Un carnet tchèque pour la Gambrinus Liga
Écrit par Man Raide   
 
le 03-07-2009 00:00
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Dans le football, c’est quand on ne joue plus qu’arrivent les nouvelles les plus démentes. On a ainsi vu le FC Slovácko acheter sa place en Gambrinus Liga (première division tchèque) à un autre club. Une pratique qui aurait dû paraître d’autant plus dérangeante qu’elle concerne le club à l’origine du plus gros scandale qu’ait connu le football tchèque.


On s’en remettra une nouvelle fois à cette forme de sagesse qui s’empare des footballeurs quand on les interroge sur l’issue d’un championnat ou même sur leur propre avenir en pleine période de mercato : « … Après, on sait tous que les choses vont vite dans le football… » Surtout quand la folie a décidé d’être de la partie.

Il suffit de prendre l’exemple du Real pour juger de la démence qui promet de s’emparer cet été du mercato. Alors que l’économie espagnole a connu un coup d’arrêt d’une rare intensité et que les effets de la crise financières n’en finissent plus de secouer les institutions bancaires les plus respectables, la Caja Madrid, plus ancienne caisse d’épargne espagnole, vient d’autoriser un crédit de plus de 76 millions d’euros au club madrilène pour qu’il puisse s’offrir les services des néo-gars lactiques, Kakà et Cristiano Ronaldo.

Après cette première secousse, les observateurs ont donc promis des répliques de forte amplitude pour la suite du mercato estival. Entre Dassier à l’OM et Maxence Flachez au poste de consultant sur OL TV, on peut dire pour le moment qu’on n’a pas été déçus… 

De quoi faire souffler le vent de folie qui s’est emparé du gotha européen bien au-delà des frontières du G14. Du moins, jusque dans le ventre mou de la Ligue 2 tchèque, où le dixième du dernier championnat, le FC Slovácko, vient de s’offrir une licence pour la montée en Gambrinius Liga. Coût de l'affaire, entre 300 000 et 740 000 euros versés au deuxième du championnat, le Zenit Cáslav.

                        

On sait que ce genre de pratique est monnaie courante dans certains championnats, notamment à l’Est de l’Europe. Entre le manque régulier de fonds et des structures dépassées qui ne permettent pas d’aller passer une saison au sein de l’élite, les petits arrangements entre amis peuvent prospérer. Les suiveurs de la Liga 2 roumaine savent de quoi il retourne...

Ce qu’on sait moins en revanche, c’est que le FC Slovácko n’a pas toujours été le FC Slovácko. D’abord connu entre 1927 et 1944 comme le SK Staré Mesto, le club s’avère être un instable chronique dès qu’il s’agit d’avoir un nom pour l’éternité. D’Ortes Staré Mesto en Uherské Hradište, il devient ensuite le Staromestský SK Uherské Hradište. Avant de devenir le club de l’industrie chimique dans les années 1950 (ZSJ Chemik Staré Mesto). Comme on décide de revoir les ambitions à la hausse, on demande trois ans plus tard à d’autres industries de venir se mêler à la partie. C’est comme ça que le club évolue trente années durant sous le nom de TJ Jiskra Staré Mesto.  Pour ceux qui n’ont pas fait tchèque en LV1, Jiskra désigne quelque chose comme l’ « industrie légère » dans la langue d’Ivan Lendl.

Trente ans, c’est trop long pour les dirigeants du club. Surtout quand on a passé tout ce temps à végéter dans l’anonymat le plus complet. Une nouvelle direction prend les affaires en main à l’orée des années 2000. Pour la nouvelle équipe, il faut que le club se fasse cette fois un nom, un vrai, et vite. Après l'inévitable étape de la fusion avec  le club voisin (FC Slovácká Slavia Uherské Hradište), les dirigeants réussissent à convaincre un fabricant de bicyclettes de miser sur cette écurie prometteuse au lieu d’aller gaspiller son argent dans une équipe cycliste qui sent la dope et le scandale (FC Joko Slovácká Slavia Uherské Hradište).

Manque de bol pour les amoureux de petite reine, c’est sous un autre nom que le club va connaître sa seule heure de gloire, le FC Synot  – un acronyme pour Synové & Otec Père et Fils, genre de holding. Au terme de la saison 2002-2003, le club obtient une prometteuse huitième place en première division, lui donnant le droit de disputer quelques tours d’Intertoto. L’équipe du FC Synot ne laisse pas passer son rendez-vous avec l’histoire et élimine au troisième tour les redoutables loups de Wolfsburg.

Comme pour tous les clubs abonnés à la lose, c’est pile au moment où la gloire, les putes et la coke tendent enfin les bras que les ennuis commencent. Le 1er mai 2004, la police tchèque surprend le directeur sportif du club, Jaroslav Hastik, en train de remettre une enveloppe de 5 500 euros à l’arbitre de la rencontre que son équipe vient de remporter contre le Sparta Prague (2-0). L’affaire devient alors le point de départ du plus grand scandale du football tchèque, permettant de révéler d’autres pratiques de ce genre ailleurs qu'au FC Synot. Au final, pas moins de trois fonctionnaires, cinq clubs et sept arbitres seront impliqués dans des histoires de corruption à peu près similaires.
 
Autre conséquence, pour le club celle-là, la holding Synot décide de mettre un terme à son partenariat. Il faut trouver un nouveau nom. Celui de FC Slovácko semble convenir pour rejoindre la troisième division tchèque. Cette descente aux enfers n’a toutefois pas réfréné les ambitions de l'équipe dirigeante. Confrontée à des résultats sportifs décevants, la direction a ainsi décidé d’accélérer le retour du club en première division. Après avoir scellé le sort de quelques parties à coups d’enveloppes, le FC Slovácko reprend les bonnes vieilles habitudes et s’offre une montée payée cash. « Nous avons obtenu cette licence de manière complètement légale ! », plaide le directeur sportif du club, Vladimír Krejcí. « Après avoir pris le temps de bien analyser la situation à la fois sur le plan sportif et économique, nous avons convenu que nous étions en mesure d’évoluer en Ligue 1. » Il n’est visiblement pas le seul à en être persuadé puisque la Ligue professionnelle de football tchèque vient de délivrer son accord pour la montée du club.

Au fait, ça se dit comment « coup de folie » en tchèque ?



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