The Kinks - Muswell Hillbillies Football Club
Écrit par Jo Wilfried Mulao   
 
le 02-11-2008 16:44

Après avoir tutoyé l’exceptionnel avec le saltimbanque Patrick Sébastien, KOLB revient avec un onze titres nettement moins classe. Ben ouais, The Kinks. Rien que le plus grand groupe qu’est produit l’Angleterre. Le plus britannique, le plus talentueux, les plus belles chansons de la terre en costume de tweed, foulard autour du cou. De ce groupe so british, il ne pouvait que découler un onze titres britannique. Indeed.

Sunny Afternoon - Face to face - 1966


Si vous lisez n’importe quel papier sur le groupe de frangins Davies ( Ray et Dave, respectivement chanteur et guitariste du groupe ), vous aurez droit à ceci. Une longue évocation du talent de Ray, leader et compositeur, pour décrire en chansons le quotidien de l’Angleterre, l’art de dresser le portrait des petites gens. Demandez à Damon Albarn, qui toute sa carrière a tenté de le copier. Ray Davies, c’est l’art de la mélodie classe pour coller avec une histoire cocasse et touchante. Sunny Afternoon, c’est l’histoire de ce type à qui on a tout pris, son pognon, son bateau, sa bagnole. Sa copine se barre et lui ne rêve que de revivre une dernière fois, une après-midi ensoleillée. Avant que tout ne s’effondre. Comment ne pas faire le rapprochement, avec ces fans anglais qui investissent tout, au propre comme au figuré, pour vivre deux heures de bonheur dans un stade anglais, ensoleillé ou pas ? L’image frise la caricature, car la sociologie du fan anglais a changé. Mais il reste tout de même une part de vérité. En Angleterre, y compris dans les divisions inférieures, mettre son statut de supporter au dessus de tout le reste, ne choque pas. En même temps, quand on habite à Hull, il faut bien se raccrocher à quelque chose. Même si ça doit être Bernard Mendy.

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A Rockn’roll fantasy - Misfits - 1978

Après avoir produit une quantité de singles époustouflants dans les années soixante, Ray Davies et les Kinks perdent le mojo dans les années suivantes. Mais il serait fou de penser que la qualité des albums s’en ressent. Entre 1968 et 1978, les Kinks alignent les grands albums. Plus introspectifs, plus délicats mais tellement riches. Rockn’roll fantasy, c’est le regard de Ray Davies sur l’idée de vieillir en tant que groupe, que fan de rock. De supporter ce cirque illusoire qu’est cette vie. Les footeux, c’est entendu depuis un moment, sont devenues les rocks stars de l’époque. Et se plient donc avec un certain brio à en adopter les codes de conduite. En Angleterre, le footeux boit, fait des merveilles de films pornos amateurs, se bat courageusement en bande et règle tous ses problèmes judicaires à coups de livres sterlings. En bref, on est en plein Cosucker Blues des Stones. Sauf qu’ici, il s’agit de toute la finesse de Ray Davies au lieu de la lourdeur lippue de Jagger. Il faudrait donc dédier ce titre, par exemple, à un Paul Scholes. Taiseux dans la classe et qui sans doute pourrait lui aussi chanter : I don’t want spend my life in a rock n’ roll fantasy.


Alcohol - Muswell Hillbillies - 1971

Kinks 1 Si les Kinks n’ont clairement pas l’image d’un groupe de débauche ( mis à part leur goût douteux pour les cravates aux couleurs criardes ), Ray Davies a tout de même connu son petit épisode alcoolique. D’où cette chanson, issue de l’un des albums les plus intimes et les plus géniaux du groupe et qui tire son titre du quartier de Londres dont sont issus les frangins Davies. Sur cet album, figure une des plus belles ballades mélancoliques de tous les temps; Oklahoma USA. L’alcool donc. Présent dans le foot anglais, comme nulle part ailleurs. L’alcool festif bien sûr. Mais l’alcool de défonce aussi parfois. On pourrait rappeler, les épisodes de Tony Adams, Paul Gascoigne. On pourrait se pencher sur les mille et une dépêches du Sun ou de tout autre torchon. Mais il suffit en fait de lire, le chef d’œuvre de David Peace - 44 jours, sur la trajectoire de Brian Clough à Leeds United, pour comprendre ce que l’alcool est au foot anglais. Et vice versa. De ce bouquin âpre et à la gueule de bois permanente, on ne retient qu’une chose. L’amertume et la mélancolie du footeux professionnel anglais face à l’échec n’ont rien à envier à celles de tous ces artistes des sixties qui se sont pris les années soixante-dix et la fin du rêve en pleine gueule. The dream is over comme disait l’autre…

Victoria - Arthur - 1969

Arthur ( or the decline and fall of the Bristish Empire )
marque avec son prédécesseur, The Village green, le début de l’ère des albums géniaux et relativement méconnus des Kinks. Ray Davies n’est jamais aussi bon que quand il brosse un portrait en trois minutes, de l’Angleterre traditionnelle, nostalgique de son ordre et de sa puissance révolues. Victoria, c’est donc le portrait sarcastique de l’Angleterre victorienne. Rien à voir donc, avec les femmes de footballeurs. Sauf qu’à KOLB, on est pas à une imposture près. Et qu’en bons lecteurs de Closer que nous sommes, Victoria sonne quand même beaucoup mieux pour Victoria Beckham. Par elle, l’Angleterre a inventé le concept de femme de joueur. Qui ne branle rien de la journée, enfin façon de parler, et qui fait le bonheur des tabloïds. C’est finalement le comble de la surmédiatisation  grotesque des joueurs de foot anglais. La télé britannique a récupéré ce phénomène people à la con, pour en faire une série Footballers wives, série pas terrible au demeurant. Bon après, on a beau faire le morale, ça n’empêche pas de trouver un intérêt profond à la personnalité de Keeley Hazel.

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Celluloid Heroes - Everybody’s in showbiz - 1972


Comme tous les phénomènes populaires et médiatiques d’ampleur, le football anglais développe une nostalgie permanente. Et crée avec une facilité déconcertante une multitude de petits héros locaux, de gloires de petites villes. Dans les années 70, Ray Davies s’installe à Hollywood et consacre pas mal de chansons sur ce star system si particulier et cette nostalgie de l’âge d’or d’Hollywood. Là encore, la mélodie est juste parfaite. Le genre de chanson géniale dont tellement d’artistes rêveraient de n’en pondre qu’une et que Ray Davies sortait quasiment à la demande. Et les phrases qui font mouche à coup sûr. Everybody is a star, it doesn’t matter who you are…Comment ne pas évoquer ces multitudes de joueurs dont on ignore tout sur le continent et qui sont passés à la célébrité en Angleterre, pour avoir briller à Stoke City, à Hull ou à Sheffield United ? Par la multiplicité de ces clubs professionnels et par son histoire, le foot anglais vit depuis longtemps dans une logique wahrolienne de la célébrité footballistique. Et peu importe les raisons. On peut aussi devenir une putain de star, pour être un parfait salaud comme Joey Barton. It doesn’t matter who you are…


Such a shame - Kinda Kinks - 1965

Bon, le football anglais est formidable, excitant, a du pognon, une histoire, des stars et Daniel Cousin. C’est donc uneKinks 2 entreprise formidable. Sauf qu’évidemment, il y a le gros point noir. Le football anglais, celui de Premier League, s’est peu à pau coupé de sa base. En pratiquant une tarification de billets exorbitante, que la politique de nouveaux stades ne va pas arranger, en transformant le supporter debout en consommateur assis, le football anglais a réussi en dix ans ce que la capitalisme à mis cinquante à faire. Certes, il serait idiot de prétendre qu’il n’y a plus d’ambiance dans les stades anglais. Il serait encore plus stupide de regretter le bon temps des hooligans de l’ère Tatcher. A ce sujet, celui du drame de Heysel, on ne peut que conseiller de lire le toujours génial livre de Laurent Mauvignier - Dans la foule. Non, il ne s’agit pas de cette nostalgie maladroite. Il s’agit juste de trouver que ça a beaucoup moins de gueule de voir des gens assis dans des loges à la Roland Garros derrière les buts de Old Trafford. Et de constater que dans le fond, un pays et un football qui ferment autant les yeux sur la provenance du pognon qui les fait vivre au dessus de leurs moyens ( n’est-ce pas Abramovitch ? ), n’est plus à ce genre de détails près. Une fois de plus, Ray Davies avait pigé le truc. Such a shame

Death of a clown - Something else -
1967

Avec Death of a clown, Ray Davies pousse le savoir faire de la chanson historiette au sublime. Là encore, la mélodie et le chant gracile sont au service d’une histoire aussi banale que touchante. L’histoire de ce clown solitaire qui meurt, c’est comme le chantait le grand philosophe corrézien ( ça faisait longtemps ), l’enfance qui revient le soir quand tu as du chagrin. Ce clown qui meurt, qui se meurt, ce pourrait être aussi Paul Gascoigne. Dont on redoute l’annonce prochaine de la mort, dans un hôtel sordide de la Costa Brava ou ailleurs, chose que l’on sait de toutes les manières inéluctables. Gazza vécu comme Best, juste un cran en dessous ( un peu moins de talent pour autant d’alcool ) et mourra probablement comme lui. On ne sait pas si c’est triste ou drôle, c’est probablement entre les deux, à l’image de la trajectoire du meneur de jeu bedonnant. Gazza restera comme l’un des derniers joueurs alcooliques magnifiques. Et même si sa déchéance d’après carrière n’a franchement rien de romantique, on se dit que sa façon d’avoir vécu et joué sa vie de footballeur aura toujours mille fois plus d’allure que celle de Cristiano Ronaldo. Alors, avec juste un peu d‘avance sur le destin, let’s all drink to the death of a clown

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Dedicated Follower of Fashion - The Kinks Kontroversy -
1965

On l’a souvent dit, Ray Davies a l’art de croquer ses contemporains. Ici, il s’attaque à ses petits camarades de la scène pop et rock londonienne qui suivent et font la mode précieuse et prétentieuse des années soixante. Dans ce qui est un des singles les plus représentatifs du son Kinks première période, Ray Davies croque surtout le ton d’une époque où l’allure prend le pas sur le discours, où l’élan visuel et vestimentaire prend le dessus sur le fond et la musique. Le rapprochement avec le football, tient alors dans une expression et une mode : les crêtes à gel. Certes, l’Angleterre n’est pas le pays le plus touché par ce fléau. Mais quand même. Désormais, c’est à ce spectacle visuel navrant que le spectateur de football est convié, les cheveux gras de Cristiano Ronaldo pour seul horizon. Comme c’est triste, et moche surtout. Où sont passé les rouflaquettes de Pat Jennings ? Where have all the good times gone ?

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Strangers - Part one Lola versus Powerman and the Moneygoround
- 1970

Un des principales évolutions de la Premier League sur ces dix dernières années, consiste évidemment en l’arrivée massive des joueurs étrangers. Là où l’exotisme se limitait auparavant à accueillir des gallois ou des irlandais, la mode est désormais d’aligner des équipes types sans quasiment un joueur britannique. Quand c’est Arsenal et son jeu flamboyant, bien que parfois inefficace, difficile de trouver à redire sur cette tendance. Des Fabregas anglais, il y en a pas tant que ça. Mais quand la mode se propage à Bolton ou à Hull, le choix est tout de même plus discutable. On aura quand même du mal à nous faire croire qu’en Angleterre, il n’y ait pas de spécimens locaux de Bernard Mendy. Quoique à la réflexion, Nanard n’est peut-être pas le bon exemple, tant il est unique. Entendons nous bien, il ne s’agit pas de faire du racisme ordinaire et de vouloir rendre le football anglais aux anglais. C’est juste qu’on se dit qu’au bout du compte, c’est la sélection anglaise qui en paie le prix. Et que pour des types comme Steven Gerrard, c’est quand même triste de ne pas pouvoir postuler aux distinctions individuelles de fin de saison, parce que sa sélection est trop nulle. Sur le reste, comme le chante si bien Dave Davie, les étrangers dans le foot anglais, c’est plutôt pas mal. Strangers on this road, we are on, we are not two, we are one…


Good day - Word of mouth - 1984

Kinks 3 Dans les années 80, Ray Davies et les Kinks sont clairement en bout de course. L’inspiration n’irradie plus les albums et Word of mouth peut en plus se targuer d’avoir une des pochettes les plus moches de l’histoire ( à égalité avec Saved de Bob Dylan ). Reste que le Ray est capable de dégainer encore une putain de chanson sur le quotidien de l’Anglais moyen. Une bonne journée ordinaire dans la vie du pékin moyen. Un jour où tout semble sourire et réussir. Comme pour les Mancuniens un soir de mai 1999, contre des Bavièristes qui auraient pourtant eux aussi mérité de figurer dans un onze titres des Kinks. Et les rivaux de Liverpool qui firent encore plus fort contre Milan, dans la finale de la Ligue des Champions 2003. Au point de faire de Djibril Cissé un champion d’Europe. Il y a des jours comme ça, où rien ne semble irréalisable. Just a good day.

Lola -  Part one Lola versus Powerman and the Moneygoround - 1970

Pourquoi le football anglais plait-il autant ? La réponse est simple, son succès tient sur son efficacité. Des stades aux maillots, tout est fait pour respirer la simplicité et l’efficacité. Le jeu, même si il parait que le kick n’ rush n’existe plus, est direct. Du coup, les fans réagissent de façon basique. Pas de tifos, les fameux ateliers coutures des hooligans, comme en France ou en Italie. Que des chants dans les tribunes, là plupart du temps hymnesques. Qui peut battre ( à part Croustibat ) un You’ll never walk alone ? Ainsi va la vie dans les stades anglais. On est là pour faire dans l’expression populaire efficace, pas pour faire des concours de dessins pour impressionner les copains. Lola, est donc l’hymne des supporters des Kinks. Humour, riff efficace et subversion. Que la chanson parle d’un travelo, colle en plus parfaitement à l’esprit chambreur des supporters, se référant neuf fois sur dix à la sexualité du joueur. Pas forcément la chanson la plus subtile des Kinks, mais impossible de dire qu’elle ne colle pas aux oreilles. Comme un bon vieux chant de supporter.

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Publié dans : La Buvette, - 11 titres

Commentaires utilisateurs (5) Fil RSS des commentaires
Posté le Blanchette the goat, le 03-11-2008 13:05,
Je ne sais pas si c'est la musique des Kinks qui m'a influencé mais c'est un chef d'oeuvre c'te article.
 

Posté le David Watts, le 03-11-2008 13:24,
Fa Fa Fa Fa Fa Fa Fa Fa
 

Posté le Sacha Témouillé, le 04-11-2008 14:54,
Tout simplement un régal cet article.
 

Posté le X Ray, le 07-11-2008 17:37,
Pas forcément d'accord sur tout, mais excellent article ... Disons qu'à partir du début des 70 c'est quand même pas terrible, et hormis to the bone (RD en solo), jq maintenant rien de bien ... Assez dingue cette créativité sur 5 ans et après plus rien ....
 

Posté le X Ray, le 07-11-2008 17:43,
Death of a clown c'est pas Dave qui chante ? 
 
Et puis, certes les goûts et les couleurs, mais dommage ne pas trouver Dead End Street, fabuleuse chanson, le my generation des Kinks et qui aurait bien convenu dans l'esprit de l'article, et puis manque quand même Autumn Almanach " I love my football on a saturday, enjoy my roasbeef on sunday" !
 

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