Patrick Sébastien est un génie. Oui, n’ayons pas peur des mots. Ce type fait preuve d'une telle assurance dans le mauvais goût qu’il confine au plus proche du talent. On connaît sa connexion évidente avec le rugby, en tant que président du club de Brive. Son rapport au football est moins évident. Sauf si on se penche sur sa prolifique carrière de chanteur. En attendant le spécial Bézu, voici donc le onze titres le plus hype de l’histoire de KOLB : "Allez musique !"
Pourvu que ça dure - Le Roi de la fête - 2003
En 2003, le saltimbanque Patrick est en plein doute. Il a réussi deux coups de maître, deux hits incontournables (Le petit bonhomme en mousse et La Fiesta ) et sait qu’il se doit de rester au sommet de la chanson française. Il s’inquiète Patrick et sort ce single introspectif. Les footballeurs, comme les chanteurs sont obsédés par l’idée de s’inscrire dans la durée. Les joueurs bien sûr, qui font du prochain match leur éternel objectif. Ne jamais se satisfaire de ce qui est acquis, toujours viser plus haut. Anticiper le prochain match. Les entraîneurs aussi, qui se savent menacés et qui après chaque victoire, soufflent à peine en espérant que ça dure. Les présidents français enfin, tous névropathes, et obnubilés par l’idée d’inscrire leur projet sur le long terme. Parfois, devant ces discours d’experts-comptables, devant ces plans sur cinq ou dix ans, on se surprend à regretter que certains n’osent enfin bâtir sur l’éphémère et tentent de tout brûler sur une ou deux saisons. On gagnerait aussi peu que maintenant, mais on se marrerait sans doute plus. Car comme le disait le poète : "Tant que t’as de l’eau pour laver la belette, si t’as pas les carreaux au moins t’as la fenêtre". What else ?
Mozart, comme Elvis, c’est un nom propre qui a surpassé son personnage pour devenir un lieu commun. Tous les journalistes sportifs en mal d’inspiration qualifient ainsi de Mozart - voire de Petit Mozart - n’importe quel jeune joueur un peu doué balle au pied. Reste à savoir pourquoi Mozart, plus que Bach, Bartok ou Jacques Hourdeaux... De Best à Maradona, en passant par Michael Madar, les plus grands ont un jour eu droit à ce surnom. Un seul a osé se le floquer carrément sur le maillot, le Brésilien Santos Mozart. Passé par la Reggina entre 2000 et 2005, avec un contrôle positif à la corticoïde au passage, et évoluant actuellement au Spartak Moscou, ce milieu de terrain n’a guère que son nom pour se faire remarquer. En dehors d’une ou deux vannes de commentateurs sportifs, par sûr qu’il inspire grand chose de plus. Encore un joueur qualifié trop tôt et trop vite de génie. Encore une fois, c'est Patrick qui a raison : avec ce Mozart-là, ça commence comme à l’opéra et ça se termine à l’apéro.
Patrick Sébastien a l’art savoureux et subtil du mauvais goût. Cette chanson en est l’exemple parfait. Il prend un des pires morceaux de l’histoire, le truc que Beethoven a certainement composé à moitié bourré, et il le fait en version bandas, une des pires inventions de l’humanité avec les gourmettes de baptême et les mocassins à glands. Patrick n’a pas peur d’y aller franchement. Un peu comme quand Juninho porte un maillot de l’OL fluo ou que Sammy Traoré arbore une de ses innombrables casquettes roses. C’est le comble du mauvais goût , mais ça passerait presque une fois qu'on a compris qu'il n’y a vraiment plus rien à sauver. C’est donc là que se produit l’impensable. Quand le moche devient beau. Comme les voitures tunées de Tony Vairelles ou quand Effenberg se faisait des couleurs pour enfiler le maillot gris du Bayern. Comme tous ces footballeurs à l’esthétisme post-moderne, Patrick Sébastien a su retenir l’essence même du moche. Se défier du bon goût à ce point-là est à ranger du côté des plus grandes performances. De celles dont on finit par se souvenir malgré son goût esthétique qu'on pensait sûr, bien des saisons plus tard...
Patrick Sébastien est un esthète certes, mais il ne connaît pas de frontières. Il y a une musique bien casse-couilles dans un pays quelconque ? Il accourt et s’en empare. Comme ici avec sans doute la pire d'entre toutes, la musique celtique. La Saint-Patrick donc, l’Irlande et le foot irlandais. Qui soit dit en passant ne ressemble vraiment pas à grand-chose. Honnêtement, leur fighting spirit à la con mis de côté, le foot irlandais c’est quoi ? Les faux frères Keane, aussi cons l’un que l’autre. Et Tony Cascarino qui, comme Barthez, Patrick Bruel et Dove Attia, joue aujourd'hui au poker. C’est vous dire si ça donne envie. Bon d’accord c’est ultra sommaire, mais dans le fond c’était juste le prétexte à placer cette merveilleuse chanson. En attendant bien sûr que Patrick découvre enfin, dans le registre des airs qui gonflent, les airs andins à base de ponchos et de flûtes de pan.
La Ligue 1 a beaucoup de défauts. Il n’y a pas de spectacles, assez peu de joueurs de talents et, comme un symbole de sa déchéance, Nelly Viennot a pris sa retraite. C’est triste. Mais, la Ligue 1 a une qualité indéniable : c'est son suspens. Pour l’obtention des places d’honneur s’entend, parce que pour le titre, l’Aulassie s’occupe de tout, merci. Le ventre mou du championnat français est une spécialité à nous qu’on a, un truc qui rend fou les grands argentiers du football anglais. Il paraît même que c’est avec cet argument que Charly Villeneuve essaie de vendre le PSG à ses potes du désert. Nulle part ailleurs qu'en France vous trouverez un quinzième à un point d'une qualification européenne. Mieux, on peut être quatrième et jouer le maintien. C’est un concept de solidarité dans la médiocrité qui confine au splendide. Une telle évolution collectiviste de la compétition sportive, même Marx n’y avait sans doute pas songé. En France, on a pas de footballeurs, mais on a un ventre mou de dingue. D'ailleurs, comme le disait Patrice Cabanel, un championnat, c’est comme une chatte: plus c’est serré, meilleur c’est.
Nous y voilà. A vouloir faire un onze titres Patrick Sébastien, on devait forcément tomber à un moment ou à un autre au dessous de la ceinture. Mais pour qui a lu Vitriol menthe (Diabolo sperme), chef-d’œuvre de confession du saltimbanque, être en dessous de la ceinture requiert une certaine noblesse. Or là, quand il s’agit d’évoquer les anacondas du football, on est loin de Poney Timide. Le football reste un sport de grands garçons primaires. Qui aiment donc mesurer leurs forces et leur pouvoir à la taille de leur bite. C’est instinctif et vulgaire, mais c’est ainsi. Si Henry ou Makelele jouissent d’un tel respect dans les vestiaires qu’ils fréquentent, c’est peut-être de ce côté-là de l'anatomie qu’ils l’ont acquis. Si d’autres ont besoin d’écrire des livres pour s’affirmer, vous n’allez pas le croire, c’est leur problème... Comme Patrick chante des chansons pour les gens d’en-bas, que les gens d’en haut n’aiment pas trop, le football reste un sport de bonhommes avec ses règles de base. Testostérone d’abord et One + One ensuite…
Patrick aussi a un petit cœur qui bat sous la carapace du chanteur à textes. Il a fait cette chanson pour dénoncer l’homophobie qui sévit en province. On peut dire que c’est fin et efficace. Alain, reviens. Oui, sans doute que cette chanson prend tout son sens si l’on imagine Jean-Michel Aulas avec un foulard rose, entouré de Bernard Lacombe et Joel Bats en tee-shirts roses, tous trois en train de chanter cette ode à l’amour qui s’en va. Car Alain Perrin est parti, emmenant avec lui sa morgue, son humour cassant et ses incohérences tactiques. A la place, il y a Claude. Compétant, mais discipliné. Trop discipliné. Avec lui, les petits matins brumeux entre Rhône et Saône n’ont plus la même ferveur romantique. Avec Alain, c’était la promesse des incertitudes passionnées. Avec Claude, c’est la tristesse des certitudes martelées. Et avec tout ça, Lyon n’est même plus sûr d’être champion. Alors, tôt ou tard Jean-Michel prendra le micro et se fendra de sa plus belle imitation de Zaza Napoli pour reprendre avec Patrick le refrain : "Et j’ai crié, crié Alain. Pour qu’il revient. Je me sentais pas bien."
Les H… - Ah…si tu pouvais fermer ta gueule - 2008
Patrick Sébastien n’a pas peur des grandes causes. Comme son disciple Bénabar qui s’attaque aux vide poches des voitures, Patrick s’attaque aux maladies ignorées. A savoir, les hémorroïdes. Car le football n’est pas exempt de reproches, lui aussi se planque parfois derrière une pudibonderie d’un autre âge pour éviter de parler de certaines blessures. Comme lorsque les gazettes parlent poliment d’indispositions pour éviter d’évoquer des gueules de bois trop gênantes. Ou comme lorsque Stéphane Grichting se fait exploser l’urètre par un Turc. On a peine à imaginer la douleur de ce pauvre homme. Pourtant, les journaux préfèrent en faire des tonnes sur les genoux cagneux de Ronaldo. Quelle injustice ! Et puis, comment ne pas penser que cette chanson soit un hommage au courageux Florent Malouda qui serra les fesses, mais pas trop quand même, durant tout le début de la Coupe du Monde 2006 ? Consacrer une chanson à l’énigme Malouda, même l’artiste Domenech n’aurait pas osé. Patrick Sébastien, si. Grâce lui soit rendue.
Ah… Si tu pouvais fermer ta gueule - Ah…si tu pouvais fermer ta gueule - 2008
Ils sont nombreux les types à qui on aimerait asséner cette rengaine dans le football français. Mais il faut bien faire un choix et élire un podium de vainqueurs. A la troisième place, le consultant Larqué. Toujours aussi sûr de lui, mais de moins en moins clairvoyant. Son attaque gratuite et agressive contre Luc Sonor le calmera peut-être un temps. Mais il nous faudra sans doute supporter longtemps ses "A droite ! A droite !" à chaque remontée de balle en contre-attaque. A la deuxième place, Ménés, deux quintaux de suffisance pour trois grammes de jugeote. De l’attaque gratuite aux assertions inutiles, il est l’exemple type de ces spécialistes autoproclamés, persuadés de détenir une vérité sans avoir jamais eu à démontrer quoi que ce soit. A la première place, qui d’autre que Jean-Michel Aulas ? Même s’il fait profil bas cette saison, le type a du mérite. Et ne serait-ce que pour l’ensemble de son œuvre, il mérite à lui seul ce classique du répertoire à Sébastien.
Bienvenue chez les P’tits - Ah…si tu pouvais fermer ta gueule - 2008
Quand il s’agit de jouer la corde de la démagogie populaire, Patrick Sébastien y va rarement avec le dos de la cuillère. Brosser les petites gens dans le sens du poil, il adore ça, le saltimbanque. Mais dans le fond, ça doit être une vieille habitude française. Comme à chaque tour de Coupe de France, où les médias attendent avec une fébrilité enfantine l’exploit des petits poucets. Les journalistes sportifs français adorent ça quand les petits, les "sans grades" comme ils disent, les Français qui se lèvent tôt et s'entraînent jusque tard se rebiffent. Une épopée de Calais ou de Carquefou et on ressort la boite à poncifs. L’argent et l’arrogance du côté des riches, la simplicité et les valeurs du côté des pauvres. C’est basique et caricatural, c’est donc digne de la presse sportive française. Les mêmes qui s’étonnent et s’alarment de ne pas voir les clubs français briller dans les compétitions européennes, avant de se réjouir devant ces clubs de l'élite qui se rétament en Coupe de France. Bienvenue chez les gagne-petit.
En tant qu’artiste décrié par les tenant du beau, Patrick Sébastien se devait de se trouver un référent footballistique. C’est chose faite, avec cet hommage déguisé à Pipo Inzaghi. Oui, Pipo l’horripilant attaquant italien. De ces années turinoises à ces années milanaises, en passant par la sélection italienne, Inzaghi a marqué son temps. De ses reprises du tibia, de ses buts de raccroc, de ses plongeons, de ses provocations. De son palmarès aussi, au passage. Et puis, il faut bien reconnaître que sa manière d’irriter les faux esthètes et les faux romantiques du football a de quoi réjouir. D’autant plus quand il sacrifie l’insupportable aulassie, un soir de quart de finale de la Ligue des Champions 2006. A ce moment-là, on était devant Pipo le iench comme Teddy devant Patapoil. Et là, ce fut vraiment la fête…
Merci pour l'article. Celle de la saint patrick je la connaissais pas.
"En attendant bien sûr que Patrick découvre enfin, dans le registre des airs qui gonflent, les airs andins à base de ponchos et de flûtes de pan."
Une idée à creuser.
Posté le Jean-René Groobelaar, le 21-10-2008 12:59,
C'est génial. Je ne sais pas d'où viens cette fascination pour Sebastien mais ça porte loin."Letre à Elise" c'est trés bien.
Sinon,c'est du second degré pour Bézu ou bien? Faites gaffe ou je soumets un 11 titres Abba.
Posté le steph Hantastic, le 21-10-2008 13:44,
Si Patrick Sébastien a d'ores et déjà sa place au Panthéon des plus grands artistes français, l'article de la Mule vient le rejoindre dans la catégorie des meilleurs écrits de KOLB.
Inventivité, pertinence, humour. Monsieur Mulao, ne fermez pas votre gueule s'il vous plait...
Posté le Pierce Bossman, le 21-10-2008 15:48,
Un best-of de Patrick Sébastien, enfin! Merci Mulao!
Posté le Rui Jorge, le 22-10-2008 01:17,
il n'aurait pu être qu'un Jean Roucas ou un Stéphane Collaro de plus... aurait-ce été mieux ?
Posté le Colic Strip, le 24-10-2008 11:23,
Enfin, j'ai trouvé la playlist pour mon mariage.
Posté le Romek, le 25-10-2008 02:14,
J'aime bien le passage darky dans la lettre à Elise.
Posté le Buk, le 27-10-2008 20:43,
zobi
Posté le nico, le 07-11-2008 19:55,
de loin ton meilleur onze titres la mule, les mains dans les poches. la chemise blanche vous va si bien.
Posté le ma de gère...., le 10-01-2009 01:12,
D'ailleurs, comme le disait Patrice Cabanel, un championnat, c’est comme une chatte: plus c’est serré, meilleur c’est......
- Brouillon de Culture
On peut avoir décidé de ne plus lire les livres de footballeurs depuis que
David Ginola a réglé la question une bonne fois pour toutes en revisitant
l’alphabet dans son chef-d'oeuvre à ce jour inégalé, Moi, David Ginola de A à Z. Cela n’empêchera pas
pour autant KOLB de sélectionner avec le même souci de transparence que Raymond Domenech quelques livres, films
et événements culturels qui osent s’aventurer autour des terrains.
- 11 Titres
Tout est prétexte à faire jouer ensemble son club de cœur et
ses groupes de rock préférés. A coups d’analogies le plus souvent hasardeuses
et complètement discutables, KOLB propose avec ses 11 titres de remuer "en
chanté" - comme disait le grand Demy nantais - l’histoire et l’âme d’un club, d’un
championnat. Avec, au milieu de ce terrain de jeu, toute la mauvaise foi du monde que le supporter de
club et le fan de musique partagent comme personne.
- Opinions Impopulaires
Pour ne pas céder à la foire aux bons sentiments, KOLB
descend ici les icônes intouchables, supporte les clubs insupportables et
continuera à défendre l’indéfendable. Maître Collard n'a qu'à bien se tenir !
- Les Pronos
Le vice du jeu, c'est un truc pour les hommes, les vrais. Pronostiquez
sur la Ligue 1 et la D2 roumaine, deux championnats pas très beaux à
voir mais très très serrés.
- Belles & Buts
Il fallait bien réserver une place de choix pour le foot au féminin. En attendant de rejoindre un jour côté vestiaires Gaétane Thiney et ses copines, KOLB découvre ici son propre Hole Of Fame. La preuve s’il en est qu’on peut aimer autre chose que la bière et les footballeurs. Leurs femmes, par exemple.
- Le Bar des Sports Stade 2, mais avec des bières et des curlys. Fidèle à l’amateurisme qui la
caractérise, l’équipe de KOLB s’autorise quelques sorties loin de ses cages
pour parler NBA, rugby ou cyclisme.
- Le Guide du Rouelleur
Grâce au Guide du
Rouelleur, tout plaquer et partir à la découverte de nouvelles destinations
devient enfin réalité. Une référence pour connaître les devises à utiliser à Boulogne-sur-Mer, les vaccinations avant d'aller à Martigues, les moyens de transport à votre disposition pour espérer atteindre
un jour le Stade Dominique Duvauchelle de Créteil et, last but not least, les adresses
où boire des bières à chacune de vos étapes.
- KOLB TV
La chaîne qui manque à tous les bouquets satellites. Grâce à ses équipes techniques, KOLB propose des résumés très approximatifs des
dernières journées de D2 roumaine, des archives inédites dédiées aux grandes
heures du foot moche, des Top 5 consacrés à ces gestes techniques qu’on voudrait oublier
trop vite. En attendant de découvrir l'arrivée d'invités surprises et les derniers
choix de la rédaction en direct presque live.
- La Petite Lucarne
Après un match bien horrible, rien de tel qu’une émission
de Trash TV pour terminer la soirée. Parce qu’ils savent tout de la dernière
mission de Pascal le grand frère, parce qu’ils sont depuis des années des
consultants reconnus dans le domaine de la tentation, parce qu’ils ont vécu au
plus près les tourments des familles de Confessions Intimes, KOLB a rassemblé
quelques-uns des meilleurs spécialistes pour décrypter et analyser les
dernières images d’après 22 h 50.