de récupérateur de fortune pour reprendre son côté gauche, percuter et centrer. Amauri profite de la grossière erreur de Pepe pour placer une tête rageuse : 2-0. Dès lors, on se dit que la messe est dite. Une Juve qui mène par deux buts d'écart ne peut logiquement pas être rejointe. L'impression est confirmée par les minutes qui suivent, rappelant forcément le début de première mi-temps. Les Italiens remportent tous les duels, le Real est en plein doute. A l'heure de jeu, pourtant, les bianconeri semblent basculer physiquement, se contentant d'attendre, acculés devant leur but. Le Real allume alors les premières mèches. Sneijder prend sa chance de loin, signe de l'impuissance des Merengue à percer la muraille adverse. Manninger puis le poteau retardent l'échéance. Et puis RVN trompe le portier autrichien d'une tête pleine de sang froid. Le doute a changé de camp.
Finalement, ce qui pouvait arriver de mieux à une Juve timorée et retombée dans ses travers. Sur le contre qui suit, le déboulé génial de Del Piero manque d'un cheveu de trouver la tête d'Amauri. L'essentiel est ailleurs : la Vieille Dame sort enfin de son camp et une fin de match exaltante peut enfin débuter.
Les deux équipes accusent le coup. Les gestes sont moins précis, le jeu plus haché. Le scénario indécis. La Juve répond à l'énergie aux individualités de la Maison Blanche. Les lignes sont bien serrées, et les deux attaquants du Real isolés. A l'ancienne, les bianconeri relancent tant bien que mal. Et placent quelques contres. Les passes sont souvent justes. Le jeu sans esbroufe. Les tirs jamais désespérés. Le Real finit le match comme une équipe de hand, tournant sans cesse autour du pot. Misant sur les coups de pied arrêtés et les frappes de loin. La tête froide et la détermination italiennes feront la différence, comme une évidence, et comme aux plus belles heures de l'histoire de la Juventus.
Au final, ce Real Madrid que l'on disait intraitable, solide et d'un réalisme froid s'est fait prendre à son propre jeu. L'original rappelant les bases à la copie, pour schématiser. Bien aidé toutefois par les incohérences tactiques de Schuster. Il n'empêche que la Juve a envoyé un signal clair à la face de l'Europe, et sûrement du monde, qu'elle n'est pas devenue has-been du jour au lendemain. Nous rappelant ce drôle de sentiment que, le match à peine commencé, la victoire sera de toute façon inéluctable, implacable même. Real Madrid ou pas. Ce soir encore, la Vieille aura gagné en tirant bien moins de fois au but que son adversaire. La confiance revenue, on peut imaginer qu'elle va relever la tête en championnat, comme le Real d'ailleurs. Même si le derby de Turin samedi soir, après une telle surcharge d'efforts et avec deux nouveaux blessés, n'aura sûrement rien d'une partie de plaisir.
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