| le 24-10-2007 21:15 |
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Été 96. Alors que l’Allemagne vient une fois de plus de donner raison à
Gary Linecker, en remportant le Championnat d’Europe, un groupe
détonnant déboule, les Eels de l’impayable chanteur Mark Oliver
Everett, dit E. Avec leur tube ( qui restera d’ailleurs le seul du
groupe ) Novocaine for the soul, ils rendent gloire à des
générations de groupes de rock indépendant américains. L’histoire
n’aurait pas un grand intérêt, si elle s’était arrêtée là.
Mais très vite, par la grâce d’albums somptueusement sombres et
torturés, les Eels vont retomber dans l’anonymat. Et c’est donc
logiquement là que l’histoire devient splendide. Ce groupe qui n’en est
pas un, puisque E fait tout presque tout seul, va produire alors une
musique protéiforme et prodigieusement excitante, balançant entre la
spontanéité jouissive et la fêlure mélancolique. Le gars E est capable
d’exceller dans le rock sauvage, la ballade bucolique ou le mambo
endiablé. Face à ce type d’énergumène, Californien sarcastique et
taiseux caustique, difficile d’établir alors une analogie
footballistique. A l’impossible nul n’est tenu donc, à l’exception de KOLB.
Il fallait donc bien un onze titres, pour découvrir que les barbus à
lunettes peuvent être bien plus que des instits de gauche.
Dog Faced Boy - Souljacker - 2001
En 2001, les Eels signent leur album le plus déjanté, entre rock nerveux et expérimentations en tout genres. Le tout, en abordant des thèmes loufoques, contant des aventures de femmes au volant et d’arrêts de bus. Et donc, de gamins à la tête de chien.
Life ain’t pretty for a dog faced boy
La vie n’a jamais dû être facile non, pour Franck Ribéry. On connaît tous l’histoire, l’enfance modeste fauchée par un accident de voiture qui laisse une terrible balafre sur le visage. On connaît aussi la suite, les échecs au centre de formation du Losc, les galères dans l’anonymat du National, puis l’ascension fulgurante de Metz à Marseille, en passant par la Turquie. Le gamin moqué est désormais une vedette, c’est la version moderne du petit canard, les publicitaires et les journalistes se frottent les mains, la soupe aux clichés leur est servie. On connaît également ses embrouilles avec ses agents, les ruptures de contrats conclues à la batte de baseball. La vie de Ribéry, se fait donc sur le rythme de cette chanson, endiablé et martelé. Même en évitant de tomber dans le pathos, il est donc évident que Franck Ribéry puisé dans ces regards appuyés sur sa différence pour puiser sa détermination. Cet été, Franck Ribéry fait enfin le bon choix en signant pour le Bayern. Un club qui colle parfaitement à sa vie, un club qui n’a pas peur de se servir du moche et du vulgaire pour atteindre le sublime de la victoire. Il fallait bien le baviérisme pour que Franck Ribéry connaisse enfin la paix dans son âme.
Ma won't shave me
Jesus can't save me
Dog faced boy
Son of a bitch - Souljacker - 2001
Dans le football comme dans la vie, il y a les faux méchants et les vrais gentils. Des types capables de coups de sang, de tacles à la carotide, de pulsions violentes mais qui dans le fond, sont des braves types et passent leur vie à s’excuser et à racheter ces fautes. On ne compte plus les joueurs bâtis sur ce modèle, des teigneux, véritables assassins sur les terrains et gendres idéaux en dehors. Mais il y a aussi, certes c’est plus rare, des vrais fils de pute. E consacre donc une chanson à un pauvre type certes, mais à un vrai salopard. Un type qu’on devine boule de haine collée au fond du bide et regard noir, un type que tout le monde déteste à juste raison. Roy Keane ferait une illustration parfaite de ce Son of a bitch, lui le vrai dur que rien ne semble excuser. De déclarations tapageuses en bagarres de rues, d’attentats prémédités sur le terrain en agression sur ses propres équipiers à l’entraînement. Roy a donc donné tous les gages de sa profonde méchanceté. Comme Roy, le joueur fils de pute est bien entendu détesté et conspué partout où il passe, autant qu’il est adulé par ses supporters. Parce que bien évidemment ce héros malsain a aussi un talent de dingue, aussi écoeurant que sa méchanceté. Le joueur fils de pute n’a pas beaucoup de choix au moment de sa retraite, c’est la rédemption totale ou la chute aux enfers. S’ils n’essaient pas de se racheter aux yeux de l’opinion, s’ils n’ont pas suffisamment d’esprit pour faire fructifier leur image, ils connaissent alors un destin tragique. A l’image du boxeur Sonny Liston, mort chez lui tué par la haine et la mafia, comme le raconte si bien Nick Tosches dans Night Train.
What ever happened to Soy bomb ? - Blinking lights and other revelations - 2005
Venue de Grande Bretagne, la mode des streakers est désormais devenue une institution des événements sportifs, presque un passage obligé. Une expression parmi tant d’autres du fameux quart d’heure de célébrité warholien. Où le quidam profite de la scène temporaire qu’il lui est proposé pour faire n’importe quoi, pourvu qu’on le remarque. Comme cet homme qui profita d’un concert de charité, diffusé en mondiovision, pour s’afficher nu et avec l’inscription Soy Bomb ( Bombe de soja ) inscrite sur le corps. Et qui inspira donc cette chanson, à E :
blue light is flickering
through the city streets
one billion tv sets
glowing off concrete
one day closer to death
i know that i don't have too long
whatever happened to soy bomb
Les streakers étaient pourtant au départ, une belle illustration de spontanéité romantique, le prolongement de l’utopie hippie. Sans doute, le charme suranné des images noir et blanc y est pour beaucoup, mais il y avait certainement plus de grâce dans ces couples poursuivis par des bobbies, que dans les streakers actuels. Des types qui n’écrivent plus des messages surréalistes ou végétariens sur leurs corps, mais des slogans publicitaires. Qui ne répondent plus à un appel enfantin et instinctif, mais qui préparent leur coup inlassablement. Comme ce crétin de Marc Rogers, passé nu sur tous les terrains de sport, rémunéré pour ce qu’il fait et que les plateaux télé en mal de sujets de fonds, ont déjà cerné des dizaines de fois. Même Stade 2, c’est vous dire si c’est hype, lui a accordé une importance qu’il ne méritait sans doute pas. Si aujourd’hui, on ne peut même plus avoir confiance dans les types qui se mettent à poil.
Things the Grandchildren should know - Blinking lights and other revelations - 2005
E n’est pas la première célébrité de sa famille, son père Hugh Everett III était un brillant physicien, reconnu par tous ses pairs. De ce père, de ses rapports avec lui, E a tiré parmi ses plus belles chansons. Le rapport père - fils est aussi indissociable des chansons des Eels que du football.
90 % des joueurs sont venus au foot par leur père, on ne compte plus les exemples de générations d’une même famille se succédant au sein du même club. Rien qu’ actuellement, les Thibault Giresse, le fils Laudrup, Weah, les déjà vieux Maldini et pourquoi pas bientôt Zidane, tous perpétuent une tradition qui a sans doute toujours existé. Mais ce rapport père - fils dans le football a certainement ses côtés insidieux, quand l’ombre du père est trop prégnante et l’on a peine à imaginer la force de caractère qu’il a fallu pour un Jordi Cruyff pour arriver à faire, ne serait ce qu’une carrière honnête.
Ce rapport familial s’écrit aussi chez le supporter et les simples amateurs de football. Parfois, entre un père taiseux et un fils timide et renfermé, le football sert de lieu de rencontre, où l’on partage des moments de complicité sans avoir besoin de se parler. La transmission familiale peut aussi se faire une bière à la main, devant un match de Coupe de la Ligue. Et des années plus tard, en réagissant devant son téléviseur lors d’un match, on se surprend à utiliser les mêmes expressions que son père.
i'm turning out just like my father
though i swore i never would
Grace Kelly Blues - Daisies of the Galaxy - 2000
En l’an 2000, E qui sort d’une période difficile de sa vie, se fend d’un album qui danse avec allégresse sur le fil de la mélancolie. Et qui contient donc ce Grace Kelly Blues, hommage entre ironie et émotion à la défunte princesse monégasque. Comment une actrice aussi belle et talentueuse a-t-elle pu aller s’enterrer sur un tel rocher d’ennui ? C’est un peu la question qu’on se pose, chaque fois qu’un joueur talentueux signe pour l’AS Monaco.
Parce que franchement, quel symbole plus flagrant de l’incongruité dans le football que ce club, l’AS Monaco ? Un club sans supporters, sans passion, sans histoire (ou tout du moins avec une histoire dont tout le monde se fout). On parle quand même d’un club qui a eu parmi les plus grandes stars du championnat, qui a joué deux finales de Coupes d’Europe et qui a un palmarès de dingue, mais qui n’apparaîtra jamais vraiment comme un club digne d’intérêt. Ici, les clichés sont plus forts que la réalité, la plage, le casino et les blondes à forte poitrine. Un paradis pour les jeunes footballeurs qui veulent gâcher leur manière, perdre du temps et se faire des couilles en or massif. Le tout sous le regard grandguignolesque d’une famille princière qui s’y connaît autant en foot, que toute l’équipe de On refait le match réunie. C’est dire s’il y a de quoi avoir le blues.
the actress gave up all her old dreams
and traded up now she is a queen
royal families don't have time for that shit
Baby Genius - Electro - shock blues - 1998
En 1998, après des épisodes familiaux dramatiques (la mort de sa mère et le suicide de sa sœur), E sort un album à la beauté lugubre. Au milieu de ces ballades somptueusement tristes, une petite chanson de rien du tout sur le thème de la précocité.
Tout a été écrit ou presque, sur le thème des petits génies du football, propulsés à dix-sept ans dans le grand bain, excitant aussi bien les fantasmes des supporters que l’appétit des agents et des publicitaires. Désormais, le cirque médiatique étant ce qu’il est, il en sort un par jour de ces nouveaux phénomènes sensés révolutionner le jeu. Pourtant, la donne est connue, sur dix de ces gamins en or, un ou deux au mieux feront la carrière annoncée. Les autres finiront à Bolton ou au Quatar, dans le meilleur des cas.
L’adage le plus servi lorsque il s’agit de parler de ces jeunes, c’est de prétendre qu’ils sont plus forts à leur âge que ne l’était tel ou tel grand joueur au même âge. Comme si cela signifiait quoi que ce soit. Il s’agit simplement de ne pas confondre précocité et génie. Ce n’est pas parce qu’on sait lire à cinq ans, qu’on devient Marcel Proust. Quand les observateurs se mettent à réagir comme des pucelles, on a soudaine envie de devenir le pire des réactionnaires.
Lone Wolf - Shootenanny - 2003
Le football est certainement le sport le plus socialisé qu’il puisse se trouver. Le foot est partout et tout le monde ou presque le pratique, le connaît, le commente. Aussi, il est devenu difficile de vivre sa passion footballistique en solitaire. On est pas obligé de trouver passionnant, la fait d’agiter des drapeaux, des fumigènes au milieu de dix mille de se semblables. On n'est pas obligé de passer des heures à fabriquer des pancartes à la con, avec un humour au ras des pâquerettes, pour espérer avoir son quart d’heure de gloire sur Canal Pelu. On peut très bien refuser les perruques à la con, les peintures sur le visage, les chants et les chorégraphies débiles. Et surtout on peut très bien refuser tout ça, sans pour autant être un sinistre pisse-froid. Vivre un match avec anxiété passion et enthousiasme, c’est vraiment formidable. Si on peut le faire chez soi, tout seul devant sa télé, c’est encore mieux. Encore une fois, E a tout compris, lui qui murmure dans sa barbe ces quelques paroles :
i am a lone wolf
i always was and will be
i feel fine
i am resigned to this
i am a lone wolf
i am a lone wolf
Souljacker part II - Souljacker - 2001
A KOLB comme chez beaucoup d’amateurs de foot, on est un peu obsédé par toutes les histoires qui tournent autour de l’âme. L’âme du jeu, du club, des joueurs. Et en bons nostalgiques naïfs qui se respectent, on trouve évidemment à redire sur le football actuel. C’est vrai qu’il est facile de voir dans les Glazer, les Abramovitch ou Colony Capital (ce n’est pas une vanne) des voleurs d’ âmes. Des Souljackers. Et il est difficile pour KOLB de ne pas trouver séduisante, l’aventure de ces fans de Manchester United qui créent leur club dissident, le FC Manchester United, pour sauver l’âme de leur club. L’aventure est belle, spontanée et utopique. Et peu importe, si elle retombera tôt ou tard comme un soufflé. Parce que l’important, comme le chante E, c’est d’être persuadé que l’on fait tout pour préserver son âme. Pour tous ceux qui refusent dans le désordre, les maillots fluos, Christian Jeanpierre et les peignoirs de la OL Company.
souljacker can't get my soul
he can shoot me up full of bullet holes
but the souljacker can't get my soul
The sound of fear - Daisies of the galaxy - 2000
La peur est généralement un sentiment que réfutent la plupart des footballeurs, balançant entre virilité et fierté. Pourtant, il n’est pas impossible que pas mal d’entre eux ont déjà frémi à l’idée d’ être la voix de leur propre peur, The Sound of fear.
C’est sans doute dans ces moments que se tient tout le sel de la dramaturgie du football. Dans ces séances de tirs aux buts hypertendues, dans ces duels aux moments clés des finales, au moment où la pression est à son paroxysme. Dans ces fins de saisons, où l’on lutte pour ne pas descendre, pour ne pas disparaître. Dans ces moments où l’on oublie les gourmettes et les millions, pour ne retenir que la crainte qui étreint les hommes et oblige à la solidarité. Et ceci vaut autant pour les joueurs que pour les supporters, d’ailleurs.
C’est pour ces moments là, que le football vaut d’être vécu, pour ces renversements spectaculaires, ces attentes interminables où le temps semble se diluer. C’est dans cet instant qui précède juste celui où la décision tombe, que résonne le plus fort The Sound of fear.
Hey man, now you’re really living - Blinking lights and other revelations - 2005
Malgré les dizaines d’avantages que comporte la vie de footballeur, les footeux sont nombreux à voir arriver la retraite comme une libération. Une manière de changer de vie, de passer un cap. On quitte le cocon de l’adolescence, les mises au vert, la surveillance de l’entraîneur, du diététicien, du préparateur mental. Le jeune retraité est enfin libre de s’adonner à toutes les activités qui lui étaient interdites durant sa carrière. Il y a quelques années, la logique voulait que l’ancien footeux ouvre un bar tabac ou un magasin de sport. Désormais, il s’improvise agent immobilier pour faire fructifier ses primes de victoires. Les plus riches, écoutent pousser leurs cheveux et viennent de temps en temps faire semblant de travailler, en occupant l’emploi fictif de consultant. Cette activité consiste à enfoncer le plus de portes ouvertes possibles, tout en maltraitant au maximum la langue française. Dans cette catégorie, Marcel Desailly est incontestablement un maestro. L’autre règle essentielle du consultant, est de faire soudain ce que l’on reprochait aux autres de faire, lorsqu’on était joueur. A savoir, tailler les joueurs et les entraîneurs , asséner des vérités toutes faites sans prendre bien sûr, la moindre précaution d’enquête.
Mais la retraite du footeux est aussi une épreuve. Il redécouvre sa femme, les journées à meubler entre deux parties de Playstation et le ventre qui pousse. La nostalgie le pousse alors parfois, à se filmer comme E avec son caméscope dans son jardin de pavillon de banlieue. Hey man, now you’re really living !
Blinking lights theme - Blinking lights and other revelations - 2005
De cette mélodie céleste, un titre sans paroles tout en légèreté et qui reste dans la tête comme de la barbe à papa sur les doigts, il serait difficile de tirer une analogie. A moins de s’en tenir à un vœu pieu. Que ce titre plein d’allégresse remplace enfin le poussiéreux et pompier We are the Champions. Un titre pour dire toute la joie, la légèreté et l’allégresse que peut donner une victoire. Et puis, puisqu'il aussi question de faire évoluer les chansons de stade, il serait bien que les footix du monde entier se donnent la main pour entonner cet air : Eels est vraiment
Eels est vraiment
Eels est vraiment phénoménal, la, la, la, la….
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